En attendant la réouverture des théâtres

Catherine Couturier Collaboration spéciale
L’une des salles de spectacle désertes du théâtre Aux Écuries
Isabelle Hayeur L’une des salles de spectacle désertes du théâtre Aux Écuries

Ce texte fait partie du cahier spécial Théâtre

« On n’a jamais autant travaillé. C’est comme de réapprendre à marcher », confie Lisa Rubin, directrice générale et artistique du Centre Segal. Pour garder le lien avec le public et donner du travail aux artistes, les théâtres continuent de se « réinventer ». Vitrines, spectacles sur le Web, laboratoires de création, ils veulent continuer à mettre de l’art dans nos vies. Coup d’oeil sur les choses à voir et à entendre dans les prochains mois.

Les fenêtres fantastiques de la Maison Théâtre

« On a une responsabilité envers les artistes, en tant que diffuseur, et envers les familles qui nous suivent et nous soutiennent, qui tous ont été beaucoup touchés par la pandémie », explique Sophie Labelle, directrice artistique de la Maison Théâtre. À l’approche de Noël, « la » fête préférée des enfants, l’équipe de la Maison Théâtre a donc décidé d’animer ses quatre grandes vitrines donnant sur la rue Ontario.

Sophie Labelle a ainsi réuni une équipe de collaborateurs pour mettre en branle Les fenêtres fantastiques : Elen Ewing, conceptrice de l’univers visuel et véritable locomotive du projet, Pascal Brullemans et Érika Tremblay-Roy, deux auteurs jeunesse qui ont conçu la trame narrative, de même qu’une conceptrice sonore, un concepteur d’éclairage et des comédiens pour lire les textes.

Inspirées des mythes, des légendes et des cabinets de curiosité, les quatre vitrines présentent des histoires fantastiques mettant en scène des créatures inventées et des machines théâtrales (à fumée, à bulle, à neige, etc.). On est loin des vitrines de Noël traditionnelles des grands magasins. « On avait vraiment envie de démontrer le pouvoir de l’art », raconte Mme Labelle.

Les fenêtres fantastiques : du 18 décembre au 3 janvier, tous les jours en continu de 16 h à 20 h (sauf les 24 et 25 décembre) ; du 4 au 17 janvier, les vendredis, samedis et dimanches.

Pour toute la famille, gratuit, 20 minutes. Pistes audio : à télécharger gratuitement à la maison ou grâce à un code QR devant la Maison Théâtre. Écouteurs suggérés.
 

La métamorphose au théâtre Denise-Pelletier

« On travaille trois fois plus ! » remarque le metteur en scène Claude Poissant, directeur artistique au théâtre Denise-Pelletier (TDP), en direct de la salle de répétition. Pour la possible reprise après les Fêtes, le TDP a misé sur la transposition scénique du texte de Kafka La métamorphose. La pièce raconte l’histoire d’un homme qui s’est transformé en immense insecte, et dont les proches finissent par subir aussi une métamorphose.

« L’adaptation d’une œuvre mythique comporte énormément de pièges, mais ça donne aussi plusieurs permissions », explique M. Poissant. Les mesures sanitaires imposent en effet toutes sortes de contraintes, autant en ce qui concerne la préparation des comédiens et la mise en scène qu’en ce qui concerne la présentation (on l’espère) devant public. « On arrive à prendre ces contraintes comme sources de réflexion », précise-t-il avec philosophie.

Photo: Marie-Andrée Lemire La comédienne Catherine Allard, dans la pièce «Je cherche une maison qui vous ressemble»

Une autre pièce qui était prévue à l’automne occupera la grande salle pendant cinq soirs en mars. Je cherche une maison qui vous ressemble, de Catherine Allard, raconte l’histoire du couple Pauline Julien et Gérald Godin.

