L’Histoire vous tend les bras à Montréal

André Lavoie
Collaboration spéciale
Le Musée McCord rassemble 150 esquisses et illustrations du caricaturiste Serge Chapleau. Sur l'illustration, Autoportrait à l’arme de destruction massive (Serge Chapleau, La Presse, 18 février 2006). 
Photo: Musée McCord Le Musée McCord rassemble 150 esquisses et illustrations du caricaturiste Serge Chapleau. Sur l'illustration, Autoportrait à l’arme de destruction massive (Serge Chapleau, La Presse, 18 février 2006). 

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

La nouvelle a été reçue comme un choc : le Musée Stewart, situé sur l’île Sainte-Hélène, a fermé ses portes à la mi-février. Victime de la pandémie et d’une situation géographique défavorable, il n’occupera plus le bâtiment historique qui était le sien depuis 1955.

Cette annonce révèle les fragilités du secteur muséal à l’heure de la COVID-19. Les 27 000 artefacts de la collection du Musée Stewart passeront sous la garde du Musée McCord — les deux institutions ont scellé une alliance en 2013 —, mais cela ne dissipe pas les inquiétudes. Dans le contexte actuel, celui de la réouverture progressive des lieux culturels, c’est plus que jamais le temps de se faire raconter l’Histoire dans les musées montréalais qui s’y consacrent avec dévotion depuis des décennies. Et une façon tangible de leur manifester notre profonde affection.

Le Musée McCord, toujours à la mode

Qu’ont en commun Serge Chapleau, Christian Dior et Nadia Myre ? Tous logent en ce moment au Musée McCord, ou du moins une part de leur talent unique. Ce lieu de mémoire de la rue Sherbrooke, qui travaille toujours à son agrandissement, jongle entre le rire, les traditions et l’élégance — des choses dont on a bien besoin ces temps-ci.

Il jongle aussi avec un calendrier bouleversé, permettant le prolongement des expositions après leur pause forcée, comme celle consacrée au grand couturier Christian Dior. Robes, chaussures, accessoires et bijoux, tous créés entre 1947 et 1957, sont déployés jusqu’au 2 mai dans sept zones distinctes pour retracer un parcours exceptionnel, marqué d’audaces commerciales qui ont bouleversé le monde de la haute couture.

Les musées sont aussi des espaces de contrastes, et le visiteur pourra admirer l’héritage vestimentaire des premiers peuples du Canada, de même que ses variations contemporaines, avec trois créations de l’artiste algonquine Nadia Myre. On peut ensuite passer aux coups de crayon habiles et mordants du caricaturiste Serge Chapleau. Certaines de ses victimes lui en veulent toujours, mais ses admirateurs en redemanderont devant les 150 esquisses et illustrations regroupées en un seul lieu.

À Pointe-à-Callière, on prend toujours un train

Depuis le début de la pandémie, le désir d’évasion ne nous a jamais paru aussi grand. En se dirigeant vers la Cité d’archéologie et d’histoire de Montréal, mieux connue sous le nom de Pointe-à-Callière, il est à portée de main, et en miniature, grâce à l’exposition Train, transporteur de rêves (jusqu’au 6 septembre 2021). À défaut d’un grand départ vers des horizons lointains, cette invitation au voyage présente des centaines de modèles réduits, de maquettes et de costumes qui évoquent le monde ferroviaire, élément essentiel à la construction identitaire du Canada. Sans compter tout le romantisme associé aux longues escapades sur rail (merci, Agatha Christie, pour Le crime de l’Orient Express), ou celui de certaines gares mythiques (gracieuseté de J. K. Rowling, dans l’univers d’Harry Potter).

Voilà qui devrait ravir les enfants, et leurs parents. Pour encore plus d’aventures trépidantes, un détour s’impose vers l’exposition permanente À l’abordage ! Pirates ou corsaires ? Exotisme assuré.

Musée du Château Dufresne, finie la forteresse assiégée

Les travaux furent importants, et s’avéraient essentiels, surtout devant les infiltrations d’eau qui altéraient ce joyau architectural plus que centenaire et situé à l’ombre du Stade olympique. Nommé en hommage à ses deux premiers occupants, les frères Oscar et Marius Dufresne, temple des œuvres profanes de Guido Nincheri, maître du vitrail religieux, le musée du Château Dufresne célèbre deux événements :la fin de ses rénovations et la levée partielle des mesures de confinement.

Autrefois connu comme le Musée des arts décoratifs, il en met toujours plein la vue avec ses aménagements intérieurs somptueux où se croisent les influences européennes et américaines. Deux expositions temporaires (jusqu’au 27 juin) s’inspirent de Marie Victoire Dussault, la mère de Marius et d’Oscar, également héroïne d’un roman qui devient ici un prétexte pour évoquer l’univers de la chaussure, à la fois sous l’angle historique (Fiction\Réalité. Marie Victoire et la chaussure à Maisonneuve) et ancré dans le temps présent, avec une installation sculpturale de l’artiste Carole Baillargeon (Fouler le territoire).

Écomusée du fier monde, un amour de quartier

C’était il y a plus d’un an, mais ça semble à des années-lumière considérant tout ce qui s’est passé depuis : la rue Amherst fut renommée Atateken. Puisque c’est là où loge l’Écomusée du fier monde, musée citoyen consacré à l’histoire industrielle et ouvrière de Montréal, et du quartier Centre-Sud, l’endroit était tout désigné pour revenir sur la genèse de ce changement.

L’exposition De Amherst à Atateken permet à la fois de comprendre qui était vraiment le fameux général Amherst — dont certains faits d’armes sont pour le moins troublants — et la nécessité de ce baptême dans un contexte de réconciliation avec les Premières Nations. Il s’agit également d’un beau prétexte pour revisiter une artère à la fois commerciale, touristique et résidentielle, très différente près du fleuve Saint-Laurent et aux abords du parc La Fontaine. À voir jusqu’au 28 mars.

Le site historique Marguerite Bourgeoys et le Château Ramezay, les voisins

Ils ne sont guère éloignés l’un de l’autre, et peuvent remplir un bel après-midi muséal. Au cœur du Vieux-Montréal et tout près de certains lieux emblématiques, soit l’hôtel de ville et le Vieux-Port, ces deux musées nous invitent à plonger au cœur de ce que fut la Nouvelle-France, et à déambuler dans des espaces qui ont traversé les siècles.

La résidence construite en 1705 par Claude de Ramezay, alors gouverneur de Montréal, constitue un endroit unique où il est autant question d’ethnologie ou d’horticulture que de raretés, tels meubles, manuscrits, estampes, etc. L’enchantement se poursuit à quelques minutes de marche, où il est possible d’admirer les splendeurs de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, érigée en 1675, et d’en savoir davantage sur la vie de cette grande pionnière que fut Marguerite Bourgeoys, de même que sa contribution déterminante dans le développement de Montréal.

Musée des Hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Montréal, la santé à cœur

La dévotion des travailleurs de la santé trouve en partie ses origines en ces lieux, premier hôpital de ce qui était autrefois Ville-Marie. Non seulement on peut voir de près les trésors religieux de cette institution, mais on peut aussi mieux connaître l’ingéniosité de Victor Bourgeau, architecte de plusieurs édifices destinés à l’Église catholique au XIXe siècle à Montréal, comme ceux de l’Hôtel-Dieu en 1861 et le couvent des Sœurs grises.

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