La science suivie à la trace

La galerie Concordia présente la nouvelle étape d'une rétrospective bien serrée de l'artiste canadienne Nell Tenhaaf, en tournée au pays. En provenance du Musée canadien de la photographie à Ottawa, l'exposition revient sur quinze années d'une production qui suit à la trace les développements incessants dans le discours de la science et de la génétique. Tenhaaf s'intéresse davantage à la subjectivité à l'oeuvre dans le domaine scientifique qu'à sa prétendue objectivité.

Depuis une vingtaine d'années, l'artiste s'est bâti une belle carrière, exposant abondamment au Canada, aux États-Unis et en Europe. Son univers est fait des diagrammes diffusés par la science pour schématiser le corps humain et ses fonctions génétiques, schémas que l'artiste recharge tant par l'écriture que par le dessin, afin de montrer que, dans ces constructions de l'esprit, peuvent même aujourd'hui intervenir une mythologie et un mystère persistants au sujet de la connaissance du corps humain. Littéralement, Tenhaaf recharge les données scientifiques telles que traduites en images par la science elle-même, pour y greffer un discours autre, centré sur des valeurs sociales et culturelles. Ainsi, la pratique de Tenhaaf se penche sur le corps humain en tant qu'il est l'objet d'une constante inquisition. Son univers défend une esthétique très lisse, alors que l'artiste se sert notamment de caissons lumineux en aluminium et de photographies pour supporter une imagerie où règne une certaine atmosphère.

Il faut dire ici ma relative insensibilité à cette production. Le côté aseptisé de la présentation de ces oeuvres me semble contredire l'idée de subjectivité que cherche à rendre l'artiste. De plus, cet oeuvre m'apparaît comme l'expression d'un post-modernisme appliqué, sans grande inventivité.

Par exemple, les principes d'interactivité qui gouvernent certaines installation vidéo m'apparaissent d'une trop grande simplicité, alors que, pour une pièce, la possibilité de choisir notre programme génétique est exprimée par la présence d'une sorte de guichet sur lequel il faut bêtement presser quelques boutons. Idem pour cette autre installation où, en vidéo, une scientifique nous pose des questions sur notre capacité à composer avec la dimension humaine de notre environnement. À ces questions, nous sommes invités à répondre en pressant un des deux boutons, qui correspondent à oui et non, pour ensuite nous faire dire combien nous sommes, ou non, poreux à notre environnement et aux gens qui l'habitent (ou qui sont habités par lui). Trop simple. Presque scolaire.