Créer des ponts entre le matériel

Catherine Couturier Collaboration spéciale
Giorgia Volpe, «Paysages domestiques», 2001-2017
Photo: Guy Samson Giorgia Volpe, «Paysages domestiques», 2001-2017

Ce texte fait partie du cahier spécial La culture dans votre salon

La Galerie a tout d’abord organisé ses archives numériques pour créer des thématiques : art et femme, art et militantisme politique… « Nous avons eu le premier réflexe de retraverser nos archives numériques et nos espaces de documentation et de les réarranger. On refabrique du contenu pour rester connectés avec les gens qui nous fréquentent », explique Mme Déry. Les préposés à l’accueil de la Galerie se sont transformés en préposés à l’accueil numérique, et s’affairent à créer des ponts entre le matériel (clips, œuvres, catalogues, etc.)

La Galerie s’intéresse aux expositions virtuelles depuis plusieurs années, et a poussé l’exercice au-delà du simple carrousel de photo. L’exposition L’art au Canada comme acte d’histoire, mise en ligne en 2018, connaît ainsi un deuxième souffle pendant la pandémie. L’exposition revisite l’histoire canadienne au fil de 150 œuvres d’art, offrant un regard différent et inventif sur les événements.

La fermeture des lieux physique a également obligé la réinvention de l’exposition Ce qui du monde se prélève permet à l’œil de s’ouvrir, qui devait ouvrir prochainement. « En 15 jours, on a dû complètement repenser l’exposition pour l’Internet », confie la directrice. Le projet laboratoire est conçu par le Collectif 20, un groupe d’étudiants du Département d’histoire de l’art à l’UQAM, et met en vedette quatre artistes.

Alors que les expositions virtuelles prolongent le plus souvent l’expérience en chair et en os de la visite muséale, Louise Déry souhaite renverser le paradigme en ces temps étranges. « On aimerait être des leaders de notre propre milieu et créer des initiatives pour venir en aide aux commissaires pigistes et aux artistes, qui vivent une grande période de précarité », explique-t-elle.

La directrice de La Galerie reste d’ailleurs en contact avec les artistes d’ici : « On sent beaucoup d’anxiété. La concentration n’est pas la même, les fournisseurs ne sont plus là », confie-t-elle. Les artistes qu’elle veut mettre en vedette dans son prochain projet viendront du Québec. « C’est plus important que jamais ; le ressort de la mondialisation vient de nous frapper au visage. Ça nous fait beaucoup réfléchir », conclut-elle.