Dali et Bonet, main dans la main

Les Montres molles et les papillons, Salvador Dali, 1974, gravure 57,2 x 80 cm, collection Albaretto. Source: Fondation Gala-Salvador Dali/Sodrac 2004
Photo: Les Montres molles et les papillons, Salvador Dali, 1974, gravure 57,2 x 80 cm, collection Albaretto. Source: Fondation Gala-Salvador Dali/Sodrac 2004

2004 marque le centenaire de la naissance de Salvador Dali. Un anniversaire presque oublié jusqu'ici par les institutions muséales québécoises, sauf à Mont-Saint-Hilaire, où l'on a eu l'heur de lui consacrer une exposition estivale. Le musée de la Montérégie a jumelé cette expo commémorative à celle d'un artiste qui a hérité de la sensibilité du maître surréaliste, Jordi Bonet. L'Espagnol, qui a vécu la majeure partie de sa vie au Québec, est décédé à Mont-Saint-Hilaire il y a 25 ans.

De Dali, on connaît surtout ses peintures et ses fameuses montres molles que dévoilait le tableau La Persistance de la mémoire. L'exposition a le mérite de sortir de ces sentiers battus en réunissant plus de 70 de ses gravures puisées dans la collection de Pierre Argillet, lui-même graveur et ami intime du célèbre artiste catalan. Toujours, on reconnaît le trait vif et généreux du maître catalan, ses paysages apocalyptiques et ses personnages filiformes aux membres reposant souvent sur des béquilles en forme de squelette.

«On présente des suites de gravures que Dali faisait sur commande la plupart du temps», indique la directrice de l'établissement montérégien, Marie-Andrée Leclerc. Ainsi, un pan de mur révèle l'entichement du surréaliste pour les poèmes inédits de Mao Tsé-toung, dont il a réalisé des illustrations. Sa femme, Gala, lui en faisait parfois la lecture pendant qu'il travaillait. Un peu plus loin, c'est la magnifique série sur la mythologie. On redécouvre la déesse Athena affublée de physionomies multiples, tantôt masculines, tantôt féminines, ou encore la Méduse et ses mille têtes de serpent.

On trouve aussi une suite sur le thème de Faust, de la tauromachie et des hippies. «Les hippies fascinaient Dali», note Mme Leclerc. Dans les années soixante, à l'époque des pèlerinages à Katmandou, le Catalan avait envoyé son ami Pierre Argillet en Inde afin qu'il prenne des photos de cette curieuse tribu, dont il s'inspirerait pour réaliser ses gravures. Pour clore l'exposition, le musée organise d'ailleurs un happening hippie, conviant les familles à venir pique-niquer sur le terrain de l'établissement, au pied de la montagne. L'une des activités au programme: le tir de boulet, inspiré librement de la technique farfelue qu'avait développée Dali. Ennuyé par la sérigraphie, il lançait sur les plaques des boulettes de mie de pain imbibées d'encre et retravaillait les formes ainsi créées.

La collection de M. Argillet, qui compte au total 176 gravures — soit 20 % de la production daliesque —, a fait le tour du monde depuis 30 ans, accueillie par plus de 13 musées. C'est grâce au baron et à la baronne Philippe et Ghislaine du Noyer, collectionneurs new-yorkais qui ont racheté les oeuvres du graveur et éditeur à sa mort, que le musée de Mont-Saint-Hilaire peut offrir cette exposition au public.

Les suites de gravures daliniennes sont ponctuées de sculptures de bronze, de céramiques et de murales de Jordi Bonet. Quelques-unes de ses fameuses lampes s'y trouvent aussi. «C'est un des artistes piliers du musée», qui lui a consacré plus d'une exposition, souligne Mme Leclerc. On voit beaucoup de similitudes [avec Dali] dans le trait et les thématiques.»

Né à Barcelone en 1932, Jordi Bonet s'installe au Québec en 1954 et passe les dix dernières années de sa vie à Mont-Saint-Hilaire. Amputé d'un bras à l'âge de sept ans, l'artiste a néanmoins produit une oeuvre prolifique. On retrouve plusieurs de ses murales à Montréal et à Québec, notamment à la Place des Arts et au Grand Théâtre de la capitale. L'imposant sarcophage qu'il a réalisé en 1963 et qui est au coeur de l'exposition semble une oeuvre prémonitoire, alors qu'il meurt 15 ans plus tard, à l'âge prématuré de 47 ans.

Dali et Bonet, du surréalisme au mysticisme

Au Musée d'art de Mont-Saint-Hilaire jusqu'au 26 septembre