Double secousse au Musée des beaux-arts

Les braises de la saga qui perturbe le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) depuis juillet se sont réanimées vendredi. L’ancienne directrice générale du Musée, Nathalie Bondil, a en effet déposé une poursuite de deux millions contre le conseil d’administration qui l’a congédiée… cela, quelques heures à peine après la démission surprise du président du conseil, Michel de la Chenelière.

Mme Bondil soutient dans sa poursuite que les 21 membres du CA ont « orchestré, mené et continuent de mener, intentionnellement, une campagne de salissage et de destruction de [sa] réputation, dans le seul et unique but de masquer la véritable raison qui les ont poussés à [la] congédier intempestivement et malicieusement de ses fonctions de directrice générale et conservatrice en chef du MBAM. »

Selon la demande introductive d’instance en dommages et intérêts déposée devant la Cour supérieure, la vraie raison ayant mené au congédiement de Mme Bondil n’aurait rien à voir avec des problèmes de climat de travail « toxique » évoqués par le CA. Plutôt, c’est le « refus de Nathalie Bondil d’entériner publiquement le processus irrégulier qui a mené à l’embauche » d’une directrice de la conservation, Mary-Dailey Desmarais, qui en serait la cause.

La poursuite allègue que les différentes sorties publiques du CA — et de Michel de la Chenelière, plus particulièrement — ont « anéanti la réputation d’engagement et d’excellence » de Nathalie Bondil, qui serait « irrémédiablement détruite par les agissements fautifs des défendeurs ».

Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir L’ancienne directrice générale du Musée, Nathalie Bondil

Nathalie Bondil demande donc une somme d’un million en réparation des dommages moraux, et un autre million en dommages-intérêts punitifs pour « les atteintes illicites et intentionnelles portées à ses droits fondamentaux de sauvegarde de sa dignité, de son honneur et de sa réputation ».

« Les avocats du Musée ont avisé le conseil d’administration de la transmission d’une telle poursuite. Ils verront à y donner suite en temps utile », a indiqué au Devoir le MBAM.

Sa version

Le document de près de 50 pages — dont les allégations n’ont pas été prouvées devant les tribunaux — documente autrement en long et en large la version des faits de Nathalie Bondil, qui s’était déjà exprimée dans les médias après son congédiement. Il tente de mettre en lumière que Mme Bondil n’a jamais eu la chance de corriger ce qu’on lui a par la suite reproché concernant les relations de travail.

Surtout, il détaille ses prétentions voulant que le conseil d’administration ait imposé la nomination de Mary-Dailey Desmarais, cela, au mépris des règles de bonne gouvernance. Nathalie Bondil estimait que son « profil junior » ne convenait pas pour le poste.

Rappelons que le conseil d’administration avait décidé au début de 2020 de créer ce nouveau poste afin d’alléger les tâches de Nathalie Bondil. C’était là l’une des recommandations d’un rapport produit par une firme indépendante, qui avait été chargée d’établir un diagnostic sur le climat de travail au Musée, et qui avait noté que Mme Bondil était « surchargée » et avait une tendance à la « microgestion ».

Depuis juillet, le CA justifie le renvoi de la flamboyante directrice générale par « son inflexibilité et son déni à l’égard de plusieurs constats » du diagnostic, et parce qu’elle aurait tenté de « détourner le processus d’embauche » de Mme Desmarais.

La poursuite de Nathalie Bondil montre par ailleurs qu’elle touchera son plein salaire jusqu’à la fin prévue de son contrat, en juin 2021.

On ignore si la démission de Michel de la Chenelière est liée au dépôt de la poursuite. Mais elle survient à deux semaines d’une importante assemblée générale des membres du Musée, où son poste d’administrateur sera soumis à un vote des membres. Le MBAM a confirmé au Devoir que M. de la Chenelière demeure candidat à sa réélection — sa démission ne concerne que la présidence du conseil.

Le mécène, qui assurait l’intérim à la direction générale du Musée, a dit partir pour permettre au Musée de « véritablement entrer dans une nouvelle ère de développement ». C’est Pierre Bourgie qui a été désigné par le conseil d’administration pour lui succéder… cela après avoir été d’abord désigné pour remplacer un administrateur (Jonathan Deitcher, qui a démissionné aux fins de l’exercice).

En entretien avec Le Devoir (avant le dépôt de la poursuite de Mme Bondil), M. Bourgie a souligné sa volonté de tourner la page sur l’affaire Bondil. « Pour moi, c’est du passé. Ce qui a été dit a été dit. Mme Bondil est partie, c’est terminé, on met nos énergies » à trouver une personne pour lui succéder. Il avait fait une sortie en juillet pour appuyer la décision du conseil d’administration de renvoyer Nathalie Bondil.

M. Bourgie a soutenu ne pas savoir ce qui se trouve dans le rapport qu’un expert indépendant vient de remettre à la ministre de la Culture, Nathalie Roy — il était chargé d’étudier la gouvernance du Musée dans le contexte du renvoi de Mme Bondil. « Je ne l’ai pas lu. Mais je regarde en avant… Le rapport dira ce qu’il dira, ça ne m’inquiète pas. Quand ça va sortir, on va en prendre acte, et on s’ajustera » au besoin, a-t-il dit.

À voir en vidéo