Le créateur Marcel Saint-Pierre nous a quittés

Marcel Saint-Pierre, le 9 août 2008, à l'occasion d'un événement qu'il a organisé chez lui à Sainte-Rose pour souligner le 60e anniversaire du Refus Global
Photo: Guy L'Heureux Marcel Saint-Pierre, le 9 août 2008, à l'occasion d'un événement qu'il a organisé chez lui à Sainte-Rose pour souligner le 60e anniversaire du Refus Global

Le peintre, historien de l’art, critique, professeur et acteur social Marcel Saint-Pierre est décédé le 6 août des suites d’une longue maladie. Les dernières œuvres qu’il a réalisées, au terme d’une vie bien remplie, seront exposées au salon b, à Montréal, au cours du mois de septembre.

« Avant d’être artiste et historien de l’art, Marcel Saint-Pierre a été et est toujours un écrivain », dit à son sujet le galeriste Éric Devlin, qui le représente. Marcel Saint-Pierre a notamment lancé avec Nicole Brossard, Roger Soublière et Jan Stafford la revue littéraire québécoise La barre du jour, en 1965, et la revue contre-culturelle Chroniques. Encore tout récemment, il cofondait une maison d’édition de poésie et d’images, les Éditions complices, rappelle sa conjointe Anithé de Carvalho.

Marcel Saint-Pierre était né à Laval, en 1947, certaines sources mentionnant plutôt 1944, ce dernier aimant à cultiver l’ambiguïté, a confirmé au Devoir M. Devlin. Toute sa vie, Marcel Saint-Pierre a fait cohabiter sa production artistique, son métier de professeur et son engagement social. Il a notamment cofondé le département d’histoire de l’art de l’UQAM et le syndicat des professeurs de l’UQAM, ajoute Anithé de Carvalho. « C’est un créateur et un intello », dit-elle.

Selon Martin Boisseau, qui a été l’élève de Marcel Saint-Pierre à l’UQAM, l’homme fréquentait avec la même aisance la pratique et la théorie. « De toi, écrit-il dans une lettre adressée au peintre défunt, j’ai appris la tendresse bienveillante devant les tentatives discursives maladroites. De toi, j’ai appris que faire de l’art, c’est penser en triturant les matériaux, c’est penser matériellement. Nous aurons, toi et moi, fait « jazzer » le structuralisme, le post-structuralisme, la psychanalyse, la poïétique et autres délires qui auront eu l’avantage de nous faire agir devant une surface à occuper, une œuvre à faire. »

« Marcel Saint-Pierre a inauguré sa pratique sous l’égide du modernisme autocritique et déconstructeur qui se développait dans le Paris de l’après-mai 68 », écrit à son sujet sa collègue de l’Université de Montréal, Nicole Dubreuil-Blondin.

Proche des mouvements de gauche, Marcel Saint-Pierre a voulu, dans sa pratique, rapprocher son art des techniques utilisées par les ouvriers dans l’industrie du textile, comme celles de plier le tissu et de le plonger dans le bac de teinture.

« Ça n’est pas de la peinture pour la peinture. Il y avait aussi tout un propos chez Marcel sur le sens de l’art », dit Anithé de Carvalho, qui ajoute que la dimension politique des œuvres de Saint-Pierre est « subtile » et ne saute pas aux yeux du premier coup d’œil. Tout en étant très engagé socialement, Marcel Saint-Pierre désirait rester un artiste indépendant des partis politiques. C’est cette thématique qu’il a explorée notamment dans l’essai Abstinence coupable, qui porte sur le rapport entre les artistes du Refus global et le Parti communiste ouvrier.

En 2017, Marcel Saint-Pierre vendait sa maison ancestrale de Sainte-Rose, à Laval, à la municipalité, avec l’assurance qu’elle deviendra bientôt une résidence d’artistes. « L’immense terrain au bord de la rivière des Mille-Îles est donc maintenant du domaine public et donnera l’accès à l’eau aux citoyens », précise M. Devlin.

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