Les trésors cachés des musées régimentaires

Si une partie du patrimoine militaire est préservée dans des grands musées militaires bien connus, tels que le musée Stewart, situé au Fort de l'île Sainte-Hélène, et La Citadelle, à Québec, on sait moins que de nombreux régiments au Québec conservent scrupuleusement entre leurs murs leur propre patrimoine.

Il existe pourtant au Québec, depuis une cinquantaine d'années, une petite vingtaine de musées régimentaires. «Ces musées sont le plus souvent tout petits, ils comptent rarement plus de deux ou trois salles et reçoivent à peine cent visiteurs par an», explique le lieutenant-colonel du Black Watch et directeur du musée Stewart, Bruce D. Bolton. «À travers leurs photos, leurs médailles, leurs uniformes, leurs armes et leurs armures, les régiments retracent leur propre histoire, précise-t-il. Il est très important d'entretenir ce patrimoine culturel, ces musées permettent de mieux découvrir l'histoire du Québec à travers la vie exceptionnelle de ces hommes.»

Si la plupart de ces régiments ont été fondés à l'aube de la Première Guerre mondiale, comme par exemple le Régiment de la Chaudière à Lévis, les Canadian Grenadier Guards, le plus ancien d'entre eux, ont une longue histoire qui remonte jusqu'à 1764, à l'époque où ils s'appelaient 1re Compagnie, District de Milice de Montréal.

Le petit musée du Black Watch, régiment au service de la Reine et du Commonwealth fondé à Montréal en 1862, n'est constitué que d'une petite pièce, d'environ 400 pieds, qui sent le vieux bois et le papier jauni. L'atmosphère de cette petite pièce est celle d'un sanctuaire. «Il y a très peu de visiteurs, explique le caporal Guindi, qui m'a gentiment ouvert la porte du musée en l'absence du conservateur, et ceux qui viennent sont presque tous des familles d'anciens combattants du régiment, ou bien des journalistes».

Ce sont d'ailleurs ces mêmes familles qui ont généreusement fait don au musée d'une importante partie des pièces, préférant confier leurs souvenirs au régiment plutôt que de les laisser prendre la poussière dans leur salon. On retrouve ainsi, au milieu des uniformes et des médailles, un petit carnet de bord, un fragment de ciment ramené du front par un homme de régiment, un éclat de bombe volante retrouvé en France entre Neufchâtel et Londonières, quelques photos souvent un peu abîmées, dont les légendes sont soigneusement inscrites à la main sur de petits cartons improvisés.

Esprit de compétition

Mais ces familles ne sont pas les seules pour lesquelles ce musée ait un sens. Dans la mesure où il demeure la seule trace du passé, il représente beaucoup aux yeux des hommes du Black Watch. «L'histoire héroïque de notre régiment est notre raison d'être, la raison pour laquelle je suis là aujourd'hui», explique le jeune caporal Guindi, une lueur de fierté dans les yeux et un sourire qu'il parvient difficilement à contenir aux coins des lèvres. Ainsi, les hommes du régiment sont très attachés aux traditions du Royal Highland Regiment. «On s'efforce de faire en sorte que chacune de nos messes ressemble en tous points à celles célébrées il y a deux cents ans», raconte-t-il. «Il y a vingt ans, ils ont essayé de nous enlever notre kilt. Mais ils n'ont jamais réussi!», s'exclame le caporal Guindi.

Chaque régiment revendique d'ailleurs si fièrement son identité que cela crée un certain esprit de compétition entre les différents régiments. «C'est un peu comme à l'école, on obtient des points pour tout ce que l'on fait, lorsque l'on recrute de nouveaux hommes, qu'on envoie des miliciens en mission à l'étranger ou bien même lorsque l'on fait visiter ce musée», explique-t-il. J'ai donc moi-même fait gagner quelques points d'avance au régiment du Black Watch pour la prochaine compétition annuelle.

D'autres musées, comme le Musée de l'ordonnance à Montréal rassemblent davantage d'objets, plus impressionnants sur un plan historique. «Le musée rassemble une extraordinaire collection d'armes, d'uniformes et d'autres objets ayant appartenu à des miliciens de différents régiments canadiens», explique M. Sippley, le conservateur du musée. Si ce musée, situé à l'angle des rues Langelier et Hochelaga, offre l'entrée libre du mercredi au dimanche (de 10h à 16h), attention, les visites du musée du Black Watch et du régiment de la Chaudière se font uniquement sur rendez-vous, au (514) 496-1686 pour le premier et au (418) 835-0340 pour le second.