Voir la pandémie autrement avec le SAT Fest

Dans «Immunity», la plus récente œuvre du musicien et artiste multimédia David Gardener, des formes fractales évoquant les représentations graphiques d’une chaîne d’ADN occupent tout. Ces formes abstraites se meuvent en imitant une vigne qui pousse ou une branche d’arbre s’étirant vers le ciel.
Photo: Montreal Life Support Dans «Immunity», la plus récente œuvre du musicien et artiste multimédia David Gardener, des formes fractales évoquant les représentations graphiques d’une chaîne d’ADN occupent tout. Ces formes abstraites se meuvent en imitant une vigne qui pousse ou une branche d’arbre s’étirant vers le ciel.

La Société des arts technologiques (SAT) rouvrira ce soir ses portes au public pour présenter jusqu’au 19 juin la 8e édition du SAT Fest, une sélection de huit courts métrages immersifs projetés sur l’écran 360° du dôme érigé au dernier étage du complexe. D’une durée d’environ 45 minutes, la sélection rassemble les œuvres récentes de créateurs d’ici, du reste de l’Amérique et d’Europe, toutes inspirées de près ou de loin de l’expérience sociale dont nous sommes les cobayes depuis un an.

Originaire de Grande-Bretagne et établi à Montréal depuis quatre ans, le musicien et artiste multimédia David Gardener (alias Montreal Life Support) inscrit sa plus récente œuvre, Immunity, dans le contexte de la crise sanitaire. Sur l’immense écran au-dessus de nos têtes, des formes fractales évoquant les représentations graphiques d’une chaîne d’ADN ; ces formes abstraites se meuvent en imitant une vigne qui pousse ou une branche d’arbre s’étirant vers le ciel. Les couleurs chaudes de ce qui ressemble au ballet de la vie à l’échelle microcellulaire sont accompagnées d’une trame sonore électronique ponctuée de doux sons percussifs.

« C’est effectivement très inspiré par ce qu’on a vécu ces derniers mois », explique David Gardener au Devoir. « L’idée m’est venue en constatant que le discours autour du virus et de la pandémie a tendance à s’éloigner de la biologie, dans le sens où la pandémie est devenue une crise politique et sociale. On parle tellement de confinement, de port du masque, de garder nos distances, qu’on finit par oublier ce qui se passe sur le plan biologique. [Immunity] est un hommage à nos globules blancs, au combat qui est mené à l’intérieur de nos corps. »

Dans la même optique, impossible de ne pas être touché par Entropy Will Be Larger Tomorrow, la poétique création de l’artiste multimédia et musicienne d’origine mexicaine Laura Luna Castillon. L’artiste nous place au cœur d’une pièce de notre maison, de notre appartement, de notre « refuge » en temps de pandémie, avec les objets qui ont meublé notre quotidien confiné. La trame musicale ambiente, avec ses notes de piano gorgées d’écho, accompagne à merveille les plans de la caméra qui bouge sans cesse à travers notre refuge.

Ainsi, hormis Troublant Trous Noirs, œuvre visuelle générative (une création au demeurant assez classique au registre des arts numériques) soutenue par une trame électronique expérimentale signée Jules Roze et Yanik Tremblay-Simard (Sol Miracula), les sept autres œuvres de cette édition du SAT Fest se distinguent par leurs trames sonores tonales, harmonieuses et invitantes — on entend rarement du jazz dans ces créations, c’est le cas sur Black Mantis – The Build, œuvre psychédélique des studios 4Pi mise en musique par le Britannique Deri Roberts ! Même les créations visuelles paraissent moins hermétiques que ce à quoi les amateurs de cette discipline sont habitués.

[«Immunity»] est un hommage à nos globules blancs, au combat qui est mené à l’intérieur de nos corps

 

Directeur de l’immersion à la SAT, Dominic Paquin y voit une tendance chez ces créateurs : « C’est certain que le comité de sélection des œuvres travaille avec ce qu’il reçoit [une quarantaine de propositions pour cette édition du Fest], mais on dirait que les artistes cette année avaient envie de quelque chose de plus musical. L’année qui vient de passer a été difficile pour les artistes, les gens sont sans doute un peu tannés, on ressent l’envie de sortir un moment du glitch, de l’abstrait, des œuvres qui choquent nos sens qu’on est plus habitués à voir ici, à la SAT. »

Grâce au SAT Fest, la Société des arts technologiques relance prudemment ses événements publics, suspendus depuis octobre 2020. Certes, la grande salle du rez-de-chaussée est toujours inoccupée, les fourneaux du Labo culinaire encore éteints, la belle terrasse inaccessible. Mais avec la réouverture des cinémas, la SAT table sur son dôme et ses 45 sièges distancés pour entrevoir le retour à la normale.

D’autres activités seront bientôt ajoutées à l’agenda : « On garde le cap avec notre plan, et on s’adaptera aux nouvelles mesures de confinement », dit Dominic Paquin, qui confirme également que l’administration de la SAT espère pouvoir amorcer bientôt d’importants travaux au dôme : acquisition de projecteurs 4K venant remplacer les HD présentement utilisés, nouveau système de sonorisation et, surtout, intégration d’un « plancher haptique » et vibrant, une technologie développée à Longueuil par la compagnie D-Box qui donnera de nouveaux outils aux créateurs et de nouvelles sensations aux spectateurs.

Du mardi au samedi jusqu’au 19 juin, deux représentations du programme du SAT Fest seront présentées, à 17 h et à 18 h 30.