Le Centre d’art daphne pour bâtir des ponts

«Itapkecin», Catherine Boivin, 2018. Photographie argentique.
Photo: Catherine Boivin «Itapkecin», Catherine Boivin, 2018. Photographie argentique.

Le premier centre autochtone d’artistes à Montréal, le Centre d’art daphne, ouvre ses portes, rue Saint-Hubert. Ce centre, entièrement géré par des Autochtones, présentera des expositions physiques dès que la pandémie le permettra. Ses activités sont ouvertes à tous, Autochtones comme non autochtones. Car c’est aussi de cela qu’il s’agit ici, de partager des expériences, voire de resserrer des liens entre différentes nations autochtones.

« L’idée, c’est de bâtir une communauté, de créer des ressources, pour les communautés artistiques autochtones C’est un intérêt qui existe depuis longtemps, on y pensait dans des conversations individuelles ou collectivement. […] Maintenant, le temps nous semblait bon, on s’est dit : “faisons le pas”, et puis, il y a des programmes pour appuyer ce genre de projet », dit l’artiste Hannah Claus, l’une des fondatrices du Centre d’art daphne, avec Nadia Myre, Caroline Monnet et Skawennati. Depuis quelque temps, ces quatre femmes se réunissaient pour parler de leur art, de leurs projets et d’occasions de travailler ensemble.

Cette année, la programmation du centre accueillera des artistes autochtones du Québec. On prévoit y recevoir le Wendat Teharihulen Michel Savard, l’Attikamek Catherine Boivin, l’Innue Sonia Robertson, et la Mohawk Kaia’tanò:ron Dumoulin Bush.

« On veut aussi montrer que les nations sont très différentes les unes des autres, créer des relations et des dialogues entre elles, et montrer au grand public qu’il y a cette pluralité qui existe », dit Hannah Claus.

« On essaie de créer un centre qui sera un lieu positif pour aider les gens à montrer ce qu’ils font avec fierté et de bien les présenter dans un contexte qui leur ressemble. »

Meilleure représentation

Ce centre permettra sans doute de donner une meilleure visibilité aux artistes autochtones d’ici, qui sont jusqu’à présent mal représentés, notamment dans les institutions muséales. On se souvient par exemple du tollé qu’avait suscité l’érection d’un totem de Charles Joseph, de la nation kwakiutl, de Colombie-Britannique, représentant la réalité autochtone devant le Musée des beaux-arts de Montréal.

« Sur la scène québécoise, les arts autochtones sont encore marginalisés. Il y a, en effet, une certaine discrimination au sein des grandes institutions, entre autres muséales, écrivent France Trépanier et Mylène Guay dans un article du livre D’horizons et d’estuaires : entre mémoires et créations autochtones, paru récemment aux Éditions Somme toute.

« Il faudra attendre 2017 pour que Québec accorde une place aux cultures autochtones dans sa politique culturelle », écrivent-elles aussi.

Jusque-là, les arts autochtones ont été trop souvent considérés essentiellement comme des objets ethnographiques ou de l’artisanat, relèvent les autrices.

Photo: Teharihulen Détail de «Peigne (représentant la loutre)», Teharihulen, 2017. Pièce en argent.

« Outre les expositions permanentes mettant en lumière l’histoire du passé de manière anthropologique, les arts autochtones contemporains sont représentés sporadiquement, et de préférence en mettant en valeur des artistes autochtones renommé.e.s du milieu anglophone canadien pour attirer un plus grand public », écrivent-elles encore.

Le Centre d’art daphne a été nommé en mémoire de l’artiste anichinabée Daphne Odjig, qui a fondé le premier centre culturel autochtone au Canada, à Winnipeg, en 1973.

« C’était bien avant les systèmes actuel des centres d’artistes autogérés », raconte Hannah Claus. À Winnipeg, Daphne Odjig et son ami avaient un magasin d’imprimerie et, à l’arrière, ils avaient aménagé un espace pour montrer leur art.  « Ses collègues travaillaient à l’arrière, il y avait entre autres Norval Morrisseau et Alex Janvier, ajoute Hannah Claus. Ils faisaient de la place pour que les autres soient dans leurs expos. Ils gardaient une petite part de leurs ventes à des jeunes », pour soutenir la pratique artistique.

Hannah Claus explique que le Centre d’art daphne s’inspire aussi, entre autres, du centre Urban Shaman, de Winnipeg.

En attendant que le centre puisse réellement ouvrir ses portes, on peut accéder à des activités de perlage en ligne, sous le titre « Perler, parler ».

À voir en vidéo