Un musée pour comprendre d’où l’on vient

Miriane Demers-Lemay
Collaboration spéciale
Des hommes chargeant du bois équarri à bord d’un navire à Québec, en 1872.
William Notman Des hommes chargeant du bois équarri à bord d’un navire à Québec, en 1872.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les 100 ans du Musée McCord

La ville de Montréal est riche en musées d’histoire, mais dans cet écosystème, le Musée McCord se démarque par l’accès privilégié du grand public et des chercheurs à un riche patrimoine qui fait honneur à l’histoire de la métropole.

Jour de marché, autour de 1870. Des hommes, portant tous la barbe, un chapeau et un manteau, s’activent autour du marché Bonsecours, à Montréal. À la même époque, d’autres hommes chargent de longues pièces de bois équarri sur un navire à Québec. Ces images en noir et blanc font partie des quelque 1,3 million de photographies du Musée McCord, lesquelles ne constituent qu’une portion des collections du musée documentant l’histoire sociale de Montréal, mais aussi celle du Québec et du Canada.

« Le Musée McCord est une institution exceptionnelle à Montréal par la richesse de ses collections ; il a une collection d’artefacts, d’archives textuelles, d’éléments iconographiques, d’œuvres d’art documentaires, de caricatures, de textiles et de costumes, la collection photographique Notman », énumère Joanne Burgess, professeure en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).Selon elle, ces collections sont une source presque inépuisable d’information et d’histoires pour le grand public comme pour les chercheurs.

« Par sa capacité à évoquer le passé, à le raconter, à avoir une scénarisation autour des objets, je pense qu’il y a un pouvoir évocateur du musée, qui fait en sorte qu’on peut être fascinés, interpellés par les histoires qu’il raconte. C’est un lieu vraiment très puissant de contact avec le passé », poursuit l’historienne, qui souligne les efforts du McCord pour rendre accessibles ses collections au plus grand nombre possible, même au-delà de ses murs.

Le musée a aidé les enseignants à utiliser des éléments numérisés des collections pour leurs cours. Il a organisé des expositions de photos dans la rue. Des circuits urbains autoguidés sont offerts sur son application numérique Musée McCord Museum. Il a aussi été un pionnier à Montréal quant à la numérisation de ses collections et l’établissement de partenariats avec les milieux universitaires.

Un patrimoine pour comprendre l’histoire

À quoi ressemblait le Vieux-Montréal au XIXe siècle ? Pour ses travaux de recherche sur la question, Mme Burgess est allée fouiller dans les collections du Musée McCord. Et elle n’est pas la seule à tirer profit des images et des objets conservés au musée : « Les historiens qui s’intéressent à l’histoire de la mode, ou bien qui veulent comprendre comment des quartiers ont évolué, des gens qui s’intéressent à la caricature pour savoir de quelle façon différents sujets politiques ont été représentés à travers les époques », donne-t-elle comme exemples de thèmes de recherche qui peuvent être explorés par ces collections.

« Le défi, pour le musée, c’est que ses collections venaient principalement d’une certaine frange de la population — la bourgeoisie anglo-saxonne », commente par ailleurs Paul-André Linteau, professeur émérite en histoire à l’UQAM. Ce dernier observe que les éléments folkloriques du monde rural canadien-français ou des Irlandais sont sous-représentés dans les collections. Les conservateurs du musée sont toutefois conscients de ce miroir déformé, assure l’historien qui observe leurs efforts pour diversifier les collections, afin qu’elles soient le plus représentatives de la population montréalaise de l’époque.

« Il demeure que la collection McCord est d’une grande richesse. C’est plus qu’un musée d’exposition, c’est également un musée de conservation, de mise en valeur et de recherche, se réjouit-il. La mission est multiple, le mot “musée” recoupe toutes sortes de réalités, mais dans le fond, les grands musées, ce ne sont pas seulement des lieux d’exposition. Cela définit de façon distincte le McCord par rapport aux autres musées d’histoire. »

« Montréal est privilégié par rapport à bien d’autres villes au Québec et au Canada, » poursuit M. Linteau. « On a une nébuleuse de musées d’histoire qui est assez remarquable, du fait certainement de la richesse de l’offre culturelle de la ville. Ces musées sont populaires, ils attirent une clientèle importante. C’est aussi alimenté par la soif et le désir des Montréalais de connaître leur ville. Il y a une relation presque d’amour entre le public montréalais et les musées d’histoire. »

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