Exposition - Commerce de la porcelaine

Plus la date historique du 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec approche (2008), plus les expositions, manifestations et événements en tout genre autour de cette période fondatrice de notre histoire se multiplient. Mis à part les traditionnelles Fêtes de la Nouvelle-France, qui pour une huitième année rempliront les rues du Vieux-Québec du 4 au 8 août, le Musée canadien des civilisations d’Ottawa a inauguré, début juin, une nouvelle exposition afin de souligner l’anniversaire de l’établissement des Français sur nos terres, expo qui sera présentée jusqu’au 28 mars 2005.

Le Musée Stewart, à Montréal, ne fait pas exception à la règle et présente, jusqu’au 6 septembre prochain, une exposition à la fois historique et artistique sur les porcelaines chinoises, qui faisaient, à l’époque de la Nouvelle-France, le bonheur des colons du Nouveau Monde et des Européens du Vieux Continent.
Cargaisons de Chine remonte les siècles jusqu’à l’époque des prestigieuses routes de commerce vers l’Asie et l’Afrique, avec notamment la création de la Compagnie des Indes française, par Jean-Baptiste Colbert, conseiller de Louis XIV. La Compagnie des Indes sillonne, au XVIIe et au XVIIIe siècle, le continent asiatique pour en ramener les principales richesses: soie, thé, épices.
À l’origine, la porcelaine est surtout utilisée comme produit de lest dans les cargaisons. Les pièces, plus lourdes que les épices et le thé, servent à abaisser le centre de gravité et apportent de la stabilité aux navires de commerce. Mais c’est sans compter les goûts et les extravagances des Européens du XVIIe siècle. Rapidement, la porcelaine chinoise s’inscrit dans les moeurs occidentales et le commerce, en pleine expansion, s’appuie sur les commandes individuelles de riches Européens et de colons du Nouveau Monde.
Choc des cultures
L’exposition relate les différents développements de ce commerce et présente les différents styles de porcelaine. Les premières années, les pièces vendues en Europe et en Nouvelle-France sont ornées d’images asiatiques et de décors chinois. Mais très vite, les Européens commandent leur porcelaine à leur image, en faisant parvenir des gravures occidentales pour inspirer les potiers chinois. De drôles de pièces résultent de ce choc des cultures, telle cette assiette de porcelaine chinoise montrant deux Écossais aux yeux quelque peu bridés, ou encore des pièces sur lesquelles sont gravées des représentations approximatives de personnages de la mythologie gréco-romaine, méconnue des artisans asiatiques.
À la fin de l’exposition se trouve une pièce apparemment inoffensive qui cache en réalité un secret. Il s’agit de l’Urne mystérieuse, où on peut apercevoir, au coeur de l’ornementation, un subtil profil du roi Louis XVI et de sa femme, Marie-Antoinette. Une pièce de collection ayant appartenu à des nobles restés fidèles au roi après la chute de la monarchie en 1792.
Cargaisons de Chine s’inscrit dans une série d’expositions historiques que le Musée Stewart tente de mettre en valeur pour témoigner de l’héritage culturel du Québec. Les pièces de la collection: théières, soupières, plats, assiettes de porcelaine, sont classées selon les couleurs et les styles d’ornementation, de Splendeur émeraude à Imari chinois, en passant par Jardin floral ou encore Bleu de Chine.
L’exposition originale vient du Musée de la Compagnie des Indes, à Lorient, en France. Le Musée Stewart l’a complétée avec des assiettes lui appartenant, en plus de quelques pièces provenant de collections privées.

Cargaisons de Chine
Musée Stewart, au Fort de l’île Sainte-Hélène, à Montréal
Jusqu’au 6 septembre 2004