En immersion avec Cynthia Girard-Renard

Cynthia Girard-Renard, «Baleine bleue» (détail), 2020
Photo: Paul Litherland Cynthia Girard-Renard, «Baleine bleue» (détail), 2020

Elle fait partie de ces expos laissées derrière des portes closes, peu de temps après leur ouverture, en septembre dernier. La voilà enfin de nouveau accessible au public, qui pourra découvrir l’installation de Cynthia Girard-Renard conçue sur mesure pour la Fonderie Darling, dans l’ample salle marquée par son architecture industrielle. L’artiste y répond par une intervention de taille en abordant avec un sens du merveilleux doucement subversif l’enjeu préoccupant de la vie marine en péril.

La sculpture d’une baleine bleue flotte dans l’espace, un surprenant spécimen grandeur nature. Alors que des figures animales débridées peuplent déjà le travail passé de l’artiste, elle va plus loin avec cette création d’envergure rendant hommage à l’espèce menacée. Défi en soi, l’assemblage réalisé sur place repose sur les plus rudimentaires matériaux (structure de bambou, papier kraft cousu et peint à la gouache), une économie de moyens hautement significative. L’empreinte humaine a des impacts sur les écosystèmes et cela préoccupe l’artiste, qui nous entraîne dans un fond marin garni d’oursins, d’étoiles de mer, de crabes et… de contenants en plastique, tous surdimensionnés.

Le jeu d’échelle compte pour beaucoup dans la réussite de cette immersion qui intègre aussi le chant des baleines en revisitant Songs of the Humpback Whale (1979). Premier du genre, l’album promu dans les palmarès est un jalon de la mobilisation pour sauver les baleines. Pour l’artiste, c’est un retour aux sources, un souvenir marquant qui refait surface, incarné dans la copie géante du vinyle. La forme en rotation dit le temps qui a passé depuis cet éveil et offre une vision de la Terre qui continue à tourner, mais pas si rondement. L’imaginaire de l’artiste, avec sa candeur assumée, remue les contours de cette réalité.

La Fonderie Darling présente aussi les œuvres déjantées du peintre Vincent Larouche et lance une programmation extérieure originale sur sa Place publique, accessible en tout temps.

 

 

Sans toit ni loi: les cétacés du Saint-Laurent

De Cynthia Girard-Renard. Commissaire : Ji-Yoon Han. À la ​Fonderie Darling, jusqu’au 3 avril.