La vie mouvementée du Musée McCord

Isabelle Delorme
Collaboration spéciale
Le Temple Grove, la demeure familiale où David Ross McCord a entassé sa collection d’objets en lien avec l’histoire du Canada jusqu’en 1919.
Musée McCord Le Temple Grove, la demeure familiale où David Ross McCord a entassé sa collection d’objets en lien avec l’histoire du Canada jusqu’en 1919.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les 100 ans du Musée McCord

Lorsque l’Université McGill accepte la donation du collectionneur David Ross McCord en 1919, il lui resteà trouver l’écrin adéquat. C’est un hôtel particulier au poétique nom de Dilcoosha (douceur pour l’âme en hindoustani), situé près de l’intersection des rues Sherbrooke et McTavish, qui est choisi pour abriter sa remarquable collection d’artefacts ethnographiques. Après son inauguration en 1921 et jusqu’à la mort de son fondateur en 1930, le McCord National Museum respecte l’espace d’exposition conçu par ce dernier. Mais les dons affluant, la Maison Dilcoosha devient trop exiguë.

La Grande Dépression n’épargne pas l’Université McGill, qui se trouve confrontée à des difficultés financières. En juin 1936, le musée est « temporairement » fermé… mais cette mise entre parenthèses durera en réalité… 35 ans ! Pendant cette période, les artefacts sont montrés au public par petites touches, notamment à la bibliothèque et au musée Redpath. Dans les années 1950, l’archéologue Gordon Lowther et la conservatrice Isabel Barclay Dobell enrichissent la collection, qui accueille notamment les archives photographiques du studio William Notman & Son. Une très belle acquisition, accompagnée d’une parution dans le magazine Maclean’squi fait connaître la collection McCord au Canada.

Un écrin à sa mesure

En 1954, la maison Dilcoosha, très abîmée par une fissure, doit être démolie. Les œuvres de la collection McCord sont entassées tant bien que mal (y compris dans les salles de bain et au grenier) dans la maison Hodgson située rue Drummond, à l’angle de l’actuelle avenue du Docteur-Penfield. Il faudra attendre 1971 pour que la collection s’établisse enfin dans l’ancien immeuble de l’Association étudiante, au 690, rue Sherbrooke Ouest, son emplacement actuel. Après avoir été géré plus de soixante ans par l’Université McGill, le Musée McCord devient privé et autogéré en 1987. Ses collections se heurtent cependant à nouveau à un problème d’espace. En 1992, un agrandissement à l’arrière, récompensé par de nombreux prix d’architecture, ouvre juste à temps pour le 350e anniversaire de Montréal. L’héritage de David Ross McCord a enfin trouvé un écrin à sa mesure.

Dans les années 1990, certaines expositions attirent de nombreux visiteurs, comme Montréal tout est hockey (1996). Une clientèle plus francophone et plus familiale (et sûrement quelques sportifs !) pousse les portes du 690, rue Sherbrooke Ouest. Le musée va par ailleurs à la rencontre du public au-delà de ses murs avec le lancement de son site Web (1997), sa première exposition virtuelle (La lanterne magique, en 2000) et ses applications Musée urbain MTL et EncycloModeQc. En 2006, la première exposition extérieure, sur l’avenue McGill College, invite les visiteurs dans la rue.

La collection continue à s’enrichir grâce aux fusions avec le Musée Stewart (2013) et le Musée de la mode (2018). Mais fidèle à son histoire, le musée voit ses espaces d’entreposage déborder. Il s’apprête à s’agrandir à nouveau, grâce à une promesse de don de 15 millions de dollars de la Fondation Emmanuelle Gattuso. Annoncé en 2019, le nouveau projet intégrera des bâtiments voisins de la rue Sherbrooke.

Depuis plusieurs années, le Musée McCord travaille à relever un autre défi de taille, éthique et politique. En 1989, une conservatrice affectée à la collection des Cultures autochtones est embauchée. Aujourd’hui, c’est le Huron-Wendat Jonathan Lainey qui en est le conservateur. Par ailleurs, des postes d’administrateur sont réservés à des candidats autochtones et depuis le mois de juin, c’est le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, qui a pris la tête du conseil d’administration. En se tournant résolument vers les premiers peuples, l’institution continue à promouvoir l’identité canadienne, comme le souhaitait son fondateur. 

Un collectionneur passionné

David Ross McCord n’a pas eu de descendants, mais sa passion pour l’histoire du Canada en a fait le père d’un des plus beaux musées du Québec. Né en 1844, le diplômé en arts du McGill College a une trentaine d’années lorsqu’il ajoute ses premières acquisitions ethnographiques à l’importante collection de sa famille, qu’il expose dans des cabinets de curiosité. Au début du XXe siècle, il cherche un musée pour abriter sa collection et promouvoir l’identité nationale canadienne. Sa santé décline, et Temple Grove, sa maison située sur le flanc du mont Royal, déborde (en 1920, il avait accumulé 15 000 artefacts). Après avoir donné sa collection à l’Université McGill, le Montréalais, atteint notamment d’artériosclérose, est trop malade pour assister en 1921 à l’inauguration de son musée, dont il a méticuleusement organisé l’espace d’exposition. Jusqu’à sa mort en 1930, il en garde le titre de conservateur, mais ne participe plus à ses activités courantes. Ses lettres et notes dévoilent un homme passionné et cultivé, montrant un intérêt sincère et profond pour les peuples autochtones.

De déménagements en agrandissements

13 octobre 1921 : inauguration du McCord National Museum à la maison Dilcoosha

1936 : fermeture du musée

1954 : déplacement des collections à la maison Hodgson, rue Drummond

1971 : réouverture du musée au 690, rue Sherbrooke Ouest

1992 : agrandissement du bâtiment, rue Sherbrooke Ouest

2019 : annonce du projet de nouveau musée s’étendant rue Victoria et avenue du Président-Kennedy



À voir en vidéo