Quelques musées sur la route des vacances

Adrien Bonot
Collaboration spéciale
À partir du 17 juin, le Musée de la Gaspésie propose une plongée immersive au cœur de la région. Sur la photo, la Gaspésienne no.19, au large de Newport, en 1960.
Photo: Charles-Eugène Bernard À partir du 17 juin, le Musée de la Gaspésie propose une plongée immersive au cœur de la région. Sur la photo, la Gaspésienne no.19, au large de Newport, en 1960.

Ce texte fait partie du cahier spécial Été des musées

Cette année encore, une majorité de Québécois risquent bel et bien de passer leurs vacances estivales dans la province. C’est donc l’occasion de découvrir de nouvelles régions et de pousser la porte des musées qui s’y trouvent. De la peinture à la sculpture, de l’art classique à l’art contemporain, l’été culturel québécois s’annonce radieux.


 

Dans les Laurentides

Jusqu’au 30 août, le Musée d’art contemporain des Laurentides (MACLAU), à Saint-Jérôme, propose de partir à la découverte d’une pionnière de l’art contemporain à travers le prisme de sa matière première, la laine. Mariette Rousseau-Vermette, résidente de Sainte-Adèle jusqu’à la fin de sa vie en 2006, est considérée comme l’une des précurseures de l’art textile. Née en 1926 à Trois-Pistoles, l’artiste tisserande fut formée à l’École des beaux-arts de Québec. Ses tapisseries ont gagné leurs lettres de noblesse grâce à sa manière d’expérimenter. Mariette Rousseau-Vermette réutilise et détourne les codes de la peinture abstraite au travers de l’échelle, de la forme, de la matière et de la couleur. Quelques-unes de ses plus belles pièces sont exposées dans les plus grands musées du monde, du MoMa de New York au Musée d’art moderne de Kyoto, en passant par le Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa.

Photo: MACLAU L'exposition «Matière première» de Mariette Rousseau-Vermette

Le lot de pelotes de laine offert par son fils, Marc Vermette, au MACLAU est révélateur de la démarche de Mariette Rousseau-Vermette, artiste d’une importance capitale dans le champ des arts québécois et canadien, qui remet au centre de l’œuvre l’outil, la matière. L’exposition Matière première met donc en avant la création de l’œuvre d’art dans ce qu’elle a de plus brut, son essence même. Cette manière d’aborder une œuvre est unique et sort des sentiers battus.

En Mauricie

Photo: Damien Lair Vue de l'exposition «Attache ta tuque !»

Avec Attache ta tuque !, le Musée POP de Trois-Rivières offre une exposition originale sur la culture québécoise. En effet, les thématiques de l’exposition ont été choisies selon un sondage réalisé en 2018, en partenariat avec la firme Léger, auprès de 1000 Québécois. Ce sont les sujets les plus populaires et ceux qui représentent le plus l’unicité des Québécois qui ont été retenus pour être développés dans l’exposition : langue, gastronomie, hockey, Premières Nations, contes et légendes, ingéniosité, hiver, musique. Chaque zone est introduite par une expression typiquement québécoise et liée à la thématique présentée. L’exposition est un portrait socioculturel de la nation québécoise, présentée de façon ludique et interactive. N’oubliez pas d’apporter votre téléphone intelligent ou une tablette, avec vos écouteurs personnels, pour profiter de tous les éléments interactifs. L’exposition Attache ta tuque !, qui s’est d’ailleurs vu remettre le Prix d’excellence de la Société des musées du Québec en 2020, permet aux petits et grands, Québécois ou non, de s’approprier ce qui fait le fondement même des peuples du Québec.

Dans Charlevoix

Le Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul est le seul de l’est du Québec à se consacrer exclusivement à l’art contemporain. Repoussé d’une année à cause de la pandémie de COVID 19, le Symposium international constitue le point d’orgue de la programmation culturelle estivale du musée. Pendant un mois, du 30 juillet au 29 août, le Musée d’art contemporain accueillera 12 artistes de tous les horizons. Ceux-ci viendront de tout le Québec (Sept-Îles, Montréal, Sainte-Foy, Boischatel), d’Iran, de France, ou encore de Suisse. Ils viendront réaliser des œuvres d’art sur place, devant le public, et offriront aux visiteurs une plongée unique dans la création artistique. Le Symposium donne non seulement la possibilité de rencontrer des artistes et de les voir créer sous nos yeux, mais aussi une occasion de découvrir l’art autrement, et d’y réfléchir. Des conférences sur le thème de l’année, « Le temps et les choses », sont programmées. De plus, plusieurs activités annexes sont prévues, comme des jeudis cinéma ou encore un concert de fermeture mettant en vedette le chanteur québécois Pierre Flynn.

En Gaspésie

Avec À la confluence des mondes, le Musée de la Gaspésie, situé à Gaspé, propose à partir du 17 juin une plongée immersive au cœur de cette région, berceau du Québec et du Canada. Depuis la préhistoire jusqu’à l’époque contemporaine, l’exposition remonte le temps et fait voyager dans les profondeurs de l’histoire. On y découvre différents moments clés de la péninsule, que ce soit la chasse à l’orignal par les Micmacs ou la pêche à la morue, en passant par les mélodies de madame Bolduc. Mettant en avant la langue micmaque, cette nouvelle exposition permanente est présentée tant dans cette langue autochtone qu’en français et en anglais. Ce choix de proposer l’exposition en trois langues met en avant la contribution des trois peuples fondateurs à la création d’une Gaspésie diversifiée. L’histoire de la région la plus emblématique et mystérieuse du Québec prend littéralement vie sous nos yeux.

