Les expositions prennent corps à Québec

Isabelle Delorme
Collaboration spéciale
Le Musée de la civilisation rouvrira ses portes le 20 mai avec l’exposition MAYA, présentant plus de 300 artefacts provenant du Guatemala — dont la plupart n’avaient encore jamais quitté le pays.
Photo: Fundación La Ruta Maya Le Musée de la civilisation rouvrira ses portes le 20 mai avec l’exposition MAYA, présentant plus de 300 artefacts provenant du Guatemala — dont la plupart n’avaient encore jamais quitté le pays.

Ce texte fait partie du cahier spécial Été des musées

L’humain, son corps et ses créations sous toutes leurs formes et représentations. Que ce soit par l’exploration d’œuvres de Picasso, à travers l’exposition Ô merde !, au sujet des plus audacieux, par une visite des pyramides mayas ou encore des beautés du Grand Nord, les musées de la Vieille Capitale se déconfinent tout en couleurs. Visite guidée.

Picasso hors des cadres

« Ce sera notre première grande exposition consacrée à Picasso ! » se réjouit Jean-Luc Murray, directeur général du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) qui ouvre gratuitement les fins de semaine jusqu’au 6 juin.Du 12 juin au 12 septembre, le musée accueillera l’exposition itinérante Picasso. Figures comprenant 76 œuvres jamais exposées au Québec, prêtées par le Musée national Picasso-Paris. Les visiteurs pourront contempler 45 peintures, des sculptures et des œuvres sur papier qui couvrent l’ensemble de la période créatrice de l’artiste catalan. Avec des chefs-d’œuvre célèbres comme L’acrobate, L’homme à la guitare ou Figures au bord de la mer.

Photo: Succession Picasso «Portrait de Dona Maar», Picasso, 1937

« L’humain est au centre du travail de Picasso et à travers le corps, qu’il a abordé tout au long de son parcours, nous pourrons comparer ses différentes périodes », commente Jean-Luc Murray. C’est l’un des thèmes les plus féconds de l’Espagnol, abordé à travers ses muses notamment. « Je ne suis pas certain que Picasso aurait survécu au mouvement #MeToo ! », lance d’ailleurs le directeur général qui, tout en replaçant l’homme dans son époque, invite les visiteurs à aborder à travers son œuvre un questionnement actuel.

« Nous souhaitons ouvrir un dialogue sur la beauté hors-norme et valoriser la diversité du corps avec des œuvres de notre collection », explique Jean-Luc Murray. En miroir aux corps déformés et fractionnés de Picasso, l’exposition Ouvrir le dialogue sur la diversité corporelle montrera 35 œuvres d’artistes contemporains mettant en valeur des corps rarement représentés. « C’est très juste et touchant de voir des corps de personnes handicapées, âgées, avec des traumatismes ou qui ne correspondent pas à nos canons esthétiques », s’émeut M. Murray qui promet « une magnifique scénographie toute en rondeur » pour accompagner cette réflexion sur le corps.

Rendez-vous en terre maya

C’est avec l’exposition MAYA que le Musée de la civilisation rouvrira ses portes le 20 mai, en présentant jusqu’au 3 octobre plus de 300 artéfacts provenant du Guatemala — dont la plupart n’avaient encore jamais quitté le pays. « C’est un immense privilège que nous accorde le ministère de la Culture du Guatemala, se réjouit le président général du musée, Stéphan La Roche, qui venait de réceptionner les œuvres lors de notre entrevue. Nous sommes très excités ; il y a des choses absolument magnifiques ! »

Objets archéologiques, fresques, statuettes, bijoux ou encore instruments scientifiques permettront de comprendre la richesse de cette culture millénaire raffinée, très avancée notamment en matière d’agriculture. « Cette civilisation a connu son apogée il y a plus de 2600 ans puis a décliné, mais il y a encore des Mayas qui préservent leur langue et leur culture », indique Stéphan La Roche. Le parcours inclut les thèmes de l’environnement tropical, les croyances et la réalité actuelle de ce peuple millénaire. « L’exposition est magnifique visuellement, très construite — il y aura notamment une fausse pyramide maya — avec une scénographie colorée et spectaculaire. Un plaisir pour les yeux ! » promet M. La Roche.

