«Les isolés»: renversements tordus

Vue partielle de l’exposition «Les isolés», de Mathieu Lévesque
Photo: Guy L’Heureux Vue partielle de l’exposition «Les isolés», de Mathieu Lévesque

Moins excentrique, plus classique, Mathieu Lévesque ? En apparence. Sa série exposée enfin à B-312, après les reports provoqués par la crise sanitaire, respire l’esprit tordu, intelligemment tordu, qui poussait jadis le peintre à faire de la… sculpture. Les toiles aux formats irréguliers, les « shaped canvas », brillent par leur absence dans l’exposition Les isolés. Si son précédent solo en 2018 — le dernier de la feue galerie Trois Points — annonçait le format proche du tableau traditionnel, les irrégularités étaient réapparues en 2019, lors d’une expo de groupe.

Les œuvres de la série Les isolés affichent un format rectangulaire, sans anomalie, sans exception. C’est à l’intérieur des limites du cadre que l’artiste bouscule désormais les habitudes, comme s’il s’agissait de corrompre l’écran duquel on ne peut plus s’affranchir depuis que le télétravail et le télé-tout font la norme. Or, c’est la peinture que Lévesque cherche à redéfinir ; les 25 œuvres, de 2019, précèdent l’ère COVID.

Sur l’acrylique, il pose un matériau moins noble, du mortier de structure, habituellement utilisé comme première couche. Ce renversement rend visible, très visible, l’étape du repentir. Mathieu Lévesque s’approprie non seulement le discret procédé réparateur de l’histoire de la peinture, mais aussi les illusions entre fond et forme chères aux courants abstraits.

Le résultat, qui varie d’un tableau à l’autre, donne une sensation de mouvement, d’une simple tension entre le blanc du mortier et une couleur vive, entre une surface envahissante et une autre qui résiste à la disparition. Les diagonales, courbes et ruptures qui font les compositions sont bien celles du tordu Lévesque. Seulement, son terrain de jeu ne se limite maintenant qu’à l’espace pictural.