Des tableaux de maîtres tombés du ciel

La toile représentant «Judith décapitant Holopherne» dormait depuis des lustres dans le grenier d’une maison près de Toulouse, dans le sud de la France.
Photo: Francois Guillot Agence France-Presse La toile représentant «Judith décapitant Holopherne» dormait depuis des lustres dans le grenier d’une maison près de Toulouse, dans le sud de la France.

Dénichés dans la poussière d’un grenier ou acquis à vil prix aux enchères, des tableaux de maîtres refont parfois surface, provoquant surprise et émoi dans le monde de l’art.

Madrid a ainsi bloqué jeudi la vente d’une huile sur toile qui devait être mise à prix pour 1500 euros. Motif : jusqu’alors considéré comme l’œuvre d’un peintre de l’école de José de Ribera, le tableau pourrait être du Caravage !

Voici quatre histoires de tableaux de maîtres soudainement réapparus :

Cimabue entre la cuisine et le salon

Le Christ moqué de Ceno Di Pepo, dit Cimabue, peintre majeur de la pré-Renaissance italienne, décorait l’intérieur d’une maison d’une vieille dame à Compiègne, au nord de Paris, anonymement accroché entre la cuisine et le salon.

Les propriétaires pensaient qu’il s’agissait d’une icône, ignorant tout de sa provenance. Lors d’un déménagement, une expertise révèle qu’il s’agit d’une œuvre rarissime de Cimabue.

Fin 2019, cet élément d’un diptyque de 1280 est adjugé plus de 24 millions d’euros. La peinture devient le tableau primitif le plus cher adjugé en vente publique dans le monde.

La France interdit l’exportation du chef-d’œuvre, racheté, selon des médias, par un couple de collectionneurs chiliens, pour permettre son rachat par des collections nationales.

Caravage dans le grenier

La toile représentant Judith décapitant Holopherne dormait depuis des lustres dans le grenier d’une maison près de Toulouse, dans le sud de la France.

Ses propriétaires l’ont découverte en avril 2014, en voulant réparer une fuite d’eau. Un commissaire-priseur toulousain découvre sous l’épaisse couche de poussière des traits vifs, une scène expressive et une maîtrise parfaite des jeux de lumière.

Après des mois d’examen, l’expert Eric Turquin l’attribue au maître italien du clair-obscur, le Caravage. Certains spécialistes contestent l’attribution mais une majorité la considèrent comme un authentique Caravage, estimé à plus de 120 millions d’euros.

La toile est vendue de gré à gré en juin 2019. L’acquéreur serait le gestionnaire et collectionneur américain Tomilson Hill.

Rembrandt en salle des ventes

Le marchand d’art néerlandais Jan Six nourrit une passion pour Rembrandt. Son aïeul, bourgmestre d’Amsterdam, a été peint par le maître en 1654.

En novembre 2016, son œil est attiré par un portrait de jeune homme du XVIIe siècle : menton puissant, longs cheveux frisottants sur une mer de dentelle blanche. Sur son catalogue, Christie’s annonce la vente de cette toile attribuée à « l’entourage de Rembrandt » .

Quelques jours avant les enchères, Jan Six se rend à Londres, examine discrètement le tableau. L’intuition devient conviction : il est persuadé que ce Portrait d’un jeune gentilhomme est de Rembrandt.

Il ne dit rien et, le 9 décembre, remporte les enchères pour 160 000 euros, soit le prix d’une toile pour un élève de Rembrandt.

De retour à Amsterdam, il soumet son portrait à une batterie d’expertises. Toutes pointent vers le maître du Siècle d’or hollandais.

Aujourd’hui nombre de spécialistes jugent qu’il s’agit d’un Rembrandt véritable, 342e œuvre connue du peintre.

Gauguin à la gare de Turin

Une femme et deux fauteuils en osier dans un jardin, une nature morte avec un chien jaune couché dans un coin : de ces deux curieux tableaux, personne ne voulait aux enchères d’objets trouvés, à la gare de Turin.

Le commissaire-priseur avait dû refaire une enchère à prix bradé. Ouvrier chez Fiat et amateur d’art, Nicolo les avait emportés pour 45 000 lires (équivalent de 238 euros) et accrochés dans son salon. C’était au printemps 1975.

Pendant des années, son fils est hypnotisé par ces deux peintures « anonymes » . Il veut en percer le mystère. Un jour, il reconnaît dans une biographie de Bonnard, « son » jardin verdoyant en arrière-plan d’une photo du peintre.

Pour la nature morte, le mystère est plus épais encore. Ce sont des carabiniers spécialisés qui perceront l’énigme en 2014.

Ces toiles des maîtres postimpressionnistes Pierre Bonnard et Paul Gauguin avaient été volées en 1970 à Londres chez de riches héritiers, décédés sans descendance.

Après enquête, les deux peintures, estimées respectivement à 5 et 35 millions d’euros, ont été restituées par la justice italienne à l’ouvrier car acquises « en toute bonne foi » .

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