Nathalie Bondil a causé sa propre perte, dit le MBAM

L’ancienne d.g. et conservatrice en chef du MBAM réclame 2 millions à ceux qui auraient «orchestré […] une campagne de salissage et de destruction» de sa réputation.
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir L’ancienne d.g. et conservatrice en chef du MBAM réclame 2 millions à ceux qui auraient «orchestré […] une campagne de salissage et de destruction» de sa réputation.

Une directrice générale obstinée, réfractaire à agir pour corriger les problèmes alarmants de climat de travail au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), mais qui aurait tout fait après son congédiement pour salir la réputation de l’institution : la réplique des membres du CA du Musée à la poursuite intentée par Nathalie Bondil brosse un portrait sévère de l’ancienne grande patronne.

C’est Nathalie Bondil qui a diffusé « des propos fallacieux, diffamatoires et injurieux dans les médias à l’égard non seulement des défendeurs, mais également du Musée », affirment les 21 personnes (soit l’entièreté du conseil d’administration en poste à l’été 2020) visées par la poursuite en diffamation déposée par Mme Bondil en septembre dernier.

Le Devoir a obtenu vendredi le dossier produit par la défense dans cette cause. Daté du 26 janvier, il constitue la réponse aux allégations de Mme Bondil. Ce qu’il contient n’a pas été prouvé devant les tribunaux.

Le texte d’une quarantaine de pages refait le fil du conflit qui a coûté son prestigieux poste à Nathalie Bondil, en juillet dernier. Il révèle aussi la combativité de Mme Bondil pour contester son renvoi, ou pour tenir tête à des décisions du conseil d’administration prises dans la foulée des conclusions d’un rapport indépendant sur le climat de travail jugé « toxique ».

L’ancienne d.g. et conservatrice en chef réclame 2 millions à ceux qui auraient « orchestré […] une campagne de salissage et de destruction » de sa réputation, cela « dans le but de masquer la véritable raison qui les ont poussés à [la] congédier malicieusement ».

« Trouver des excuses »

Selon la version de Nathalie Bondil, son éviction n’aurait rien à voir avec des problèmes de climat de travail toxique au Musée, mais plutôt avec son « refus d’entériner publiquement le processus irrégulier qui a mené à l’embauche de la directrice de la conservation du MBAM », Mary-Dailey Desmarais.

Or, selon la version des défendeurs, c’est plutôt la somme des deux éléments qui a forcé le départ de Mme Bondil. « Le refus de la demanderesse de reconnaître l’ampleur de la situation problématique quant au milieu de travail, qui perdurait depuis des années au Musée, était devenu incompatible avec la mission du Musée et soulevait des enjeux juridiques et humains pour le Musée et ses employés », indique le document.

Mme Bondil aurait ainsi longtemps protégé une cadre vers qui convergeaient de nombreuses plaintes liées aux relations de travail, mais qui était son amie. « Elle essayait constamment de trouver des excuses pour justifier et cautionner le comportement du cadre », et « préférait favoriser une collègue plutôt que de traiter sérieusement le problème de milieu de travail », soutiennent les défendeurs.

Mis au fait de nombreuses doléances du syndicat, le conseil d’administration a mandaté à l’automne 2019 une firme indépendante pour réaliser un diagnostic sur le climat de travail.

C’est après avoir lu ce diagnostic que le CA a choisi d’alléger les tâches de Nathalie Bondil en créant un poste de directrice de la conservation. Mais la mise en place de celui-ci, de même que le processus de sélection de la candidate qui sera retenue, a fait éclater au grand jour les tensions entre Mme Bondil et le président du CA, Michel de la Chenelière.

Grille trafiquée

Mme Bondil n’a jamais caché qu’elle souhaitait voir une autre candidate être nommée que Mary-Dailey Desmarais. Mais les défendeurs affirment notamment que durant l’entrevue de cette dernière, Nathalie Bondil aurait « fait preuve d’agressivité, d’impolitesse » et « d’un manque de professionnalisme » complet.

Plusieurs des allégations contenues dans le document judiciaire étaient connues. Mais un détail particulier émerge à la lecture : M. de la Chenelière et les défendeurs soutiennent que Nathalie Bondil a trafiqué la grille d’évaluation qui devait servir à évaluer les finalistes au poste. En mettant au jour la crise interne qui secouait le MBAM en juillet, Le Devoir avait fait état du pointage obtenu par les candidates (il donnait première celle désirée par Mme Bondil).

