Une collection au diapason de son époque au MAC

Charlotte Mercille
Collaboration spéciale
La nouvelle exposition rassemble les oeuvres récemment acquises par le musée, dont Qhamukile, Mauritius (2019).
Photo: Zanele Muholi / MAC La nouvelle exposition rassemble les oeuvres récemment acquises par le musée, dont Qhamukile, Mauritius (2019).

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

La pandémie a aussi une incidence sur le développement des collections muséales. Cette année, le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) a fait l’acquisition d’œuvres d’artistes majoritairement actifs et établis au Québec pour soutenir la création d’ici, fragilisée par la crise sanitaire. Plusieurs sont d’ailleurs des nouveaux venus dans la collection de l’institution. L’exposition Des horizons d’attente brosse un portrait de ces récentes acquisitions.

Pour la période 2020-2021, le MAC a bonifié de 50 000 $ son budget d’acquisition pour permettre l’achat d’un plus grand nombre d’œuvres. Dans le cadre de la campagne Je soutiens l’art d’ici, la Fondation du MAC s’est donné l’objectif de doubler le budget d’acquisition annuel du musée.

De cette collection enrichie émerge Des horizons d’attente, qui rassemble le travail de 21 artistes. Pour beaucoup d’entre eux, c’est une première entrée au sein d’une collection muséale.

L’art comme rhizome d’un monde marqué par la pandémie

La sélection a été réalisée de manière à témoigner du large registre de préoccupations actuelles. « Le présent est fait de crises interconnectées, de dettes écologiques et de problèmes d’inégalité sociale. Les artistes contemporains vivent sur la même planète, sont perméables à la même humanité, au même écosystème mondial que les visiteurs », explique Marie-Eve Beaupré, conservatrice de la collection du MAC.

L’équipe a souhaité offrir un miroir de ce présent grâce à des œuvres qui n’ont pas nécessairement été réalisées en 2020-2021, mais qui abordaient déjà des aspects devenus criants d’actualité à l’arrivée de la pandémie. Les dernières acquisitions contribuent ainsi à cette réalité plurielle, que la conservatrice compare au rhizome d’un champignon, le réseau de racines souterrain qui soutient son écosystème.

En contexte de crise ou non, le comité d’acquisition du MAC s’offre des moments de réflexion ponctuels pour que la collection reflète son époque. Par exemple, la parité des genres et la diversité culturelle ont été élevées au rang de priorités d’acquisition vers la fin de 2017.

« Le visage de la collection devait mieux représenter la diversité culturelle des praticiens au Québec. Ce qui est une évidence en 2021 était déjà un profond sentiment en 2017. Ce n’était pas juste de bonnes intentions ; il fallait le mettre sur papier, sous forme de politique », précise Marie-Eve Beaupré.

Intérêt renouvelé pour l’art d’ici

Parmi les grands changements d’orientation cette année, la conservatrice souligne l’intérêt renouvelé pour l’art d’ici : « On a convenu que c’était notre responsabilité sociale de rediriger nos ressources vers la scène locale et de poser des gestes significatifs pour ceux et celles qui font le choix de créer au Québec. » Cela dit, le comité a aussi pris soin de faire dialoguer les artistes locaux avec leurs collègues canadiens et internationaux dans les salles d’exposition.

Une plus grande attention a aussi été accordée aux artistes émergents, aux artistes issus de la diversité culturelle et de différentes générations, ainsi qu’aux pratiques issues de l’extérieur de Montréal.

« On s’est diversifiés à bien des égards en ajoutant de nouvelles voix à la collection plutôt que de consolider avec des artistes déjà bien représentés », résume la conservatrice.

« Les acquisitions et les expositions, ce sont, après tout, les deux poumons d’un musée. L’histoire des expositions enrichit la collection et la collection met en commun des œuvres importantes vers une définition de l’histoire de l’art au Québec, explique Marie-Eve Beaupré. C’est le beau défi d’une collection : une écriture plurielle et en constante évolution. »


Des horizons d’attente sera présentée au MAC jusqu’au 19 septembre prochain. Deux autres expositions sont également à l’affiche de ce musée : La machine qui enseignait des airs aux oiseaux, jusqu’au 25 avril, et John Akomfrah : Vertigo Sea, jusqu’au 4 avril.

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