Les webdiffusions, elles, sont réservées aux adolescents du secondaire, un public important pour le TDP. Trois pièces — L’orangeraie, de Larry Tremblay, Le meilleur des mondes, de Guillaume Corbeil, d’après l’œuvre d’Aldous Huxley, et Les amoureux, de Goldoni — sont donc offertes en captation pour le milieu scolaire.

La métamorphose, du 17 février au 20 mars 2021, et Je cherche une maison qui vous ressemble, du 25 au 31 mars, au théâtre Denise-Pelletier (si la Santé publique le permet). 

Les billets seront mis en vente dès qu’un retour en salle sera permis.


   

Piano bar et happy hours au Centre Segal

Il n’est pas trop tard pour attraper la dernière webdiffusion de la pièce coproduite avec le Théâtre du Nouveau Monde Underneath the Lintel, première pièce jouée en anglais par Emmanuel Schwartz. Le Centre Segal reste aussi en contact continu avec son public par ses médias sociaux : « Nous utilisons nos espaces en ligne pour tenir des conversations pertinentes, ou encore pour prendre contact avec des membres de distributions passées », précise Lisa Rubin, directrice générale et artistique. Le Centre tient aussi une fois par mois des happy hours : « C’est comme avoir son propre piano-bar dans son salon », dit Mme Rubin. Afin de permettre aux parents de faire une petite pause, le Segal organisera également cet hiver des petits partys de danse pour les enfants, trois fois par semaine, qui dureront une quinzaine de minutes.

Photo: Yves Renaud Le comédien Emmanuel Schwartz, seul en scène, dans «Zebria. Une pièce à conviction», présentée au Théâtre du Nouveau Monde à l'automne 2020.

En attendant de pouvoir y accueillir le public, le Centre Segal a aussi mis gratuitement tout son espace à la disposition des artistes, qui ont besoin d’endroits où créer et répéter. Le Centre a par ailleurs d’autres événements dans ses cartons, comme un spectacle de drag queens, qu’il annoncera en temps et lieu.

Underneath the Lintel, en rediffusion le 19 décembre (20 h) et le 20 décembre (13 h). 

Billets réguliers : 25 $ par personne, 36 $ par ménage.


    

Entends-tu ce que je te dis ? Kouté mwen titak ! du Nouveau Théâtre expérimental

Comment monter une pièce de théâtre en collaboration avec une compagnie de la Martinique en pleine pandémie ? « On s’est virés sur un 10 cents, comme on dit », raconte Daniel Brière, qui signe la réalisation d’Entends-tu ce que je te dis ? Kouté mwen titak !, en résidence à l’Espace libre. Les échanges avec Tropique Atrium s’effectuaient déjà depuis deux ans, mais à cause de la pandémie, les voyages et surtout les représentations prévues à l’automne dans les deux pays sont devenus impossibles. « La pièce met en scène des individus face à la masse. La tribune des râleurs et des chialeurs de nos jours, c’est le Web. Ça avait donc beaucoup de sens de s’y déplacer », explique M. Brière.

Photo: NTE / Tropiques Atrium L'un des tableaux colorés de la pièce «Entends-tu ce que je te dis? Kouté mwen titak!»

Le public pourra donc assister à une véritable œuvre numérique théâtrale : les scènes ont en effet été filmées sur écran vert en Martinique et au Québec, avec pour résultat des tableaux très colorés. « On s’est permis d’aller dans des images plus artistiques », précise M. Brière. Des capsules informatives accompagnent également la pièce.

 

Entends-tu ce que je te dis ? Kouté mwen titak !, dès le 18 décembre sur la plateforme koute.net

Gratuit, contribution volontaire suggérée
  

Un non-dévoilement et le Jamais Lu en rattrapage aux Écuries

« On n’a pas voulu jouer dans le même film que l’automne dernier et annoncer de multiples annulations », confie Marcelle Dubois, directrice générale et codirectrice artistique du théâtre Aux Écuries. Le Théâtre a donc « non dévoilé » ses spectacles de l’hiver 2021 : les billets ne seront mis en vente que lorsque la Santé publique donnera son feu vert, et au maximum un mois avant le spectacle. Et surtout, un plan A (jouer devant public) et un plan B ont été prévus pour chacun. « La chance qu’on a eue dans ce contexte, c’est d’être un centre de création et de diffusion. On a donc mis l’accent sur le côté création et redirigé nos ressources humaines et financières de ce côté », explique Mme Dubois.

