cache information close 

Une murale de Pellan aux enchères

La murale signée Alfred Pellan et représentant Saint-Patrick se trouve sur la façade du 142, rue Dufferin à Granby.
Photomontage: Société d'histoire de la Haute-Yamaska / Chantal Lefebvre / La Presse canadienne La murale signée Alfred Pellan et représentant Saint-Patrick se trouve sur la façade du 142, rue Dufferin à Granby.

Pour donner suite à sa volonté de démolir une ancienne école qui a servi ces dernières années d’édifice pour la MRC de la Haute-Yamaska, la municipalité de Granby renonce à conserver une fresque d’Alfred Pellan et entend désormais la vendre aux enchères.

La murale de céramique qui représente Saint-Patrick, réalisée dans la tradition de la mosaïque, date de 1958. « Une période où Pellan était inspiré par l’art naïf », explique l’historien de l’art Laurier Lacroix, également professeur émérite de l’UQAM. Si l’œuvre ne trouve pas preneur, elle sera vraisemblablement détruite avec l’édifice, puisque la municipalité ne compte pas débourser un sou pour la déplacer.

« Ce n’est pas la première fois qu’on détruirait une œuvre d’art publique, regrette M. Lacroix. Au Québec, c’est même l’une de nos spécialités. » Celui-ci se demande si l’œuvre ne pourrait pas être intégrée dans un nouveau bâtiment, ou tout simplement trouver une nouvelle fonction à l’ancienne école devant tomber sous le pic des démolisseurs.

De son côté, le maire de Granby, Pascal Bonin, ne voit pas comment l’œuvre pourrait être déplacée ailleurs. En entrevue à La Presse canadienne plus tôt cette semaine, l’élu a évoqué la nécessité d’une « saine gestion ».

En même temps, nuance le critique d’art Gilles Daigneault, cette murale d’Alfred Pellan n’est pas une œuvre majeure de l’artiste québécois décédé en 1988. « Je suis pas mal certain qu’Alfred dirait : “Eh, les gars!, on ne monte pas aux barricades pour cette œuvre-là.” »

Selon un rapport d’expertise rédigé par la restauratrice Myriam Lavoie, attachée au Centre de conservation du Québec, les coûts pour retirer l’œuvre de son support actuel seraient d’environ 160 000 $, ce qui devrait être payé par un éventuel acheteur lors de la vente.

Une vente en mars

« N’importe quoi ! » s’exclame Martine de Saint-Hippolyte, cofondatrice de la maison de vente aux enchères IEGOR. « Nous avons un devis d’environ 20 000 $, par un expert de ce genre de choses. Et nous aurons bientôt un devis beaucoup plus précis, puisque le conseil municipal nous a désormais confié la vente. On avance, petit à petit. » L’œuvre, dit-elle au Devoir, devrait être mise en vente en mars.

« Ma première idée est de voir à protéger l’œuvre », insiste pour sa part son mari et partenaire d’affaires, Iegor de Saint-Hippolythe. « On va la présenter avec l’obligation de la déposer. » Autrement dit, l’acheteur devra la faire retirer pour qu’elle échappe à la démolition, précise-t-il. « C’est déjà une façon de protéger une œuvre. »

L’ennui, commente Laurier Lacroix, est que cette mosaïque risque dès lors de se retrouver pour de bon hors de l’espace public. À l’époque de sa réalisation, il n’y avait pas encore de programme d’art public pour les bâtiments, le fameux 1 % consacré aux arts. Cela veut dire qu’il y avait une volonté dans la communauté, explique-t-il, de donner un sens au bâtiment qui mérite d’être considéré.

L’historien de l’art se demande si, par exemple, cette représentation de saint Patrick ne pourrait pas être attachée à l’héritage irlandais du Québec en faisant un effort véritable pour la réinstaller ailleurs. Il regrette surtout le peu d’attention qu’on porte au patrimoine moderne, dont cette œuvre est une belle illustration.

« Il y a tout un patrimoine moderne qui est en train de foutre le camp. Le patrimoine moderne n’est pas assez valorisé. On détruit plus vite qu’on ne réfléchit à la façon de le conserver. » À son avis, on finira par s’en mordre les doigts.