L’Italie au musée

Plusieurs des 325 objets exposés proviennent directement de maisons ou de collections privées.
Photo: Myriam Ménard Plusieurs des 325 objets exposés proviennent directement de maisons ou de collections privées.

Le musée Pointe-à-Callière présente l’exposition Visitez Montréal à l’italienne ! sur la présence de la communauté italienne à Montréal.

Lorsqu’ils sont arrivés au quai 21 qui les accueillait à Halifax, après un long voyage en bateau depuis l’Europe, de nombreux immigrants d’origine italienne de l’après-guerre portaient dans leurs bagages les grosses clés des maisons laissées derrière eux. Dans bien des cas, ces clés n’ont pas resservi puisqu’on les retrouve au cœur de l’exposition Visitez Montréal à l’italienne ! présentée par le Musée Pointe-à-Callière.

Cette expo documente donc principalement la deuxième vague d’immigration italienne à Montréal, arrivée depuis la Seconde Guerre mondiale, dans une large mesure pour des raisons économiques. Ils sont venus ici vivre le grand rêve américain, travailler, fonder des familles, construire des maisons et planter des jardins…

C’est le cas du grand-père du chanteur Marco Calliari, par exemple, qui a contribué à l’exposition en prêtant quelques pièces de son patrimoine familial. Nonno (grand-père) Luigi Calliari est donc arrivé au Canada durant les années 1950, pour retourner en Italie huit ans plus tard et revenir avec ses quatre fils.

« Mon père a pris le train de Halifax à Montréal, et il se souvient de son premier café canadien, qu’il a trouvé imbuvable », raconte Marco Calliari.

À Montréal, donc, la vie de la communauté s’est organisée autour du café, de la maison, de l’église et dans la rue. Pour Anne-Élisabeth Thibault, la nouvelle directrice générale du musée Pointe-à-Callière, la communauté italienne s’est particulièrement bien intégrée dans la population montréalaise. On sait que le marché Jean-Talon, par exemple, a été créé précisément pour répondre aux besoins de la communauté italienne en produits frais.

« Pour s’y procurer des produits italiens, les Italo-Montréalais confient des semences provenant d’Italie aux agriculteurs et installent des étals d’importations italiennes dans les cours des maisons adjacentes au marché », lit-on.

Aujourd’hui encore, on doit à la communauté italienne d’avoir fait pousser des figuiers à Montréal, en les couchant sous la neige en hiver pour les replanter en été, explique Samuel Moreau, chargé de projet de l’exposition.

Plusieurs des 325 objets exposés proviennent directement de maisons ou de collections privées. C’est Marco Calliari qui a apporté cette médaille donnée par le gouvernement fasciste de Benito Mussolini aux mères qui enfantaient. Pour chaque enfant né, le régime, qui encourageait la natalité, donnait 3000 lires, 5000 lires lorsque c’était un garçon, et un bonus lorsqu’il s’appelait Benito…

Plus loin, on mentionnera la controverse autour de la fresque peinte par l’artiste canadien d’origine italienne Guido Nincheri, qui représente encore Benito Mussolini à cheval, dans l’église Notre-Dame-de-la-Défense.

Nincheri sera brièvement détenu en 1940 pour avoir peint cette fresque, dont on discute encore de la pertinence aujourd’hui.

Tout au long de l’exposition, le mot en « m », pour « mafia », ne sera pas prononcé. C’est en effet un volet que les organisateurs de l’exposition ont décidé de ne pas aborder, entre autres parce qu’il n’y avait pas à leur disposition de témoignages de la communauté italienne à ce sujet.

 

À voir en vidéo

Visitez Montréal à l’italienne !

Au musée Pointe-à-Callière, jusqu’au 9 janvier 2022