Photo: Josée Lecompte Si les conditions le permettent, la pièce «La colère des doux» sera jouée en salle en février.

Le 19e Festival du Jamais Lu, qui devait avoir lieu en mai passé, sera présenté en rattrapage de janvier à mars 2021. Les textes inédits seront lus devant public les dimanches et les lundis si possible. Sinon, ces périodes seront transformées en laboratoires dramaturgiques. « Une de nos inquiétudes est envers la relève. Il risque d’y avoir un goulot d’étranglement lorsqu’on pourra ouvrir au public, et nous voulons que ces paroles très actuelles soient accessibles », avance Mme Dubois. Le Théâtre Aux Écuries veut donc continuer à offrir une tribune aux jeunes créateurs et acteurs.

Si les conditions le permettent, la pièce du Théâtre du Futur La colère des doux sera jouée en salle en février. À défaut de pouvoir présenter ce spectacle qui s’inscrit dans un monde imaginaire, les formes alternatives autour de la pièce seront explorées. « On en profitera pour faire une captation de qualité, par exemple. On a vraiment pris cette année-là comme une année-test, pour expérimenter », conclut Mme Dubois.

19e Festival du Jamais Lu, de janvier à mars 2021.

Billets en vente au maximum un mois avant la représentation.
La colère des doux, du 2 au 20 février 2021.
  

Une programmation alternative au Théâtre Périscope

Même si au Périscope, à Québec, on doute fort de pouvoir revenir sur les planches dès le retour des Fêtes, le diffuseur a tout de même lancé sa programmation des prochains mois. « La pandémie frappe fort pour les artistes et les compagnies indépendantes, qui se retrouvent fragilisés. Nous sommes préoccupés, raison pour laquelle nous voulions envoyer le message que les artistes continuent de travailler sur des œuvres formidables », assure la coordonnatrice artistique, Marie-Hélène Gendreau.

Pour rester en contact avec le public, dont l’absence de théâtre a pour certaines personnes créé un vide viscéral, le Théâtre Périscope a d’abord programmé la pièce Intersections, une production de Quitte ou Double. Ce spectacle, qui se faisait déjà en téléprésence lorsque présenté en salle, a donc été transporté complètement sur le Web. Le spectacle en ligne rassemble des artistes de cinq villes différentes en direct, qui témoignent des mouvements protestataires importants de leur ville.

Le Théâtre a aussi accueilli le projet Paréidolie pour la captation de capsules vidéo, dont l’équipe est majoritairement constituée de jeunes finissants du Conservatoire d’art dramatique de Québec. Vincent Legault, l’idéateur du projet, reprend des répliques incontournables du théâtre contemporain et des grands classiques du répertoire, et les rendra accessibles sur YouTube dès janvier, au rythme d’une capsule par mois.

Le projet Au creux de l’oreille sera également de retour pour les Fêtes grâce à une collaboration avec la Ville de Québec. Deux cents résidents de la capitale pourront se procurer un billet pour recevoir un appel d’un acteur, qui lui fera la lecture d’extraits de textes d’auteur et d’autrices québécois durant une vingtaine de minutes. « Ça nous permet de faire notre travail et d’employer aussi différents artisans de la scène. Ça nous permet également de rencontrer le public qui ne pourrait venir à nous », conclut Mme Gendreau.

Intersections, du 4 au 13 mars 2021, du jeudi au samedi, à 20 h. 

Au creux de l’oreille, du 28 décembre au 9 janvier, gratuit (pour les résidents de la ville de Québec seulement).