De la merde en or

Si le nom de l’exposition Ô merde ! ne manque pas d’humour, son affiche résume l’un des messages clés de l’exposition qui se tiendra du 17 juin au 5 septembre au Musée de la civilisation, avec sa crotte dorée évoquant un bijou précieux. Un thème audacieux et amusant, mais aussi très sérieux. « Ce sujet nous paraissait important, car il n’a encore jamais été traité dans un musée à notre connaissance, et il comporte des enjeux environnementaux majeurs », explique Stéphan La Roche en soulignant que les deux tiers des êtres humains n’ont pas accès à des toilettes salubres.

Le musée nous invitera également à découvrir notre microbiote intestinal et les avancées scientifiques qui permettent de mieux saisir la valeur de nos productions intimes. « Nous souhaitons démontrer que la merde peut être une matière précieuse : après l’or noir et l’or bleu, il y aura l’or brun », lance M. La Roche. Transformées en médicaments ou en engrais, nos déjections nous paraîtront prometteuses à la sortie de l’exposition. Et ceux qui se demandent comment les Japonais se soulagent dans leurs mythiques toilettes cinq étoiles seront ravis de découvrir la zone consacrée aux toilettes du monde entier, des latrines aux plus sophistiquées. Les plus curieux sont d’ailleurs invités à fréquenter celles du musée… Nous n’en dirons pas plus !

Cap vers le Grand Nord

« Il défait tous les fantasmes qu’on peut avoir sur l’art inuit », déclare Jean-Luc Murray à propos de l’artiste contemporain originaire du Nuvavut, Manasie Akpaliapik. Les 40 sculptures dévoilées dans l’exposition qui lui sera consacrée à partir du 18 juin — dont certains grands formats spectaculaires — proviennent du grand collectionneur canadien Raymond Brousseau, qui a consenti un don remarquable au musée. « Il faut le voir pour avoir une idée de la force de son travail ! » souligne le directeur qui décrit une œuvre universelle aux matériaux qu’on devine saisissants.

L’os de baleine, le bois de caribou, l’ivoire de morse ou de narval (provenant d’animaux morts à l’état sauvage) côtoient des pierres comme la stéatite du Brésil, la dolomite et le marbre. En découvrant l’un des artistes les plus doués de sa génération, les visiteurs réfléchiront au rapport de l’humain avec la nature.

Du bon air, des liens et du théâtre

Le MNBAQ proposera des activités culturelles à partir du 21 juin, dont beaucoup se dérouleront en plein air. L’espace L’art dans mon jardin sera animé début juillet, du jeudi au dimanche. Contes et ateliers pour enfants, parcours autonome, apéros musicaux, concerts, yoga-art, visites guidées et autres surprises seront au rendez-vous. Les sentiers du musée permettront de tisser des liens avec son quartier et sa ville. Également au programme estival du MNBAQ, un univers poétique et immersif dans l’espace Les presqu’îles, imaginé par l’artiste Camille Bernard-Gravel.

De son côté, le Musée de la civilisation fêtera les cinquante ans du Grand Théâtre de Québec en lui consacrant une vitrine-exposition qui prendra vie sous la forme d’un spectacle multimédia original. Le musée donnera la parole jusqu’au 29 août aux individus ayant vécu en situation d’itinérance dans son Espace Rencontres, qui s’ancre dans la dimension sociale du musée. Une mission chère aux deux institutions encore plus essentielle en ces temps perturbés.

Informations pratiques

Le Musée national des beaux-arts du Québec a rouvert cette semaine, uniquement les fins de semaine dans un premier temps (vendredi-samedi-dimanche). L’accès à l’ensemble du musée est gratuit jusqu’au 6 juin, mais la réservation d’une plage horaire est obligatoire. Le musée est ouvert gratuitement pour quatre fins de semaine avant de reprendre un horaire et un tarif réguliers à partir du 12 juin, pour le début de l’exposition Picasso. Figures.

Le Musée de la civilisation ouvre ses portes le 20 mai aux horaires réguliers. L’achat d’un billet à plage horaire déterminée est obligatoire.

 
 

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