Dépaysement et réflexions en région

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
Pour les plus jeunes, le Musée POP a inauguré l’exposition temporaire <i>L’ADN des superhéros</i>. Ce parcours ludique propose une mission: aider le professeur Laforest à créer un antidote et sauver la ville de Trois-Rivières.
Photo: Musée POP Pour les plus jeunes, le Musée POP a inauguré l’exposition temporaire L’ADN des superhéros. Ce parcours ludique propose une mission: aider le professeur Laforest à créer un antidote et sauver la ville de Trois-Rivières.

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Sherbrooke: visiter autrement

Le Musée des beaux-arts de Sherbrooke (MBAS) propose deux visites qui font appel aux sens. La salle principale accueille tout d’abord l’exposition Dé-construction. Aux colonnes et aux dorures de l’ancienne Eastern Townships Bank, l’artiste José Luis Torres oppose des matières brutes : bois de construction non traité, matériaux recyclés, panneaux de couleur. L’installation in situ offre ainsi un point de vue différent de la salle principale qui l’héberge. Le visiteur pénètre au cœur de l’œuvre, explorant différents angles grâce, notamment, à des tours d’observation : « C’est rare qu’on puisse entrer dans les œuvres », fait remarquer Frédérique Renaud, conservatrice du MBAS.

Originaire d’Argentine, Torres a immigré au Canada il y a une quinzaine d’années. Avec Dé-construction, il explore l’idée d’avoir à se déconstruire et à se reconstruire ailleurs. « L’idée d’habitacle, de maison, est centrale à son travail », explique Mme Renaud. Deux autres œuvres de l’artiste sont également présentées à l’extérieur du musée : Vice-Caché, à même le stationnement du musée, et La clairière, installée au square Queen à Lennoxville.

16 latitudes est quant à elle une exposition de l’artiste Steve Heimbecker, originaire de Saskatoon. Pionnier de l’art sonore, celui-ci présente deux installations inspirées par deux lieux : le cratère des Pingualuit, au Nunavik, et une forêt près de Saint-Étienne-de-Bolton. Des captations sur écran donnent accès à ces lieux — un, très reculé ; l’autre faisant partie du quotidien de l’artiste.

Saint-Jérôme: des traces d’un dialogue

Pour soutenir les artistes et les commissaires, le Musée d’art contemporain des Laurentides (MAC LAU) a décidé d’écarter une exposition qui présentait des œuvres de sa collection pour présenter une exposition temporaire prévue alors que les musées fermaient leurs portes. Communes mesures se veut un arrêt sur image de la résidence d’artiste de Raphaëlle de Groot. Le MAC LAU collabore avec l’artiste québécoise depuis un an et demi. « Son travail se place beaucoup dans la durée », explique Jonathan Demers, directeur général et chef de la conservation. Entre le Canada, l’Italie et le Brésil, Raphaëlle de Groot investit des lieux et travaille avec différentes communautés, d’où émerge une série de traces.

Par ailleurs, le laboratoire de longue durée, intitulé Prépare ton sac — lab. observatoire de la mobilité, comprenant des ateliers avec Les Impatients du CISSS des Laurentides, l’Atelier Éclipse (un organisme de réinsertion sociale) et un groupe d’immigrants en francisation du cégep de Saint-Jérôme, a poursuivi ses activités durant la pandémie. Pour le MAC LAU, il était important de continuer cette belle collaboration, qui offre des activités d’art-thérapie à des personnes vivant avec des problèmes de santé mentale. Les ateliers se sont donc poursuivis à distance grâce à des échanges par la poste et des conversations téléphoniques entre l’artiste et les participants. L’exposition présente ainsi des objets résultant de ces ateliers, accompagnés d’extraits de bande sonore des échanges, qui ouvrent une fenêtre sur ces rencontres touchantes.

Trois-Rivières: explorations pour tous

En plus de prolonger Fragment d’humanité jusqu’au 14 mars, permettant aux visiteurs de voir cette exposition itinérante qui avait brièvement ouvert avant le reconfinement, le Musée POP de Trois-Rivières présente plusieurs grandes nouveautés. La nouvelle exposition permanente En d’dans ! La prison comme solution ? se veut un complément à la visite guidée de la Vieille Prison de Trois-Rivières, complètement renouvelée elle aussi. La visite Rencontre entre les murs propose quatre parcours différents, où a été intégré du multimédia (audio, vidéo, projections, ambiances sonores). Pour renforcer le lien entre le musée et la Vieille Prison, l’exposition En d’dans ! se penche sur l’évolution du système carcéral québécois depuis le XIXe siècle. Le visiteur, muni d’un bracelet RFID, pourra réfléchir à plusieurs questions de société : la prison est-elle encore une solution ? Le système judiciaire est-il performant ? Les réponses à ces questions formeront une œuvre numérique collective.