« La grille de compétences […] n’a aucunement été remplie conjointement. Au contraire, c’est la demanderesse qui a seule rempli sa propre grille de compétences », dit-on en relatant la fin d’une réunion où Nathalie Bondil aurait « modifié les rubriques sans prévenir » en « faisant des notations à toute vitesse durant la séance de débreffage sans que les autres [membres du comité de sélection] soient en mesure de suivre ses commentaires. »

Les défendeurs indiquent autrement que Nathalie Bondil « choisissait souvent de faire cavalière seule, ce qui contribuait aux problèmes de gestion du Musée ». De nombreux exemples illustrant une certaine propension à agir à sa tête étayent le récit de la défense.

Fin de contrat

Le document soutient aussi que malgré l’érosion graduelle de la relation de confiance entre les deux parties, le conseil d’administration souhaitait que Mme Bondil demeure en poste jusqu’à la fin de son mandat, prévu en juin 2021. On lui a proposé un contrat amendé pour permettre une fin d’emploi « confidentielle, cordiale et harmonieuse ».

Mais on affirme que « la décision de la demanderesse de rendre publiques, directement et indirectement, des informations confidentielles par le biais des médias » n’a laissé d’autre choix au conseil que de congédier Nathalie Bondil.

Les défendeurs font aussi valoir que Mme Bondil a ensuite elle-même alimenté la crise qui a terni son nom. Un exemple : la poursuite de Nathalie Bondil affirme que « des courriels privés de Michel de la Chenelière diffusés à travers la communauté muséale nationale et internationale » ont « anéanti sa réputation ».

Sauf que dans la réplique des défendeurs, on lit plutôt que « la demanderesse omet de préciser » que la lettre de M. de la Chenelière « était une réponse » à une missive qu’il avait reçue de la part de 23 représentants de musées à l’international qui s’étaient spontanément portés à la défense de Nathalie Bondil.

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33 commentaires
  • Jean-François Fisicaro - Abonné 6 février 2021 06 h 43

    La bonne nouvelle ...

    "Cou'donc !", est-ce que c'est moi ou c'est dans l'air du temps ? N'est-il pas pertinent de faire un parallèle entre les cas "Bondil" et "Payette" ? Sans connaître tous les détails des deux affaires, soit parce que l'information est "caviardée" soit parce qu'en cours de traitement, on y retrouve quelques similitudes. Deux femmes au parcours impressionnant, engagées à des postes importants, se retrouvant au coeur de crises et de polémiques hautement médiatisées. Sans compter des rapports indépendants relatant un climat de travail « toxique ». On aurait pu se dire : "C'est le jour de la marmotte" ... Triste.

    La bonne nouvelle dans tout ça ? Si je travaille fort pour en trouver une, le féministe en moi y verra un fragment d'évolution en se disant qu'on peut constater que les humains, sans égard à leur genre, doivent composer "également" avec la gestion du pouvoir et des luttes qui en découle. D'aucuns diront qu'il s'agit d'une bien mince consolation, et je leur répondrai qu'ils ont bien raison. Mais quand on sait ce que de tels évènements laissent comme traces, faut bien faire ce qu’on peut avec ce qui en reste ...

    • Daphnee Geoffrion - Inscrite 6 février 2021 09 h 33

      Je trouve ça plutôt positif, c'est la qu'on voit que la femme est légal de l'homme, pas meilleure ni pire, le ratio est sûrement le même mais maintenant les femmes sont plus exposés.

    • Jean-François Fisicaro - Abonné 6 février 2021 15 h 27

      C'est justement pour le dernier mot de votre réaction que je préfère affirmer que ce n'est qu'un fragment d'évolution.

  • Joël Tremblay - Abonné 6 février 2021 07 h 29

    C'est amusant de voir la bourgeoisie s'entredéchirer.

    Probablement que Mme Bondi a demandé à des gens habitué.e.s de se la couler douce de travailler dur pour une fois, ce qui a été assmilié à du harcèlement...

    Étrange comment les personnes deviennent sensbles dans ce genre de métier... si ces personnes auraient à endurer un climat de travail comme le commun des mortels, par exemople dans un emploi de service à la clientèle, ils/elles dureraient à peine un jour complet avant de crier à l'abus et de réaliser c'est quoi travailler pour de vrai.

    la misère des riches...

    • Gaétan - Abonné 6 février 2021 08 h 54

      Étrange aussi comme certaines personnes écrivent n'importe qui et se prononcent pompeusement sur des questions dont elles ignorent complètement les tenants.

    • Joël Tremblay - Abonné 6 février 2021 09 h 37

      M. Gaétan.

      J'émets une hypothèse, comme le dénotte mon utilisation de "probablement".

      Je ne prétends pas à ce qu'elle représente une vérité absolue, mais j'ai tendance à croire qu'elle n'est pas tout à fait erronée.

