Le Conseil des arts du Canada s’inquiète de la situation au MBAM

Le CAC offre au MBAM une subvention pluriannuelle de 450 000$ par année.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le CAC offre au MBAM une subvention pluriannuelle de 450 000$ par année.

Le Conseil des arts du Canada (CAC), un organisme qui subventionne le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), a attribué à l’institution muséale la cote de « situation inquiétante », en raison de la tourmente entourant le départ forcé de sa directrice générale Nathalie Bondil par le conseil d’administration. Le directeur du CAC, Simon Brault, souligne qu’il existe là « des enjeux pour la suite des choses ».

Le CAC offre au MBAM une subvention pluriannuelle dite de base, de 450 000 $ par année, pour contribuer au fonctionnement du musée. « Des conditions particulières s’appliquent, a expliqué le CAC par courriel. La nature très publique de la crise actuelle, combinée à des problèmes liés à la santé organisationnelle, au leadership, à la gouvernance et à la gestion des ressources humaines, a fait en sorte que nous avons dû informer le musée qu’il avait reçu une cote de situation inquiétante. »

L’application de la cote de « situation inquiétante », dont l’annonce a initialement été transmise au Art Newspaper, est attribuée par le CAC « à une organisation en situation d’instabilité organisationnelle » et permet au subventionneur de suivre de plus près sa situation.

Selon le directeur du CAC, Simon Brault, cette cote est « presque automatique » quand survient « une situation où les investissements du conseil sont potentiellement à risque ». Il donne l’exemple d’allégations publiques « comme on en a eu il y a quelques années avec le théâtre Soulpepper », ou celui hypothétique du décès accidentel de la directrice d’un théâtre, qui engendrerait aussi cette cote de « situation inquiétante ».

Simon Brault est-il inquiet de la situation du MBAM ? « Mais bien sûr. Bien sûr que, quand on émet quelque chose comme ça, c’est parce qu’on a des raisons de croire que la situation n’est pas “normale”, qu’il y a des enjeux pour la suite des choses », explique-t-il.

Cette cote de « situation inquiétante » n’entraîne pas nécessairement la réduction des sommes versées au MBAM, mais permet par exemple au CAC de retenir un versement de la subvention jusqu’à ce que certaines conditions soient remplies. « Ça devient une condition pour maintenir la relation de subventions avec le CAC, mais on ne réduit pas leur subvention ». La cote n’affecte toutefois pas les aides financières du CAC à des projets précis, pour le numérique par exemple.

Dans un échange de courriels, le service des communications du Conseil précise aussi que le musée, comme plusieurs centaines d’organismes, « a reçu une avance de 35 % sur sa subvention de 2020 pour l’aider à contrer les impacts budgétaires de la COVID-19 ». À ce stade, il n’y a aucune condition rattachée à la cote de « situation inquiétante » qui affecte le montant attribué.

Le CAC a envoyé une lettre au MBAM lui demandant des détails sur l’état des ressources humaines, sur la situation entourant l’embauche d’une nouvelle direction et sur la gouvernance du musée, soit les liens entre la direction et le conseil d’administration. « Normalement, nous accordons quelques semaines aux organismes pour répondre à ce type de demandes, mais nous restons flexibles advenant le cas où l’organisme aurait besoin d’un délai plus long. »

Au sujet du climat de travail interne au MBAM, « on sait que le C.A. dit que le rapport ne peut pas être rendu public, parce qu’il y a des informations nominales, mais quand même, les conclusions du rapport, on va souhaiter les connaître », affirme Simon Brault. La gestion de la crise présente sera aussi au centre des préoccupations du CAC. « À court terme, comment s’assurer, si la direction est assumée par le conseil exécutif, qu’il n’est pas en conflit d’intérêts avec ses propres décisions ? »

Bondil au C.A. du CAC

Simon Brault ne voit pas de tension interne du fait que Nathalie Bondil soit vice-présidente du conseil d’administration du CAC. « L’imposition de la nouvelle cote n’implique pas le C.A. », note M. Brault, qui n’est pas du Conseil.

« De toute façon, dans n’importe quelle situation qui touche le MBAM et qui est présentée au conseil d’administration, Nathalie ne pourrait pas faire partie de la discussion. Elle devrait se récuser en raison de nos règles sur les conflits d’intérêts. La politique est suivie. »

Le plus important subventionneur du MBAM est le ministère de la Culture et des Communications, qui a octroyé cette année 16 millions à l’établissement de la rue Sherbrooke.

Joint par Le Devoir, le MBAM n’a pas voulu commenter la situation.

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