Pour les plus jeunes, le musée a inauguré l’exposition temporaire L’ADN des superhéros. Ce parcours ludique propose une mission pour les jeunes : aider le professeur Laforest à créer un antidote et sauver la ville de Trois-Rivières. Les jeunes doivent ainsi trouver sept ingrédients pour déjouer Maître Écurus, l’écureuil super-intelligent résultant d’une expérience qui a mal tourné, en plus de découvrir des superhéros bien d’ici. « On fait le parallèle avec les héros de bande dessinée, mais on veut faire comprendre aux jeunes qu’être un superhéros, ce n’est pas seulement avoir des superpouvoirs, mais bien, plutôt, la volonté de faire une différence au quotidien », explique Valérie Therrien, directrice générale du Musée POP. Cachettes, mur d’escalade, épreuves physiques et jeux d’habiletés côtoient objets de collection liés aux personnages mythiques et à des métiers comme pompier et ambulancier.

Saint-Constant: un appel au voyage

En attendant de pouvoir recommencer à voyager, l’Exporail nous fait rêver. Avec ses 9000 m2 et ses 50 véhicules en exposition sur des voies, l’établissement montérégien reste le plus grand musée ferroviaire au Canada. Le musée, situé à Saint-Constant, a achevé le renouvellement de son exposition permanente en février 2020, quelques semaines avant la pandémie. C’est donc l’occasion de découvrir son nouveau couloir immersif, qui comprend 400 artefacts et des projections . Outre cette nouvelle mise en contexte, de nouveaux éclairages permettent une meilleure mise en scène des locomotives dans la grande galerie.

« Ce qu’il faut retenir d’Exporail, au-delà de l’aspect impressionnant de voir ces monstres de fer, c’est l’histoire de ces véhicules, qui traînent une série d’anecdotes », assure Bruno Cordellier, responsable des communications à Exporail. On peut y voir par exemple la voiture de William Van Horne, directeur général, président et chef de la direction du chemin de fer Canadien Pacifique, dans laquelle ce dernier a sillonné le pays, jusqu’à son dernier repos. Du premier tramway ayant circulé à Montréal à la voiture MR-63 du métro dans laquelle Jean Drapeau et le cardinal Léger sont montés, Exporail promet une aventure dans le temps. De plus, le musée permet de mieux comprendre l’impact que le chemin de fer a eu dans le passé, mais aussi dans la société et la ville d’aujourd’hui, d’où le titre de l’exposition permanente,Le rail, moteur du village global.

Mont-Saint-Hilaire: au cœur des émotions

Pour voyager un peu plus près de chez soi, le Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire présente le travail d’un artiste de la relève, du 13 mars au 25 avril. « Exposer des artistes de la région et de la relève fait partie de notre mandat », explique Chloë Southam, directrice générale. Originaire de Beloeil, Samuel Jacques-Charbonneau fait voyager le visiteur à travers les émotions grâce à des tableaux grand format de style expressionnistes. Reflet – l’art comme un reflet de l’âme offre une série de portraits animés par des couleurs vives et de grands gestes, évoquant douleur et compassion.

Joliette: faire réfléchir

Avec sa programmation thématique autour de questionnements de société, le Musée d’art de Joliette (MAJ) cherche à faire réfléchir le visiteur. Pour sa réouverture, le MAJ propose deux expositions autour des thèmes de l’appropriation culturelle et du racisme. Exposition itinérante du Musée d’art Audain (en Colombie-Britannique),Quelqu’un que personne n’était présente la démarche de l’artiste autochtone Joseph Tisiga, qui bouscule les frontières culturelles associées au fait d’être issu d’une Première Nation au XXIe siècle. Mélangeant les faux artefacts autochtones fabriqués par un Blanc s’étant approprié l’artisanat autochtone au XXe siècle et les peintures où il se met en scène, Joseph Tisiga pousse le visiteur à s’interroger sur la notion d’appropriation culturelle.

Photo: Paul Litherland Dans l'exposition Quelqu’un que personne n’était, l’artiste autochtone Joseph Tisiga bouscule les frontières culturelles associées au fait d’être issu d’une Première Nation au XXIe siècle.

L’exposition Regards en dialogue présente quant à elle une des collections de sculptures de bronze les plus importantes au Canada, acquise par le musée, dans une mise en scène de Nicolas Fleming. « Nous voulions exposer ces œuvres d’une grande qualité, mais c’est une époque complètement différente et les œuvres véhiculent bien sûr des stéréotypes », souligne Jean-François Bélisle, directeur général et conservateur en chef. Le décor de gypse non fini, qui recrée une maison bourgeoise de Joliette de la même époque que les sculptures, amène le visiteur à se questionner sur l’aspect construit de l’art. Des projets dans l’espace public et une murale en l’honneur de Joyce Echaquan sont également présentés par le MAJ.

Gatineau: redécouvrir notre histoire

Si les prochaines expositions temporaires du Musée canadien de l’histoire de Gatineau n’ouvriront qu’au printemps, il est toujours possible de visiter ses expositions permanentes : salle d’histoire canadienne, salle des Premiers Peuples, collection de timbres. Avec ces 2000 artefacts et un survol de presque 15 000 ans d’histoire, les immenses salles permanentes ont de quoi vous tenir occupé ! « C’est une occasion de redécouvrir nos expositions, qui sont constamment en évolution », confie Chantal Amyot, directrice générale par intérim. En effet, si la salle d’histoire canadienne a été renouvelée en 2017, des plateformes sont régulièrement remises à neuf. Des modifications sont par ailleurs en cours pour permettre la réouverture éventuelle du Musée canadien des enfants en tout respect des normes sanitaires.