      Vous avez le droit d'être en désaccord.

    • Carol Bernier - Abonnée 6 février 2021 10 h 14

      ... Et si les gens se donnaient la peine de se renseigner et de travailler sur leurs préjugés et leur complexes, ils réaliseraient que le "monde de la culture" travaille aussi!!! Et en passant... $1 investi en culture en rapporte $10 dans les coffre de l'état...

    • Hélène Paulette - Abonnée 6 février 2021 13 h 53

      Fréquentant le MBAM depuis l'enfance, ainsi que ses réserves, je peux vous assurer que le "monde de la culture" en général, monsieur Bernier, serait bien aise de bénéficier des conditions de travail des employés du MBAM. En passant, les "investissements" de promoteurs sont loin d'être garants du bien-être des travailleurs...

  • Michel Roussy - Abonné 6 février 2021 09 h 11

    Ne vaut-il pas mieux un peu moins compétent, mais doté d'autres compétences si essentielles?

    La compétence à l'extrême est la norme depuis tant d'années. Toutes les grandes entreprises, organisations, institutions et gouvernements ne recherchent que des dirigeants de renom et hyper compétents. On veut la vedette. Mais l'hyper compétent a ses faiblesses comme tous les humains. Et généralement, sa principale faiblesse est sa difficulté, voire son incapacité, a travailler en harmonie avec les autres, surtout les subalternes. Alors, ne vaut-il pas mieux une personne un peu moins hyper compétente? Un (ou une) leader travaillant un peu plus dans l'ombre, mais doté de cette capacité de rassembler autour d'un but que tous adhèreront? Une personne avec un fort esprit d'équipe et de collaboration, n'ayant pas peur de parfois laisser l'initiative aux autres et surtout avec le sens du respect de tous et chacun, peu importe leur statut et leur rôle dans l'organisation? Ces gens existent. S'agit de regarder.

    • Jean-François Fisicaro - Abonné 6 février 2021 15 h 46

      Vous avez tellement raison ! Voici quelques idées pour explorer la posture à adopter.

      Comme l'aurait probablement dit Einstein en parlant des compétences : "Là comme en d'autres matières, tout est bien relatif". Et c’est bien là tout le charme de sa célèbre loi ... Elle peut s'appliquer à tant d'autres sujets qu'aux sciences de la Physique ! Et j'adore.

      Phaque, c'est clair que si un candidat ou une candidate est la plus extraordinaire des doctorantes dans domaine en particulier, mais qu'elle n'est pas en mesure de:

      - Bien communiquer, tant comme récepteur qu'émetteur
      - User d'empathie, se mettre à la place des gens de son entourage
      - S'entourer d'une équipe de personnes de confiance
      - Assumer qu'elle n'est que le fiduciaire du pourvoir qui lui est délégué
      - Faire preuve de loyauté
      - Et allez-y avec vos propres items

      Alors il ne faut donner aucune valeur à la « doctorantitude » de notre candidat. Quand on en fait fi, ça donne ce que ça donne ...

      Sans égard au genre, à l’origine ethnique, au niveau de scolarité, à la condition sociale, etc.

  • Jacques Bordeleau - Abonné 6 février 2021 09 h 20

    Dossier de la défense

    Comment se fait-il que le dossier de la défense se retrouve dans les médias ? Veut-on faire à nouveau un procès sur la place publique qui entachera encore davantage l'image et le renom du MBAM ? Le tribunal ne sanctionnera-t-pas un éventuel outrage au processus de la Justice?
    Vraiment, Montréal à plusieurs égards, et une de ses institutions, le musée, jusqu'ici parmi les plus honorables et appréciées, font parler d'elles pour les plus mauvaises raisons. C'est tout le Québec qui traîne ce boulet.

    Jacques Bordeleau

  • noel doucet - Abonné 6 février 2021 09 h 31

    Les médias à blâmer....

    Sous prétexte d'information, les médias créent des drames, ruinent des réputations: Bondil, Payette, Venne, Vance, Morin et combien d'autres. Ils sont à blâmer avant tout, surtout quand ils parlent d'allégations de sources confidentielles. Honteux! On a besoin de médias plus responsables, plus professionnels.

    • Pierre Bernier - Abonné 6 février 2021 14 h 50

      Eh oui !

    • Jean-François Fisicaro - Abonné 6 février 2021 15 h 50

      Mettons que votre hypothèse est la bonne, merci de nous dresser une liste des sujets et des protocoles qui trouvent grâce à vos yeux. Ça pourra peut-être aiguiller les médias à devenir plus responsables et professionnels. Je sais, la tâche est lourde, mais faut toujours bien commencer à quelque part.