Douze personnalités et leurs œuvres préférées au Musée McCord

Équipe des publications spéciales Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Les 100 ans du Musée McCord

Parce que les collections du McCord racontent l’histoire des Montréalais, nous avons demandé à quelques figures connues de la métropole de nous parler de l’objet ou de l’œuvre qui les a marquées et qui les pousse inexorablement à retourner au musée.


Illustration: Musée McCord Wm. Notman&Son, «Le belvédère du parc Mont-Royal, Montréal», 1916.  VIEW-16204.

1. Cette image est d’une beauté renversante et paisible. Elle nous montre des hommes et des femmes aux robes très élégantes, accoudés à une balustrade, qui regardent, du haut des airs, le panorama qui se déploie sous leurs yeux. Nous sommes en 1916, au parc du Mont-Royal, au belvédère, lieu de rencontre emblématique de la ville photographié par William Notman et fils, célèbre studio du début du siècle qui a notamment documenté l’histoire sociale de Montréal et dont les archives sont au cœur de l’identité du musée McCord. Cette œuvre symbolise une institution qui, à l’aube de son centenaire, envisage l’avenir en s’inscrivant dans notre paysage culturel comme un essentiel gardien de notre mémoire collective.

Nathalie Maillé, Directrice générale du Conseil des arts de Montréal


Photo: Musée McCord Canot d’écorce, Ancienne-Lorette, vers 1950. Don de Joan McKim, M2011.59.1.

2. J’adore le canot qui figurait dans l’exposition permanente quand j’étais animatrice au musée alors que j’étais étudiante. Je m’en servais beaucoup pour expliquer que chez nous, les Premières Nations, notre art se retrouvait sur nos vêtements et nos objets du quotidien, tout ce que l’on pouvait emporter avec nous. C’est comme si nos musées d’art étaient en plein air, et que beaucoup de nos artistes importants étaient des femmes. Un peu le contraire de ce qui se faisait en Europe à la même époque…

Melissa Mollen Dupuis, animatrice et réalisatrice, militante pour les droits des Autochtones


Photo: Musée McCord Balenciaga, robe, 1966. Don de Jeanine C. Beaubien, M2012.132.1.1-2.
 

3. C’est dans ce temple voué à la beauté qu’est le McCord que j’aime aller me réfugier depuis mon adolescence afin de me ressourcer, car j’ai toujours cru à la mémoire qui inspire. Mon admiration absolue pour Cristóbal Balenciaga (1895-1972) m’a inévitablement orienté vers l’une de ses créations. Mon choix, sélectionné parmi les archives, s’est arrêté sur une robe du soir, portant la griffe du « Maître des maîtres ». Cette robe ligne « A », créée en 1966, à la fin de sa carrière, porte toutes les caractéristiques de sa signature : matières somptueuses, coupe impeccable, style intemporel et savoir-faire des petites mains, des brodeuses et des plumassiers qui venaient soutenir le génie créatif de cet artiste marginal et légendaire.

Jean-Claude Poitras, créateur de mode et designer


Illustration: Musée McCord «Le carré Saint-Louis, Montréal», vers 1895, VIEW-2700.

4. Voici donc le lieu où je suis né, en trichant un peu, parce que je suis venu au monde très exactement sur le versant de la rue Drolet du carré Saint-Louis, carré pour square par une drôle de traduction dont nous seuls avons le secret, mais tout de même, j’aime penser que cette photo de Notman, comme toutes celles de cette incroyable collection qui ne cesse de me fasciner quand je vais au Musée McCord, nous offre à nous, habitantes et habitants de Montréal, les origines d’une ville qui, malgré tout, au-delà de tout, subsiste, demeure, et au fond, a peut-être moins changé que ce que nous croyons.

Olivier Kemeid, auteur, metteur en scène, directeur artistique du Théâtre de Quat’Sous


Illustration: Musée McCord William Notman/Henry Sandham, Edward Sharpe, «Carnaval de patinage, patinoire Victoria», Montréal, 1870. Don de Charles Frederick Notman,  N-0000. 116.21.1.

