Ça foisonne dans les musées, suivez le guide!

Une image tirée de la vidéo «Top/Down», de Romana Schmalisch et Robert Schlicht, une œuvre présentée à l’expo «Souriez! Les émotions au travail», au Musée d’art de Joliette.
Photo: Romana Schmalisch et Robert Schlicht Une image tirée de la vidéo «Top/Down», de Romana Schmalisch et Robert Schlicht, une œuvre présentée à l’expo «Souriez! Les émotions au travail», au Musée d’art de Joliette.

Le 6 août dernier, la mort de l’historien de l’art et artiste Marcel Saint-Pierre a rappelé l’immense travail de recherche qu’il avait effectué sur l’œuvre de Serge Lemoyne (1941-1998), entre autres pour la rétrospective de son œuvre présentée au Musée du Québec en 1988-1989.

On retrouve ce même Lemoyne à l’honneur cet automne avec une expo qui pourrait, elle aussi, être marquante pour l’étude de son œuvre et pour notre histoire artistique.

Intitulée Lemoyne. Hors jeu, montée par la conservatrice Eve-Lyne Beaudry, celle-ci permettra de revenir sur son art précurseur des happenings.

Plus le temps passe, plus l’œuvre de Lemoyne gagne en résonance. Malheureusement, son travail multidisciplinaire n’a bénéficié d’aucune rétrospective depuis sa mort, il y a plus de 23 ans.

L’expo au Musée national des beaux-arts du Québec(MNBAQ) sera certainement un des événements de la rentrée.

C’est en tout cas ce que laisse entrevoir le catalogue comportant des textes signés par la commissaire, mais aussi par Jocelyne Lepage, Serge Allaire, Ève Lamoureux et Robert Enright. À partir du 28 octobre.

 

Artistes québécois et peintre américain

À la Fondation Molinari, il faudra se rendre à la présentation de Gaucher, Molinari, Tousignant : autour de Barnett Newman. Cet événement élaboré par Gilles Daigneault et Margarida Mafra permettra de montrer la proximité entre la démarche d’artistes québécois et celle du célèbre peintre américain. C’est un rendez-vous le 30 septembre.

Toujours du côté du retour sur l’histoire de l’art canadien, il faudra aller du côté du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) pour y voir les photographies d’un portraitiste un peu oublié. Durant des décennies, Yousuf Karsh (1908-2002), photographe des célébrités politiques, scientifiques et artistiques (Churchill, Einstein, Picasso…) bénéficia lui-même d’une notoriété mondiale. La dernière expo de Karsh au MBAM remonte à 1992. Plus de 100 photos de l’artiste seront cette fois à l’honneur sous la houlette du conservateur Hilliard T. Goldfarb. C,est à surveiller, dès le 22 septembre.

Des musées tournés vers le monde actuel

Cette saison muséale sera aussi et avant tout celle de l’art contemporain. Toujours au MBAM, la conservatrice en chef, Mary-Dailey Desmarais, présente une expo sur la notion d’écoute, d’échanges, de dialogues, de réconciliation.

Un sujet très pertinent alors que la surdité envers l’autre l’emporte souvent. Intitulée Combien de temps faut-il pour qu’une voix atteigne l’autre ?, cette présentation permettra des échanges entre l’art ancien et l’art actuel.

Avec des œuvres de Rembrandt van Rijn, Charles Gagnon, Auguste Rodin, Betty Goodwin, Jusepe de Ribera, Nick Cave, Yves Gaucher, Geneviève Cadieux, Nadia Myre, Shilpa Gupta, Stanley Février…

Photo: Nick Cave, avec la permission de l'artiste et de Jack Shainman Gallery, New York Nick Cave, «Soundsuit, 2014», collection Majudia, au Musée des beaux-arts de Montréal

Stanley Février sera d’ailleurs à l’honneur dans deux autres musées, au MAC LAU de Saint-Jérôme (à partir du 7 novembre) et au Musée national des beaux-arts du Québec (à partir du 2 décembre).

