Le «saint Patrick» d’Alfred Pellan ne trouve pas preneur

La murale conçue par Alfred Pellan en 1958 et installée sur la façade du 142, rue Dufferin, a Granby, représente un saint Patrick stylisé, réalisé sous forme de mosaïque.
Photo: Chantal Lefebvre Société d’histoire de la Haute-Yamaska La murale conçue par Alfred Pellan en 1958 et installée sur la façade du 142, rue Dufferin, a Granby, représente un saint Patrick stylisé, réalisé sous forme de mosaïque.

Une murale d’Alfred Pellan, vouée initialement à la destruction par la Ville de Granby, n’a trouvé aucun acheteur, ce qui relance les inquiétudes de ceux qui craignent que l’œuvre ne soit finalement détruite.

L’œuvre qui doit au préalable être retirée d’un mur extérieur aux frais de l’acheteur n’a récolté aucune enchère samedi matin. La vente se déroulait à Montréal, à la Maison des encans Iegor, rue Sherbrooke Ouest.

La grande murale de céramique comptait parmi les 250 lots différents que se sont partagés les acheteurs. La vente a été lancée à 5000 $ par le commissaire-priseur Iegor de Saint-Hippolyte. Personne n’a manifesté d’intérêt à ce prix pour cette œuvre encore accrochée au mur extérieur d’une ancienne institution publique de Granby. Aucun habitué n’a relancé le commissaire-priseur, malgré ses encouragements. Il a donc fallu poursuivre et passer à un autre lot. La pièce a été retirée.

La maison de vente aux enchères Iegor a expliqué au Devoir que quatre acheteurs s’étaient au préalable montrés favorablement intéressés. Cependant, à l’heure de vérité, « pas une seule enchère n’a été enregistrée », explique Iegor de Saint-Hippolyte, visiblement déçu. Une institution a montré de l’intérêt, explique-t-il, mais elle est désargentée. « Vous savez comment c’est pour les institutions publiques : dans la plupart des cas, elles n’ont pas d’argent. Leur collection finit par provenir de dons du privé. »

La murale de céramique date de 1958. Elle représente un saint Patrick stylisé, réalisé sous forme de mosaïque, à une période où le peintre Alfred Pellan (1906-1988) s’inspirait beaucoup de l’art naïf.

Des frais supplémentaires

Selon Iegor de Saint-Hippolyte, ce sont les difficultés à récupérer l’œuvre qui causent des tracas à d’éventuels acheteurs. Le prix de vente doit en effet être majoré par le coût des travaux nécessaires à son décrochage d’un mur extérieur. L’œuvre doit être retirée d’une ancienne école de Granby vouée à la démolition par la municipalité. Ce travail délicat doit être confié à des mains expertes.

« Nous avions évalué au départ la dépose entre 15 000 et 20 000 $», explique Iegor de Saint-Hippolyte. « L’évaluation finale nous a pris de court. Il y a de l’amiante dans le mur. C’est plus cher. On parle de 40 000 ou 45 000 $ pour la dépose de cette œuvre. » Un éventuel acheteur doit donc s’acquitter de ces frais, en plus du prix de l’œuvre elle-même.

Il est encore possible, estime Iegor de Saint-Hippolyte, qu’une offre survienne hors de la salle des ventes. « Ce n’est pas anormal, dans des situations pareilles. J’attends des offres. »

Faute d’un acheteur dans l’immédiat, la municipalité de Granby se sentira-t-elle désormais libre de détruire la murale ? « Mon rôle est de voir à ce que la Ville puisse trouver quelqu’un qui veuille s’en occuper », répète Iegor de Saint-Hippolyte au Devoir. « Ils ne vont pas la détruire. Ils ne peuvent pas la détruire. On va tout faire pour qu’ils ne la détruisent pas. Je ne vois pas comment ils pourraient oser la détruire… Je vais continuer là-dessus. » Iegor de Saint-Hippolyte reconnaît néanmoins que la municipalité peut lui retirer le mandat qui lui a été confié. « Le mandat peut être retiré n’importe quand. »

Le maire de Granby, Pascal Bonin, s’est montré peu enthousiaste, au cours des derniers mois, à l’idée de préserver l’œuvre, évoquant les nécessités d’une « saine gestion ».

L’historien de l’art et professeur émérite Laurier Lacroix a regretté pour sa part le peu de cas que font les municipalités de leur patrimoine moderne. « On détruit plus vite qu’on ne réfléchit à la façon de conserver » le patrimoine moderne, a-t-il déclaré au Devoir.

Cette vente aux enchères comportait par ailleurs quelques pièces ayant appartenu à la collection de Bernard Lamarre, l’ancien dirigeant de la société d’ingénierie SNC-Lavalin, mort en 2016.

Iegor de Saint-Hippolyte s’est dit surtout heureux de la vente d’un petit format de Jean Paul Riopelle. Daté de 1977, ce tableau de quelques centimètres a été adjugé 34 000 $ plus les frais, pour le compte d’une succession de Westmount.

À voir en vidéo