Dans le Bas-Saint-Laurent

Outre de magnifiques jardins à l’anglaise devenus lieu historique national en 1995, les Jardins de Métis, situés à Grand-Métis, offrent cet été plusieurs expositions sur le thème de la photographie. Parmi celles-ci, Robert W. Reford : photographe à la rencontre de l’Autre, dans laquelle nous partons à la rencontre de Robert W. Reford, mari d’Elsie Reford, fondatrice des Jardins de Métis. Celui-ci est considéré comme l’un des premiers photographes amateurs au Canada. En 1889, alors apprenti pour l’entreprise familiale, il part dans l’ouest du Canada pour le travail. Toutefois, son périple prend tranquillement les allures d’un voyage d’exploration. Il apporte en effet avec lui son nouvel appareil Kodak numéro 1, le premier appareil photo destiné au grand public. Il arpente la côte ouest canadienne et prend des clichés des Premières Nations et des travailleurs chinois vivant sur le territoire. Ainsi, la vie des membres des communautés Haida Gwaii et chinoise est immortalisée sur pellicule. Cette réalisation de Reford, jeune entrepreneur ouvert sur le monde, propose une démarche citoyenne et anthropologique. Quel est notre rapport à l’autre lors de nos voyages ? Si cette exposition laisse place au développement de l’Ouest et à ses peuples, elle amène aussi une réflexion sur notre rapport au voyage. Parce que nous sommes tous l’étranger de quelqu’un. Une plongée fascinante dans le monde de la photographie et du voyage, à voir du 12 juin au 4 octobre.

Avec son exposition Parmi les monstres, le Musée régional de Rimouski présente les œuvres des artistes Pierre Brassard et Marie-Pier Lebeau Lavoie, qui forment depuis 2008 le duo Pierre & Marie. Leur travail fut présenté au Musée national des beaux-arts du Québec, ainsi que dans différents centres d’artistes, maisons de la culture et galeries québécoises. Dans le cadre de cette première exposition solo en contexte muséal, Pierre & Marie présenteront un corpus inédit regroupant œuvres sculpturales, textiles, sonores et photographiques. Ces œuvres tantôt merveilleuses, tantôt grotesques, sont autant d’éléments narratifs qui nous feront réfléchir à l’obsolescence programmée de notre société et à l’évolution numérique de plusieurs sphères de nos vies. La pratique du duo, profondément ancrée dans l’actualité, se dote alors d’une dimension nouvelle aux réflexions sur l’obsolescence programmée, la production de masse, l’ère numérique, ainsi que les crises climatique, socio-économique et sanitaire. Une exposition haute en couleur et teintée d’humour que petits et grands prendront plaisir à découvrir du 13 juin au 10 octobre.

L’exposition Lignes de force, au Musée du Bas-Saint-Laurent à Rivière-du-Loup, met quant à elle en lumière l’énergie qui se dégage des œuvres de Rita Letendre, figure emblématique de l’art abstrait au Canada. Née à Drummondville en 1928 de parents d’origine abénaquise et québécoise, Rita Letendre, très influencée par le mouvement des automatistes, s’est démarquée dès les années 1950 dans le milieu de l’art montréalais par la vivacité de sa gestuelle. Cette exposition rassemble une trentaine d’œuvres produites entre 1953 et 1980 et se décline en sections distinctes qui réfèrent à différents moments de recherche picturale de l’artiste. Elle propose notamment une incursion dans une période phare du travail de Rita Letendre,celle où elle a développé ce motif de pointe, de flèche, qui devint sa signature au cœur des années 1970. La puissance des compositions de l’artiste prend place avec intensité et est affirmée par un choix de couleurs percutant. La chorégraphe Soraïda Caron a été invitée à créer une composition originale en écho à la production de Rita Letendre, qui constitue un mélange inédit de danse et de peinture. L’exposition se tiendra du 8 juillet au 26 septembre.

Dans le Centre-du-Québec

Photo: Musée des Abénakis Vue de l'exposition «Wôbanaki: peuple du soleil levant»

Le Musée des Abénakis, situé à Odanak, sur la rive est de la rivière Saint-François, présente Wôbanaki : peuple du soleil levant, une exposition visant à faire découvrir l’univers culturel et spirituel de la Première Nation des Abénaquis. La visite débute par une projection multimédia qui raconte la création du monde selon la tradition de ce peuple millénaire. Ensuite, les visiteurs seront invités à découvrir l’histoire, le savoir et le savoir-faire des Abénaquis en suivant le rythme des saisons et des lunaisons. Un parcours qui raconte l’histoire des Abénaquis et leur mode de vie ancestral de manière authentique en présentant le patrimoine matériel et immatériel de cette Première Nation. Une plongée passionnante dans l’histoire séculaire de ce peuple.