La vie à un fil de Julie Ouellet

La très grande majorité des œuvres de Julie Ouellet (à droite) se déploie en noir et blanc. «La couleur me dérange», confie simplement l’artiste, qui dit s’être assurée que les toiles qui comptaient un peu de couleur, du rouge notamment, seraient regroupées au même endroit dans la galerie.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La très grande majorité des œuvres de Julie Ouellet (à droite) se déploie en noir et blanc. «La couleur me dérange», confie simplement l’artiste, qui dit s’être assurée que les toiles qui comptaient un peu de couleur, du rouge notamment, seraient regroupées au même endroit dans la galerie.

Julie Ouellet a dessiné des corps, puis des nœuds, puis des paysages de forêts. C’est un peu comme cela que l’artiste, qui présente sa première rétrospective au 1700 La Poste, décrit son parcours, à fois fait de deuils et de libérations.

Le corps, principalement le sien, captivait cette artiste née en 1974 au Saguenay—Lac-Saint-Jean au début de sa démarche. Des corps mouvants, enlacés ou superposés, comme ceux que l’on voit dans sa série L’heure du bain.

Puis, ce sont plutôt vers les toisons que son geste se pose, masses de cheveux, fils enchevêtrés, et qu’elle finira par suivre pour entrer pleinement dans une œuvre abstraite, qui se déclinera à la cire, à l’huile ou à l’encre.

« Ce n’est plus une tête, mais une entière figure réticulaire qui recouvre et cache ce qui s’absente du visible et qui sera somptueusement exploré par la suite dans les séries Nœuds et entrelacs », écrit Mario Côté dans un essai du catalogue qui accompagne l’exposition.

Dans le documentaire Julie Ouellet, les chemins éphémères, réalisé par Bruno Boulianne, on suit l’artiste sur l’île de Carillon, qui a été sa source d’inspiration durant plusieurs années. En entrant dans une vieille grange, elle découvre qu’un mur effondré s’ouvre sur un paysage de forêt. La scène la hantera pendant des années. Et elle ira jusqu’à déployer une toile transparente devant le paysage pour calquer les traits des arbres, les branches dissidentes.

Noir et blanc

À la frontière du figuratif et de l’abstrait, les dessins de Julie Ouellet semblent puiser directement leur désordre dans la nature, comme ce Chaos luxuriant, vaste dessin tracé à la cire qui nous accueille à notre entrée dans la galerie. De cette cire, elle aime le parcours hasardeux, qui provoque parfois des accidents, des surprises. Sur ses toiles, la cire prend parfois l’aspect de la ficelle. « J’adore que les gens touchent mes œuvres, même si ce n’est pas possible dans une exposition », dit-elle.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L'artiste est née en 1974 au Saguenay—Lac-Saint-Jean.

La très grande majorité des œuvres se déploie en noir et blanc. « La couleur me dérange », confie d’ailleurs simplement l’artiste, qui dit s’être assurée que les toiles qui comptaient un peu de couleur, du rouge notamment, seraient regroupées au même endroit dans la galerie. « Il faut avouer que je suis un peu déstabilisée par un emploi excessif de la couleur. Aborder le travail avec économie me plaît beaucoup plus. Ainsi, j’intègre la couleur dans mon travail sans qu’elle prenne le dessus sur la composition », disait-elle dans un entretien reproduit dans le catalogue.

Dans certains cas, elle utilise de la couleur par petits points, pour donner de la perspective, mais en s’assurant que cette couleur ne met pas le noir et blanc en veilleuse. Dans son travail, elle dit être constamment en équilibre entre le très vide et le trop-plein.

Il est intéressant de suivre l’œuvre de Julie Ouellet comme le parcours d’un film, avec ses points de non-retour. « Je ne pourrai plus jamais dessiner le corps », indique-t-elle de façon catégorique, même si le fait d’y renoncer a été douloureux. Après ce deuil, elle a pourtant suivi toutes les portes qui s’ouvraient devant elle. Et entraîne les spectateurs à sa suite.

Julie Ouellet

De Julie Ouellet. Au 1700 La Poste, du 23 avril au 18 juillet.