5. Le tableau composite intitulé Carnaval de patinage, patinoire Victoria (1870) m’interpelle particulièrement. Pour réaliser cette complexe composition, plus de 150 figurants sont photographiés par l’artiste en petits groupes ou individuellement. Ces photographies sont ensuite découpées et assemblées selon un plan précis. Le résultat est à nouveau photographié et finalement transféré sur un plus grand support avant d’être colorié à l’huile. Ce qui me fascine avec cette œuvre, outre l’ingéniosité de la technique de production, c’est le lien de filiation qui peut être tracé au travers du sujet et de sa composition avec le travail des impressionnistes français, notamment Édouard Manet (p. ex. Bal masqué à l’opéra, 1873) et Eugène Charles François Guérard (p. ex. Le Bal de l’Opéra, 1857).

Pierre Trahan, président et fondateur de la galerie d’art contemporain l’Arsenal


Illustration: Musée McCord Artiste inconnu, Canada, «Canadian Illustrated News», 30 juillet 1870. M988.182.145.

6. Cette œuvre irrévérencieuse me fait sourire et réfléchir : on y dépeint les premiers pas de la jeune fédération canadienne, représentée comme un enfant de 3 ans, encore sous la proche supervision de ses parents. Nous savons aujourd’hui que l’enfant n’est pas tombé, contrairement à ce que l’Oncle Sam de la caricature semblait souhaiter ! Bien au contraire, notre pays est maintenant solide et émancipé. Néanmoins, comme à cette époque, le Canada se trouve aujourd’hui à un moment charnière de son histoire et devant cette opportunité unique, il nous est permis d’imaginer une société plus équitable, durable et inclusive.

Isabelle Hudon, présidente et cheffe de la direction de la Banque de développement du Canada (BDC)


Illustration: Musée McCord James Duncan, «Vue du Mile End,  Montréal», 1831. Don de  David Ross McCord, M684.

7. Le McCord conserve et donne accès à d’innombrables merveilles. Des dessins comme celui-ci du Mile-End, quartier aujourd’hui effervescent, apportent un témoignage exceptionnellement riche sur la société et son regard sur le territoire. Fruit d’une commande à Duncan que McCord accompagna dans son tour de l’île, cette vue traduit une volonté de documenter la ville en mutation. En 2021, combien de nos leaders prennent ainsi le temps de parcourir Montréal avec des artistes pour en comprendre le territoire réel, pour le voir avant d’agir ?

Dinu Bumbaru, directeur des politiques à Héritage Montréal


Illustration: Musée McCord François Malepart de Beaucourt, «Portrait d’une femme haïtienne», 1786. Don de David Ross McCord, M12067.
 

8. Étant d’origine haïtienne, cette œuvre m’interpelle particulièrement. Elle me révolte surtout, par sa charge historique et sexuelle, avant d’y voir de l’art. Puis, on apprend le destin de cette femme, mise en esclavage d’abord en Haïti, mais qui meurt ici à Montréal, avec ce même statut perpétué par le peintre et son épouse, alors qu’Haïti devenait entre-temps un pays libre. Une œuvre qui rappelle donc le contexte colonial à Montréal, au Québec au XVIIIe siècle, et la mission du Musée McCord, qui au-delà de « célébrer » l’histoire, doit rappeler celle de toutes les communautés qui ont habité Montréal.

Déborah Cherenfant, présidente et porte-parole de la Jeune Chambre de commerce de Montréal


Illustration: Musée McCord Kent Monkman, «Bienvenue à l’atelier: une allégorie de la réflexion artistique et de la transformation», 2014. M2014.110.1.1-3.

