Anne-Marie Proulx sur les traces d’Anne Hébert

Le livre d'Anne-Marie Proulx, «Le jardin d'après»
Photo: Courtoisie Le livre d'Anne-Marie Proulx, «Le jardin d'après»

Le premier jardin (Éditions du Seuil, 1988), d’Anne Hébert, est à l’origine du livre photographique Le jardin d’après, d’Anne-Marie Proulx, qui vient de sortir en librairie. Invitée à rendre hommage à la romancière, l’artiste en a tiré deux expositions, dont une à l’Espace F (Matane), avant de publier cet ouvrage remarquable qui en est le point culminant.

L’objet allie avec grâce images et fragments textuels refaisant avec invention le parcours urbain évoqué dans le roman. Il s’arrime secrètement au récit qu’il n’illustre pas, mais qu’il faut néanmoins esquisser. La protagoniste est une actrice vieillissante qui, d’Europe où elle fait carrière, revient dans sa ville natale — Québec, qui n’est pas nommée —, pour y jouer une pièce de Beckett. La ville devient le théâtre de sa quête personnelle alors que les souvenirs d’enfance refont surface, et toutes les identités des femmes qu’elle a incarnées sur scène, ainsi que des pionnières arrivées sur le continent.

Le livre organise un script visuel à partir d’une sélection étudiée des photos prises par Anne-Marie Proulx entre 2015 et 2021, avec sa caméra argentique ou son téléphone, repérant dans sa ville — Québec, que les familiers pourront deviner, malgré les cadrages serrés —, les signes d’une nature fugace, telles des présences au féminin. Ombre portée, éclat de lumière et végétation entêtée entremêlent finement textures et ambiances. Sous la forme de page arrachée surgissent aussi des répliques isolées, parfois dramatiques, des voix féminines convoquées. Jusque dans ces nouveaux dialogues créés, Anne-Marie Proulx partage sa lecture habitée et créative du roman de Hébert. Elle en exalte le caractère polyphonique comme sa densité psychique.

Le jardin d’après

Anne-Marie Proulx, Éditions Loco, Paris, 2021, 192 pages

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