Les musées font de la résistance

Rose Carine Henriquez
Collaboration spéciale
Les musées sont des lieux privilégiés pour réfléchir à la période que nous traversons. Il était donc d’autant plus important qu’ils puissent constituer une offre culturelle malgré toutes les contraintes liées à la pandémie.
Photo: Rose Mercier-Marcotte / MBAM Les musées sont des lieux privilégiés pour réfléchir à la période que nous traversons. Il était donc d’autant plus important qu’ils puissent constituer une offre culturelle malgré toutes les contraintes liées à la pandémie.

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Après exactement sept mois de fermeture, la réouverture des musées québécois remplit un vide culturel et est accueillie avec soulagement. Ils doivent en revanche composer avec les conséquences et les incertitudes causées par la pandémie.

« Les musées sont dans une situation financière fragile, affirme le directeur général de la Société des musées du Québec (SMQ), Stéphane Chagnon. Heureusement, ils ont eu de l’aide du gouvernement, tant fédéral que provincial. Ils sont tout de même très résilients et prêts à rouvrir. » Les défis sont, quant à eux, variables d’un musée à l’autre, bien que tous aient souffert des contrecoups de la crise, dont la perte des revenus autonomes, comme la billetterie.

Ce qui préoccupe actuellement la SMQ, c’est l’absence des touristes internationaux et la désertion des touristes locaux dans les centres urbains. « On a vu l’été dernier les gens quitter les villes pour s’en aller dans les régions touristiques, comme la Gaspésie ou le Bas-Saint-Laurent, rappelle Stéphane Chagnon. Les villes se sont vidées et la baisse de fréquentation a été considérable dans les musées, surtout à Montréal et à Québec. »

Une précarité à surveiller

Le Musée Stewart, ouvert depuis 1955, a annoncé récemment sa fermeture définitive. On est en droit de se demander si ce sera le premier d’une longue liste. « Dans le cas du Musée Stewart, c’est multifactoriel, avance Stéphane Chagnon. Évidemment, la pandémie a accéléré la fermeture. On suit ça attentivement, surtout le cas des institutions muséales qui ne sont pas soutenues. »

Dans la ligne de mire du SMQ se trouve par ailleurs l’ouverture à perte des musées, qui n’ayant plus de clientèles scolaires, ni touristiques, pas plus que d’activités sociales et philanthropiques, devront réduire leur rythme de fonctionnement. « Au cours des prochains mois, l’offre va être là, mais le temps d’ouverture va être réduit en fonction de la capacité financière de chacun, prédit M. Chagnon. Nous n’avons cependant pas d’indication sur le fait que d’autres musées pourraient fermer. Il faudra voir comment les choses évolueront cet été. »

S’adapter pour le mieux

Le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) s’est déjà vu dans l’obligation d’annuler l’exposition estivale où devait être présentée la célèbre peinture L’origine du monde, de Gustave Courbet. L’organisation entourant les prêts entre les institutions muséales et leurs programmations respectives constitue un véritable problème, d’après Stéphane Chagnon. Le transport outre-mer des œuvres est devenu également très compliqué en raison de la baisse de la fréquence des vols internationaux.

Toutefois, il est possible de voir le bon côté des choses. Durant les mois d’arrêt, la vie invisible des musées s’est poursuivie, et le personnel affecté aux expositions a travaillé sur les projets en chantier afin de constituer une offre culturelle. « Ce sont des occasions pour mettre en avant les collections d’artistes d’ici, les collections nationales, déclare Stéphane Chagnon. C’est aussi l’occasion de découvrir ou de redécouvrir sa maison historique, son lieu d’interprétation, son centre d’exposition, son musée de quartier ou de village. »

Il ne faut pas sous-estimer le sentiment de bien-être que procurent les institutions culturelles, et plus particulièrement les musées

 

À cela s’ajoute l’offre en ligne qui demeure complémentaire. On pense notamment à l’exposition virtuelleLeonard Cohen : Une brèche en toute chose offerte présentement par le Musée d’art contemporain (MAC). Reprenant des œuvres de l’exposition originale de 2017, elle propose également une sélection d’œuvres tirée des collections du MAC qui viennent agrémenter l’expérience d’une autre perspective.

De surcroît, les musées sont des lieux privilégiés pour réfléchir à la période que nous traversons, croit le directeur général de la SMQ. « Chaque type d’institution a son rôle à jouer en lien avec la pandémie, explique-t-il. Les musées d’art et les musées d’histoire vont être interpellés, et les musées de science vont jouer un rôle important dans la vulgarisation et la démystification afin de permettre aux gens de prendre des décisions éclairées. » Des horizons d’attente, présenté eau MAC et rassemblant le travail d’une vingtaine d’artistes, peut s’inscrire dans cette mouvance. L’exposition témoigne de préoccupations multidisciplinaires propres à notre époque.

Les lieux culturels sont les lieux publics où le risque de contamination est le plus faible, selon une étude allemande. « Il ne faut pas sous-estimer le sentiment de bien-être que procurent les institutions culturelles, et plus particulièrement les musées, souligne M. Chagnon. Le message à retenir est qu’il n’était pas pertinent de les fermer. »

Sur les 275 établissements du Guide des musées du Québec, 123 sont ouverts ou ouvriront d’ici la fin du mois de mars. Les musées saisonniers devraient ouvrir leurs portes au mois de juin.