9. Cette œuvre de l’artiste canadien de descendance crie Kent Monkman est une pièce que j’affectionne tout particulièrement. L’artiste a puisé dans la vaste collection d’archives photographiques du Studio Notman et s’est inspiré du célèbre tableau de Gustave Courbet, L’atelier du peintre. Allégorie réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique et morale (1855) pour porter son regard empreint d’humour et d’ironie sur la création d’un dialogue entre photographie et peinture, passé et présent, réalité et fiction, qui font de l’œuvre une véritable ode à la ville de Montréal.

John Zeppetelli, directeur général du Musée d’art contemporain de Montréal


Illustration: Musée McCord Wm. Notman&Son, «La rue Sherbrooke en hiver, Montréal», 1896. VIEW-2801.

10. Moi qui habite l’avenue Sherbrooke depuis longtemps, je suis touchée par la beauté de cette photographie de Wm. Notman & Son. J’y vois mon quartier, près de la rue Metcalfe, au XIXe siècle. C’est inestimable de pouvoir imaginer Montréal à une autre époque grâce à des documents visuels comme celui-ci, qui font partie de la collection du musée McCord. La composition est originale et parfaitement équilibrée. Elle rend bien l’élégance et le prestige de cette grande avenue. La neige et la circulation des traîneaux donnent un attrait irrésistible à cette scène.

Monique Jérôme-Forget, femme politique, conseillère spéciale au bureau de Montréal d’Osler


Illustration: Musée McCord Charles C. Gurd, «La véranda, 1475 Avenue Pine Ouest, Montréal», 1974.  Don de Charles C. Gurd, M2014.9.23.

11. Célébrons les grandes collections historiques du McCord qui en disent long sur l’histoire de Montréal et sur celle du Canada ! Les œuvres et les artefacts sont des documents inestimables pour appréhender la façon dont les nôtres ont vécu avant nous. Pour ma part, parmi la collection de photographies prises par l’architecte et photographe Charles Gourd à l’intérieur de somptueux manoirs montréalais, je suis attirée par le chaos animé par la prolifération de ces plantes vertes dans cette véranda. Une œuvre qui nous rappelle que, durant toutes les années de construction du pont Victoria et jusqu’au début du XXe siècle, ces structures de verre étaient devenues l’une des images de marque de Montréal.

Phyllis Lambert, architecte et fondatrice du Centre canadien d’architecture (CCA)


Photo: Musée McCord Sac haudenosaunee, 1845-1915. Don de la Succession de J. J. MacFarlane, M18513.

12. Mon premier vrai souvenir du Musée McCord remonte à 1999 lorsque j’ai visité l’exposition À la croisée des chemins : le perlage dans la vie des Iroquois. J’avais déjà commencé à perler des mots sur des sculptures souples que je créais, mais ce jour-là, une graine s’est plantée en moi, et j’ai entamé mon vaste travail de perlage de la Loi sur les Indiens. Bien sûr, je m’étais déjà rendue dans de tels lieux lorsque j’étais enfant. Quand j’y repense, je revois des endroits caverneux et faiblement éclairés. Mes yeux examinaient alors de près ces personnes plus grandes que nature, accrochées aux murs. J’essayais de percevoir quel lien d’appartenance je pouvais bien avoir avec eux. Ma mère dit que le musée est un lieu magique et une extension de notre maison… où nos ancêtres nous parlent et nous disent ce que nous devons savoir.

Nadia Myre, artiste

Dans l’œil de la mairesse

La première magistrate de Montréal, Valérie Plante, qui entretient un lien privilégié avec le Musée McCord pour y avoir œuvré avant de s’engager en politique, nous parle elle aussi de sa fascination pour celui-ci.

« Le Musée McCord a été un témoin privilégié de l’évolution de Montréal au cours des 100 dernières années. Fort de collections exceptionnelles d’archives, d’art documentaire, de costumes, de mode et de textiles, de cultures autochtones, de culture matérielle et de photographies, le Musée McCord célèbre l’identité montréalaise sous toutes ses formes. Rassembleur et inclusif, le Musée McCord continuera d’être un allié du Montréal d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Joyeux centième anniversaire ! »

 

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