Documenter l’histoire sociale, un vrai travail de détective

Caroline Rodgers
Collaboratrice spéciale
En moyenne, le musée acquiert en temps normal autour de 10 000 objets par an, principalement par dons. À gauche, une robe cocktail qui a appartenu à Marie-Claire Boucher Drapeau et à droite, l'uniforme iconique porté par les hôtesses d'Expo 67.
Photo: Musée McCord En moyenne, le musée acquiert en temps normal autour de 10 000 objets par an, principalement par dons. À gauche, une robe cocktail qui a appartenu à Marie-Claire Boucher Drapeau et à droite, l'uniforme iconique porté par les hôtesses d'Expo 67.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les 100 ans du Musée McCord

Avec ses imposantes collections portant sur l’histoire sociale de Montréal, le Musée McCord est le théâtre d’un véritable travail de détective pour documenter les milliers d’objets, de photos et de costumes qu’il abrite, un trésor pour comprendre qui nous sommes et d’où nous venons.

Quand on parle d’histoire sociale, on s’intéresse à la politique, à l’économie, à la culture, aux organismes sociaux, à la vie domestique et aux vêtements, explique Christian Vachon, chef des collections du Musée McCord.

Avec quelque 200 000 objets et œuvres d’art et plus de deux millions de photographies à cataloguer et documenter, les six conservateurs du musée ont fort à faire. Le Musée compte six grandes collections : archives (textes, livres, cartes géographiques), art documentaire (93 000 images, dont 40 000 caricatures) ; costume, mode et textiles (27 000 vêtements et accessoires) ; culture autochtone (16 000 objets et pièces d’archéologie) ; culture matérielle (63 000 objets en tous genres) et photographie (2,15 millions de photos).

L’acquisition

Les acquisitions du Musée McCord se font presque uniquement par dons.

« Nous sommes un musée privé, et il est très rare que l’on achète un objet, dit Christian Vachon. Ce sont les gens qui nous en proposent. Chacune de nos grandes collections a un conservateur, qui détermine si l’on souhaite acquérir un objet ou non. L’objet a-t-il de l’intérêt pour le musée ? Est-il unique ? En bon état ? Utile aux connaissances sur l’histoire ? Si le conservateur prend une décision positive, l’objet est transporté au musée et un deuxième tri a lieu, à l’interne, suivi d’une troisième évaluation d’experts à l’externe. Environ la moitié des dons requièrent un reçu fiscal, ce qui demande une procédure d’évaluation monétaire. »

En moyenne, le musée acquiert en temps normal autour de 10 000 objets par an. Toutefois, en raison du manque d’espace, un moratoire sur les acquisitions a été décrété en avril 2020 et sera prolongé jusqu’en avril 2023, tandis que le musée espère un agrandissement futur.

La quête pour documenter un objet

Chaque objet a son histoire et peut nous apprendre énormément de choses sur la vie des Montréalais d’une autre époque. Pour bâtir ses collections, le musée privilégie les thèmes visés pas son mandat, soit l’histoire sociale de Montréal et les peuples autochtones.

« Les objets du quotidien d’autrefois sont plus difficiles à trouver que les objets qui ont une valeur importante, explique Cynthia Cooper, conservatrice de la collection costume, mode et textiles et cheffe collections et recherches. Par exemple, nous avons beaucoup de robes de mariée, parce que les familles avaient tendance à les conserver, mais il est plus difficile de trouver un uniforme de serveuse de restaurant dans les années 1930. »

Avant d’acquérir un objet, on s’interroge pour savoir si cet objet pourra nous apprendre quelque chose sur l’histoire.

« Certains objets ont un énorme potentiel de recherche, d’autres ont un potentiel d’exposition, mais ce ne sont que des facteurs parmi tant d’autres. Une des difficultés, avec le patrimoine, c’est qu’on aimerait tout conserver, mais dans un musée comme le nôtre, on ne peut pas tout garder. Il faut apprendre à faire des choix difficiles. »

Lorsqu’une pièce fait l’objet d’un don, le conservateur rencontre le donateur pour en apprendre le plus possible. Pourquoi la personne a-t-elle cet objet ? D’où vient-il ? Comment a-t-il été acquis ? Une véritable enquête s’ouvre.

« Par la suite, si c’est un objet qui n’est pas unique, on peut trouver des renseignements ailleurs. Par exemple, si on a un chapeau, on peut regarder l’étiquette du fabricant, effectuer des recherches sur celui-ci, regarder s’il y a des chapeaux semblables dans des catalogues ou des publicités de journaux d’époque. Les sources imprimées peuvent nous renseigner sur des détails qui semblent anodins, mais qui, accumulés, nous en apprennent plus sur le contexte. »

« Avec nos archives de photos, il nous arrive même de retrouver des photos d’un vêtement qu’on a reçu, voir quand il a été porté et par qui. On cherche toujours à comprendre dans quel contexte historique et social un objet a été fabriqué et utilisé. On espère un jour avoir l’occasion d’exposer l’objet en lien avec ce contexte. »

Parfois, des objets reçus par le musée ne sont exposés que des années, voire des décennies, plus tard. Ce fut le cas des vêtements et objets d’Expo 67, qui ont servi à l’exposition Mode Expo 67, en 2017, et dont Cynthia Cooper a été la conservatrice.

« C’est au moment de faire une exposition que l’on aura vraiment l’occasion d’approfondir à propos d’un groupe d’objets. Chaque jour, on apprend quelque chose de nouveau, et c’est passionnant. »

130 000 images bientôt disponibles en ligne

Pour fêter son centenaire, le Musée McCord offrira au public une collection numérisée de dizaines de milliers de photos libres de droits, comprenant les archives du célèbre photographe William Notman et de son studio, créé en 1856 et qui a été en activité pendant 78 ans. Les images faisant partie du domaine public seront disponibles gratuitement en haute résolution pour la population. De plus, des images ne faisant pas partie du domaine public seront disponibles pour consultation. Au total, plus de 130 000 images seront disponibles sur cette nouvelle plateforme à la fin novembre. Ce projet extraordinaire de numérisation a nécessité plus de deux ans de travail. Une invitation à la découverte !

 

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