Le texte de présentation du Musée d’art contemporain des Laurentides présente Les vies possibles | Menm viyé tintin comme « une œuvre participative, basée sur le code Morse et les signaux de détresse, qui interroge les conditions des artistes en arts visuels, les relations qu’ils entretiennent avec les galeries et le monde de l’art ».

Les commissaires Anne-Marie St-Jean Aubre et Maud Jacquin poseront elles aussi un regard socio-artistique sur les conditions de vie dans notre monde actuel.

Dans Souriez ! Les émotions au travail, elles mettront en scène la façon dont les changements dans l’univers de l’emploi ont un impact sur nos comportements et nos relations, tout en nous amenant à réfléchir sur la manière tordue qu’a le système économique à faire des émotions un « capital exploitable ».

Avec des œuvres d’une vingtaine d’artistes, dont Marjolaine Bourdua, Pierre Dorion, Jean-Maxime Dufresne et Virginie Laganière, Melanie Gilligan, Liz Magic Laser, Jacqueline Hoàng Nguyễn, Julien Prévieux, Laure Prouvost, Pilvi Takala, Carl Trahan… Dès le 2 octobre au Musée d’art de Joliette.

La Fondation Grantham pour l’art et l’environnement, à Saint-Edmond-de-Grantham, proposera un solo d’Andreas Rutkauskas orchestré par Geneviève Chevalier. Intitulée Refuge : après l’incendie, cette expo multidisciplinaire comprenant de la photo, de la vidéo et même des technologies immersives, nous plongera dans la question de la résilience associée aux feux de forêt. Dès le 26 septembre.

L’utilisation des cyberarmes contre des citoyens militants

On notera aussi que le Musée d’art contemporain inaugure ses espaces à Place Ville-Marie avec Forensic Architecture, contagion de la terreur, événement présenté en collaboration avec la cinéaste Laura Poitras, reconnue entre autres pour Citizenfour (2015), documentaire à propos d’Edward Snowden.

Cette expo traitera de l’utilisation des cyberarmes contre des citoyens militants. À surveiller… à moins que ce soit cette expo qui nous surveille. Dès le mois de novembre.

Le titre est énigmatique, et le sujet dans l’esprit de l’époque… L’explorateur de reliques : d’où nous venons, toi et moi, nous savons que nous ne sommes pas ici pour toujours de Larry Achiampong, à la Fondation Phi, traitera de la mémoire collective en lien avec le colonialisme et le postcolonialisme. Ce sont Victoria Carrasco et Cheryl Sim qui en font le commissariat. À partir du 9 septembre.

Incontournable Gilles Mihalcean

Le centre d’exposition d’art contemporain 1700 La Poste nous offrira un parcours de l’oeuvre du réputé sculpteur Gilles Mihalcean. Ayant bénéficié d’une importante expo-bilan au Musée d’art contemporain en 1995, Mihalcean présentera cette fois-ci son travail des 30 dernières années à travers une trentaine d’oeuvres. C’est Isabelle de Mévius — directrice et fondatrice de ce lieu devenu un incontournable de la scène artistique au Québec — qui a commissarié Retournements et détournements, événement lancé le 17 octobre que l’on attendra avec grande impatience.


Un saut à Toronto

Non, à l’évidence, Picasso ne fut pas que le peintre révolutionnaire des Demoiselles d’Avignon et du cubisme. En 2018, le Musée Picasso-Paris et le Musée d’Orsay avaient souligné l’importance des périodes bleues et roses dans la démarche de cet artiste, périodes de sa jeunesse qui furent longtemps dédaignées. L’Art Gallery of Ontario (AGO) se penchera, elle aussi, sur la peinture bleue de ce géant de l’histoire de l’art avec Painting the Blue Period, une expo pensée par Kenneth Brummel et Susan Behrends Frank. Dès le 6 octobre.



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