Soignantes en temps d’épidémie

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
La salle Saint-Patrice de l’Hôtel-Dieu de Montréal, après 1888
Archives des RHSJM La salle Saint-Patrice de l’Hôtel-Dieu de Montréal, après 1888

Ce texte fait partie du cahier spécial La culture dans votre salon

Le Musée des Hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Montréal offre le point de vue des soignantes, aux premières loges des multiples épidémies qu’a traversées la métropole.

Le texte d’une soignante, qui a côtoyé à l’hôpital des personnes contaminées, circule par l’entremise des médias sociaux. Il exprime toute sa détresse vécue durant cette épidémie… de 1734. L’une des Hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Montréal relate son expérience lorsque Montréal aété frappée par ce que l’on appelait la « fièvre maligne ». Difficile de déterminer la nature exacte de cette maladie, mais sa contagion était assurément meurtrière. « Nous étions dans un abandon total, personne,avec raison, n’osant approcher de nous », a-t-elle écrit. « Tout le monde avait autant peur de nous et de tout ce qui pouvait nous avoir touchées que de la maladie elle-même. »

Le Musée des Hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Montréal a eu l’idée de partager l’extrait sur Facebook,Twitter et Instagram. « Je trouvais qu’il y avait beaucoup de ressemblance avec la situation dans laquelle on vit aujourd’hui », explique Charlotte Moreau de la Fuente, agente à l’éducation et à la programmation culturelle de l’établissement muséal, qui a mis en ligne ce passage. Elle a aussi rédigé une série de capsules rappelant comment ces religieuses ont vécu au front les différentes épidémies qui ont jalonné l’histoire de la métropole, de la « fièvre maligne » de 1734 à la grippe « espagnole » de 1918. Ces dernières ont été sur la ligne de front lorsque la variole a tué 3000 Montréalais en 1885. L’Hôtel-Dieu s’est révélé en fait l’épicentre de l’épidémie après avoir accueilli un premier conducteur de train infecté, puis près de 4000 autres malades dans ses 250 lits.

Pour rédiger ces capsules, Charlotte Moreau de la Fuente a pu consulter les riches annales tenues par les Hospitalières depuis le XVIIe siècle. « C’est passionnant d’avoir accès aux archives et pouvoir lire ce que les Hospitalières ressentaient », souligne-t-elle. « En 1918, par exemple, l’Hôtel-Dieu va perdre un médecin. Juste dans la manière d’écrire, on constate qu’elles sont en deuil et sont remuées. » Même les informations sur les admissions, les décès et les congés qu’elles colligeaient chaque jour permettent de déterminer à rebours les pics des différentes épidémies.

« L’Hôtel-Dieu est là depuis les tout débuts en 1642, donc c’est peut-être le seul lieu de Montréal qui a connu toutes les crises sanitaires,rappelle Paul Labonne, directeur général du Musée des Hospitalières. Avec ce recul, on est capable de voir comment Montréal a réussi à gérer, puis à contenir les épidémies à travers le temps. » Une ressource exceptionnelle en ces temps de pandémie, durant lesquels revisiter l’histoire des soins de santé semble plus à propos que jamais.