Se (re)plonger dans les collections du MAC

Isabelle Delorme Collaboration spéciale
La peinture canadienne et québécoise sera à l’honneur dans l’exposition «Peindre la nature avec un miroir». Détail de «Cultural Heroine» (Héroïne culturelle), 1985, Joanne Tod.
Image: Collection du Musée d'art contemporain de Montréal La peinture canadienne et québécoise sera à l’honneur dans l’exposition «Peindre la nature avec un miroir». Détail de «Cultural Heroine» (Héroïne culturelle), 1985, Joanne Tod.

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Cette fois, ce ne sont pas les projets de transformation qui ont conduit le Musée d’art contemporain (MAC) à fermer, mais la pandémie. Cela étant, l’enchaînement récent d’événements imprévus a donné au musée un coup d’avance, si l’on peut dire. Car cela faisait déjà plusieurs mois que le musée avait prévu de faire découvrir l’art autrement que par de grandes expositions impliquant la circulation d’œuvres à l’échelle internationale. Cet été, le MAC fera donc la part belle aux merveilles de sa collection et aux artistes locaux.

Réouverture pour la Saint-Jean

C’est le 24 juin que le MAC ouvrira ses portes, en offrant à cette occasion une journée gratuite aux visiteurs. Distanciation oblige, chacun devra acheter son billet et réserver sa plage horaire en ligne.

« Le report des travaux nous a rendus très proactifs ! », lance Lesley Johnstone, cheffe des expositions et de l’éducation au MAC. « Cela nous a obligés à une souplesse et à une flexibilité qui nous sont utiles en ce moment, car nous n’avons pas une programmation établie depuis plusieurs années », explique-t-elle. Le musée a décidé de prolonger jusqu’au mois d’août deux expositions en place lors de la fermeture, pour lesquelles il a puisé dans ses réserves.

Dans Peindre la nature avec un miroir, le public peut redécouvrir l’audace de la peinture canadienne et québécoise dans les années 1980, une période où l’on a assisté à un retour de la figuration, dont la peinture contemporaine porte encore l’empreinte. « Lorsque nous organisons des expositions autour d’œuvres plus anciennes, nous souhaitons toujours que cela résonne avec ce qui se passe aujourd’hui », commente Lesley Johnstone, qui note la résurgence d’œuvres figuratives à l’heure actuelle. Selon la spécialiste de l’art contemporain, les périodes de bouleversements sociaux, politiques ou identitaires sont souvent des moments où la figuration revient.

Dans la deuxième exposition, Points de lumière, le public a rendez-vous avec les images en mouvement de six œuvres de Jean-Luc Godard et d’autres artistes, produites sur une période d’une quarantaine d’années. Une exposition qui donne un aperçu de la diversité des œuvres vidéographiques appartenant au musée.

À partir du 4 juillet, le musée présentera également deux œuvres vidéo de l’artiste montréalais Jon Rafman, à la résonance particulière en cette période post-confinement. « Jon Rafman a beaucoup puisé dans les images que l’Internet produit et rend disponibles, explique Lesley Johnstone. Nous présenterons ces deux œuvres inquiétantes créées avec des avatars sans visages, qui dressent un portrait assez terrifiant de la déshumanisation en cours avec Internet et le monde numérique virtuel. C’est très fort, mais prenant ! » annonce la cheffe des expositions. 

Des rendez-vous et des ateliers virtuels

Le 30 juin, le MAC a invité la danseuse et chorégraphe Marie Chouinard à faire découvrir au public l’oeuvre performance Jardin de sculptures éphémères, qui sera filmée au musée et présentée virtuellement. « C’est une façon pour nous de soutenir les difficultés des arts de la scène », souligne Lesley Johnstone, qui se réjouit de poursuivre la relation entretenue avec celle qui a déjà présenté des dessins et des textes au MAC. Dans cette chorégraphie, deux danseuses évolueront lentement sur des blocs rectangulaires de bois, sur la musique composée par Louis Dufort, épousant le détail raffiné de leurs mouvements selon une progression hypnotisante et dramatique.

Le musée continuera à programmer des captations de performances réalisées dans ses murs, comme il l’a fait pendant le confinement. Le public pourra en particulier revoir au mois de juillet des performances réalisées au cours du festival Émerge, qui s’est tenu l’automne dernier au MAC.

Pour inciter le public à mettre la main à la pâte à la maison, le musée poursuivra par ailleurs tout au long de l’été la série de six ateliers virtuels commencée avec le projet Chute, de David Eliott. « Nous avons travaillé à faire découvrir une oeuvre et à développer une activité créative que l’on peut faire à la maison avec des matériaux très simples », explique Lesley Johnstone, qui prépare également la mise en place d’activités familiales au musée.

Garder le lien physique

Sous réserve que les mesures de déconfinement le permettent, le MAC espère accueillir dès le 7 juillet des familles sur rendez-vous pour une visite privilégiée avec un guide, suivie d’un atelier. Une belle occasion de réfléchir en famille à ce que les oeuvres nous disent et de s’essayer à la création. Le musée proposera également des visites VIP, qui permettront de prendre rendez-vous avec un guide à des horaires précis réservés.

« Nous souhaitons garder le lien avec nos visiteurs, et nous sommes très chanceux, car nous avons de grands espaces», se réjouit Lesley Johnstone. Elle promet une expérience très agréable où l’on pourra passer du temps avec les oeuvres sans se sentir bousculé.

À la rentrée, le musée promet par ailleurs un automne très québécois, qui célébrera la diversité de la pratique artistique locale. Encore une occasion de renouer avec l’art et la matérialité après tout ce temps passé devant un écran.