Nathalie Bondil est la seule responsable de son départ du MBAM, dit le C.A.

De nombreux visiteurs masqués étaient présents lors de la réouverture du Musée des beaux-arts de Montréal, au début du mois de juin.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne De nombreux visiteurs masqués étaient présents lors de la réouverture du Musée des beaux-arts de Montréal, au début du mois de juin.

Quoi qu’en dise publiquement Nathalie Bondil, c’est son refus de s’attaquer aux problèmes de relations de travail au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) qui explique son congédiement, a réitéré mercredi le conseil d’administration de l’institution — dont une autre décision a été chaudement applaudie par l’équipe de conservation du Musée.

« Les motifs du départ de Nathalie Bondil [directrice générale et conservatrice en chef du MBAM] sont essentiellement son inflexibilité et son déni à l’égard de plusieurs constats et conclusions pourtant sans appel du rapport indépendant sur les problématiques du climat de travail », a indiqué le C.A. mercredi soir en réponse à une série de questions du Devoir.

Le conseil dit avoir « tenté pendant plusieurs mois d’accompagner Mme Bondil afin qu’elle puisse mettre en place » les solutions avancées dans le diagnostic sur le climat de travail. Son « refus » de le faire a entraîné « une dégradation encore plus importante du climat de travail malsain », soutient-on.

« Elle n’a d’ailleurs pas donné suite à des doléances du personnel, ne reconnaissant pas ainsi la gravité de ces problèmes, et ne s’est pas assurée que les correctifs appropriés soient apportés. »

Dans des entrevues accordées mardi, Mme Bondil faisait valoir qu’elle n’a pas eu le temps de corriger les lacunes soulevées par la firme indépendante. Celle-ci a remis son rapport le 28 février dernier.

Les motifs du départ de Nathalie Bondil sont essentiellement son inflexibilité et son déni à l’égard de plusieurs constats et conclusions pourtant sans appel du rapport indépendant sur les problématiques du climat de travail

 

Or, le C.A. souligne dans sa communication que les « événements reprochés à Mme Bondil datent du début de l’automne 2019, et précèdent même cette période ».

Il mentionne surtout que les « recommandations du rapport étaient variées », mais passaient par une « acceptation essentielle, notamment par Mme Bondil, des problématiques soulevées ».

Selon le C.A., les recommandations faisaient référence « entre autres à divers correctifs relativement à la gestion des relations interpersonnelles, et à la nécessité dans les circonstances de revoir la structure organisationnelle du Musée ». C’est ce qui a entraîné la création du poste de directrice de la conservation, obtenu par Mary-Dailey Desmarais.

Différentes voix se sont fait entendre pour dire que le C.A. (et son président, Michel de la Chenelière) aurait outrepassé son mandat dans ce dossier. Le conseil rétorque qu’il a « tenté de respecter la distanciation habituelle voulant qu’il n’intervienne pas dans la gestion interne du Musée. Mais lorsque l’attitude et le comportement de sa directrice générale sont [devenus] à ce point problématiques, il n’a [eu] d’autre choix que d’intervenir ».

En ce qui concerne les membres et les donateurs qui ont vivement réagi au renvoi de Nathalie Bondil, le C.A. souhaite qu’ils « comprennent que les lois applicables en matière de milieu de travail, dont la Loi sur les normes du travail, doivent être respectées ».

Desmarais applaudie

Par ailleurs, la journée de mercredi a été marquée par une rare sortie de l’équipe des « professionnels de la Direction de la conservation » du Musée, qui a manifesté par communiqué un soutien sans équivoque à Mary-Dailey Desmarais — membre d’une famille influente au sein du MBAM.

« Depuis quelques jours, la question de sa nomination a suscité de nombreux commentaires souvent néfastes pour sa réputation et celle du Musée », écrivent les 11 signataires. Il convenait, selon eux, de corriger le tir.

Les conservateurs se disent ainsi « convaincus que la formation exceptionnelle de Mary-Dailey Desmarais […] ainsi que son expérience en tant que conservatrice déjà en poste au Musée feront d’elle une dirigeante appréciée et digne de confiance au sein de l’équipe de la Conservation ».

Ils soulignent également que Mme Desmarais a « gagné [leur] profond respect par son ouverture à la collaboration, son intelligence, sa capacité d’écoute et d’apprentissage rapide, sa discrétion, sa modestie, son intégrité et la qualité de ses publications savantes ».

Le choix de ces mots n’est pas anodin dans le contexte actuel. Lundi, le communiqué annonçant le renvoi de Nathalie Bondil évoquait la « dégradation importante et multifactorielle du climat de travail, qualifié par certains employés de “toxique” ».

Opposition

Plusieurs témoignages recueillis par Le Devoir depuis une semaine auprès d’anciens employés confirment l’importance de ce problème au sein de l’institution.

Mais Mme Bondil estime pour sa part que son congédiement est plutôt lié à son opposition à la nomination de Mme Desmarais. Elle dénonçait le fait que le processus de sélection a laissé de côté le comité de direction du Musée et soutenait que celui-ci avait été tendancieux dès le départ. Selon elle, Mme Desmarais n’aurait pas dû obtenir un poste aussi « senior ». Elle « a très peu d’expérience, elle n’a jamais géré d’équipe ».

Nathalie Bondil misait sur une autre candidature, mieux classée selon la « grille d’évaluation » des quatre candidates finalistes. Mais plusieurs sources contactées par Le Devoir dans les derniers jours ont remis en doute le classement qui en a découlé, notamment la forte évaluation de celle qui est arrivée première. La sortie des conservateurs ajoute un éclairage interne sur le choix final.

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