L’ex-patronne du MBAM, Nathalie Bondil, de retour… à Paris

L’ancienne d.-g. du MBAM, Nathalie Bondil, dirigera un nouveau département de l’Institut du monde arabe, à Paris.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’ancienne d.-g. du MBAM, Nathalie Bondil, dirigera un nouveau département de l’Institut du monde arabe, à Paris.

Près d’un an après son renvoi brutal par le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), Nathalie Bondil effectue un retour dans le monde muséal. Elle a été nommée vendredi directrice du département du musée et des expositions de l’Institut du monde arabe (IMA), à Paris.

Mme Bondil dirigera un nouveau département au sein de ce lieu culturel qui se présente comme un espace pluridisciplinaire qui « cultive un véritable dialogue entre le monde arabe, la France et l’Europe ». C’est l’ancien ministre de la Culture français Jack Lang qui préside l’IMA.

« Par sa stature, Nathalie Bondil contribuera à renforcer notre dimension internationale », estime M. Lang dans un communiqué publié vendredi. « Personnalité profondément engagée dans la mission citoyenne et sociale des musées [Nathalie Bondil] contribuera à amplifier nos actions dans le domaine de l’inclusion, de l’éducation artistique et culturelle. »

Par sa stature, Nathalie Bondil contribuera à renforcer notre dimension internationale 

 

Mme Bondil sera « chargée de la conception et de la mise en œuvre du nouveau musée de l’IMA, du développement de ses collections et du rayonnement de ses expositions ainsi que leur itinérance à travers le monde », précise Jack Lang. Dans un échange courriel avec Le Devoir, Nathalie Bondil s’est dite « vraiment honorée » de se joindre à cette équipe. « La mission pédagogique, sociale et interculturelle de l’IMA rejoint des valeurs, absolument essentielles, que nous partageons profondément », a-t-elle dit.

Pour Mme Bondil, il s’agit d’un retour dans la capitale française. Diplômée en histoire de l’art de l’École du Louvre en 1994, elle a travaillé deux ans au musée des Monuments français avant d’être embauchée comme conservatrice de l’art européen à Montréal en 1999. Elle est devenue conservatrice en chef l’année suivante, et directrice générale en 2007.

Climat de travail

Mais sa carrière a été stoppée net en juillet dernier. Le conseil d’administration du MBAM l’a congédiée pour avoir laissé s’installer un climat de travail toxique au sein de l’institution culturelle montréalaise. L’affaire a fait grand bruit, plongeant le Musée dans une crise qui mènera à une réforme annoncée de sa gouvernance — et de la Loi sur le Musée des beaux-arts de Montréal.

Le public — et la ministre de la Culture, Nathalie Roy — avait appris avec une certaine stupéfaction le renvoi de Mme Bondil. Mais plusieurs révélations du Devoir ont démontré que la crise couvait en réalité depuis plusieurs mois. Un rapport indépendant détaillant les problèmes de climat de travail avait d’ailleurs été déposé au conseil d’administration au début 2020.

Un autre rapport, cette fois commandé par le gouvernement du Québec, a par la suite conclu « que le conseil d’administration a agi de bonne foi [dans le dossier Bondil], en faisant primer l’intérêt du MBAM et l’obligation de se conformer à ses obligations envers les employés ».

Poursuite

En septembre dernier, Nathalie Bondil a déposé une poursuite de deux millions de dollars visant tous les membres du conseil d’administration du MBAM. Elle réclamait un million en réparation des dommages moraux, et un autre million en dommages-intérêts punitifs.

Dans cette poursuite, Mme Bondil alléguait que les « propos calomnieux, mensongers et diffamatoires mis en avant » par le CA avaient « anéanti la réputation d’engagement et d’excellence bâtie à travers des décennies d’efforts et de réalisations au service de la communauté et dans le milieu muséal ». Sept mois avant son embauche à l’IMA, elle soutenait également que sa réputation était « irrémédiablement détruite », d’où les sommes réclamées.

Dans leur réponse à cette poursuite, les défendeurs brossaient un portrait sévère du style de gestion de Nathalie Bondil. Son « refus de reconnaître l’ampleur de la situation problématique quant au milieu de travail, qui perdurait depuis des années au Musée, était devenu incompatible avec la mission du Musée et soulevait des enjeux juridiques et humains pour le Musée et ses employés », y soutient-on.

Nathalie Bondil demeure payée par le MBAM jusqu’à la fin prévue de son contrat, en juin, et entrera à l’IMA le 1er mai.

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