Valentin a 70 ans

La galerie L'Art français/Jean-Pierre Valentin souffle cet automne sur les soixante-dix bougies de son gâteau d'anniversaire. Ce faisant, elle devient la galerie la plus ancienne à tenir pignon sur rue au Québec. L'événement est souligné par le tenue d'une exposition d'oeuvres majeures qui toutes ont transité par la galerie fondée en 1934 par Lucienne et Louis Lange. Pour l'occasion, la galerie, tenue depuis bientôt trente ans par Jean-Pierre Valentin, propose une exposition hors commerce dont la particularité tient au fait que toutes les oeuvres appartiennent à des collectionneurs qui se les sont procurées sur place. Et quelle collection: Ozias Leduc, Jean-Paul Lemieux, Krieghoff, Suzor-Côté, Dallaire et Riopelle.

Malgré le nom de L'Art français, la galerie s'est rapidement portée à la défense de l'art d'ici. Après la mort de Louis Lange, en 1958, son épouse continue de diriger la galerie pendant près de 20 ans. Jean-Pierre Valentin achète la galerie en 1975. En 1986, la petite institution déménage rue Sherbrooke et devient la Galerie Jean-Pierre Valentin en 1992. Bien que la galerie poursuive au quotidien son engagement envers l'art vivant, elle fait place aujourd'hui à des oeuvres historiques. Joyau de cette sélection, l'accrochage comprend un Riopelle de 1951, jamais montré au pays. De ceux qui allient le feuilleté des mosaïques à la charge des drippings, ce tableau à lui seul vaut la visite.

Par ailleurs, d'autres oeuvres contestent à celle-ci la plus grande place dans cette exposition. Patati Patata, de Jean Dallaire, que l'on retrouvait en 2000 en couverture du catalogue de la rétrospective organisée par le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), compte parmi ces oeuvres-là. Un Jean-Paul Lemieux, Bord de mer (1957), parmi les plus minimalistes, est aussi à couper le souffle.

Deux portraits de petit format s'opposent dans la galerie, le Portrait de Rodolphe Brunet (1897), d'Ozias Leduc, qu'on avait pu voir lors de l'exposition au même MBAM en 1996, est de composition classique derrière le flou qui l'anime. Bretonne (1898), de Suzor-Côté, présente plus d'audace, notamment dans le traitement de l'arrière-fond. La rencontre est fascinante.

De plus, quelques oeuvres affichent un intérêt, pour des raisons insoupçonnées, toutefois: Lucile au jardin (1922), de Clarence Gagnon, présente un cadre ornementé par l'artiste lui-même, alors que le Maurice Cullen, Ice Cutters, Longueuil (1923), est un document intéressant, avec la cathédrale Saint-Antoine de Padoue en arrière-plan et les coupeurs de glace à l'avant-plan. Par ailleurs, il faut aussi goûter les variations atmosphériques de bleu dans la toile. Magnifique.