Trois dimensions virtuelles au Centre Phi

«Le livre de la distance», par Randall Okita, produit par l’Office national du film du Canada, 2020. Réalité virtuelle, 25 minutes, français, anglais, japonais, coréen.
Photo: ONF «Le livre de la distance», par Randall Okita, produit par l’Office national du film du Canada, 2020. Réalité virtuelle, 25 minutes, français, anglais, japonais, coréen.

Confinés que nous sommes à nos écrans en cette année pandémique, l’expérience humaine en trois dimensions nous manque. Et, paradoxalement, la technologie de fine pointe du Centre Phi, avec ses projections en trois dimensions, remédie, le temps d’un instant, à cette carence.

On se retrouve, par exemple, confortablement assis dans une salle de cinéma, aux côtés de Vincent Vallières qui explique, sur le ton de la confidence, la création de sa nouvelle chanson. La vidéo fait partie du projet Asteria de Marcella Grimaux (Noisy Head Studio), qui réunit des vidéos en trois dimensions de huit artistes québécois. Asteria fait partie de la nouvelle exposition Trois mouvements, présentée par le Centre Phi.

Mais l’artiste qui pousse très loin les possibilités interactives de la nouvelle technologie dans cette exposition est sûrement Randall Okita, qui présente Le livre de la distance, un imposant projet qui retrace l’expérience de son grand-père, venu du Japon pour s’établir au Canada avant la Seconde Guerre mondiale et qui a été interné dans des camps, comme sa femme et ses enfants, avant de perdre sa sœur sous la bombe d’Hiroshima.

En plus de proposer un voyage dans le temps, à la rencontre du grand-père d’Okita, Le livre de la distance invite le participant à se mettre dans sa peau, à passer avec lui les frontières canadiennes avec un passeport japonais, à planter avec lui les pieux de la clôture et les plants de fraises de sa ferme, qu’il devra ensuite abandonner au moment de la guerre.

« Je voulais que le participant ne se cache pas derrière un personnage, comme c’est souvent le cas en réalité virtuelle, mais qu’il soit simplement lui-même », dit Randall Okita en entrevue. Okita, qui fait aussi du cinéma et des installations interactives, est né en Alberta. Son père, dont les deux parents étaient japonais, n’est jamais allé au Japon et n’en parle pas la langue.

« Mon père ne comprenait pas vraiment que c’était à cause du racisme qu’il ne parlait pas japonais et que le japonais était comme une dimension familiale secrète », dit-il. C’est pourtant son père qui lui a raconté comment il avait été interné dans une cabane à poules en Alberta, avec interdiction de communiquer avec l’extérieur. Le cinéaste a lui-même fait l’effort de se rendre au Japon en tant que jeune adulte et d’apprendre le japonais. « J’étais là-bas quand mon grand-père est mort », dit-il.

Étonnamment, Randall Okita n’a jamais senti de colère ou d’amertume dans sa famille à l’égard du Canada. « S’il y a quelqu’un qui vit de la colère, c’est moi, dit-il. Mais je peux me permettre d’avoir de la colère, puisque j’ai une maison. »

Reste que le fait de rendre cette histoire publique et de la partager dans de grands festivals comme Sundance ou le Festival de film de Tribeca transforme la honte et la souffrance familiales en fierté d’être japonais, dit-il.

Le Centre Phi a voulu articuler cette exposition autour de trois mouvements : émerveillement, réflexion, évasion.

En matière d’évasion, le projet des studios montréalais Félix et Paul ne propose rien de moins qu’un voyage à bord de la navette spatiale, en compagnie notamment de l’astronaute canadien David Saint-Jacques. Space Explorers : The ISS Experience, qui accompagne huit astronautes dans l’espace au quotidien dans la Station spatiale internationale, se déclinera en quatre parties.

À voir en vidéo

Trois mouvements

Au Centre Phi jusqu’au 5 septembre 2021