Stéphane Aquin remplacera Nathalie Bondil à la tête du MBAM

Le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) a son nouveau directeur général : après cinq ans d’absence, Stéphane Aquin revient au Musée par la grande porte et remplacera Nathalie Bondil. Sa nomination confirme aussi que Mary-Dailey Desmarais est maintenant, de facto, conservatrice en chef de l’institution.

Stéphane Aquin était depuis cinq ans conservateur en chef au prestigieux Smithsonian’s Hirshhorn Muséum and Sculpture Garden, établi à Washington. Membre de la Smithsonian Institute, c’est essentiellement le musée national américain d’art moderne et contemporain.

Auparavant, M. Aquin avait passé 17 ans comme conservateur de l’art contemporain au MBAM — il a donc travaillé plusieurs années sous la direction de Nathalie Bondil avant de partir pour Washington. Il avait déjà fait un premier séjour au Musée entre 1990 et 1992. Né à Montréal, le fils de l’écrivain Hubert Aquin a été en partie élevé aux États-Unis et en Suisse.

« Son impressionnante feuille de route, combinée à sa connaissance du MBAM, a fait de lui un candidat incontournable », indiquait jeudi Pierre Bourgie, nouveau président du conseil d’administration du Musée. « Il apporte une expertise hors du commun. » Le syndicat des employés, lui, a dit « accueillir cette nomination avec beaucoup d’espoir ».

Le conseil estime que la « renommée acquise au fil des ans par Stéphane Aquin, notamment grâce à sa grande connaissance non seulement de l’art moderne et contemporain, mais aussi de l’histoire de l’art dans son ensemble, et des défis auxquels font face les musées aujourd’hui, a fait de lui une figure importante de l’univers muséal mondial ». On évoque ainsi une « suite logique à une carrière déjà bien remplie ».

Joint peu après la confirmation de sa nomination, Stéphane Aquin a dit ressentir un « mélange d’enthousiasme et d’humilité devant la tâche à accomplir. Il y a vraiment une joie profonde de retrouver ce musée que j’aime plus que tout autre, de retrouver aussi des collègues, ces équipes… et ma ville natale ».

Desmarais gagne du galon

Stéphane Aquin connaît bien le contexte qui précède son arrivée. En juillet, le congédiement controversé de Nathalie Bondil — qui était à la fois directrice générale et conservatrice en chef — a en effet mis l’institution à l’envers.

Le conseil d’administration a montré la porte à celle qui était le visage public du Musée, après avoir déterminé que le climat de travail était « toxique » sous sa direction. Combative — elle vient d’ailleurs de déposer une poursuite de 2 millions de dollars contre le conseil —, Mme Bondil affirme pour sa part avoir été tassée à cause de son « refus d’entériner publiquement le processus irrégulier qui a mené à l’embauche de la directrice de la conservation du MBAM », Mary-Dailey Desmarais.

Ce nouveau poste a été créé ce printemps par le conseil d’administration en réponse aux recommandations d’une firme qui avait été chargée d’établir un « diagnostic du climat de travail » au Musée. L’objectif officiel était d’alléger les tâches de Nathalie Bondil et de mieux « soutenir l’équipe de la conservation ».

Mme Desmarais devait normalement relever de la conservatrice en chef, précisait le communiqué diffusé à sa nomination. Or, jeudi, le Musée a confirmé au Devoir que M. Aquin ne combinera pas les deux fonctions qu’exerçait Nathalie Bondil. Et que c’est bien Mme Desmarais qui « a les responsabilités de conservatrice en chef »… même si son titre reste « directrice de la conservation ».

Selon Stéphane Aquin, le modèle adopté par le MBAM avec Nathalie Bondil était une anomalie. « À ma connaissance, c’était unique en Amérique du Nord. La structure habituelle, c’est toujours d’avoir un directeur et un conservateur. C’est la norme. »

Contrairement à Mme Bondil, qui jugeait Mary-Dailey Desmarais trop « junior » pour occuper des fonctions aussi importantes, Stéphane Aquin ne tarit pas d’éloges à son égard — ils ont déjà travaillé ensemble. « Son talent, son jugement, ses connaissances, son parcours académique, tout est sans faille. »

Tourner la page

M. Aquin a dit jeudi que « le premier article à l’ordre du jour, c’est de rencontrer les équipes » — et de véritablement tourner la page sur l’épisode Bondil. « Dans les faits, la conjoncture est presque idéale : tout est au ralenti [à cause de la pandémie], on a l’occasion de réfléchir à comment on veut projeter le Musée, de le redéfinir. Et c’est un travail qui va se faire collectivement. Une institution, c’est la somme de toutes les personnes qui y travaillent. »

Parmi ses priorités artistiques, Stéphane Aquin cite d’emblée sa volonté de mieux inscrire le MBAM dans sa « nord-américanité ». « Après cinq ans aux États-Unis, je connais les conservateurs de tous les grands musées et je veux développer » cet axe, affirme-t-il.

Il souhaite aussi poursuivre le travail entamé autour de la diversité, « ces voix qui ont longtemps été supprimées, ignorées, jamais célébrées ». « Il y a un gros travail de réflexion, d’inclusion et d’écoute à faire. »

La nomination de Stéphane Aquin a par ailleurs été bien accueillie par la Fondation Riopelle, qui avait mis en suspens cet été son projet de créer une aile Riopelle au MBAM.