Une soif d’authenticité

Rose Carine Henriquez Collaboration spéciale
La galerie d’art Antoine-Sirois de l’Université de Sherbrooke
François Lafrance La galerie d’art Antoine-Sirois de l’Université de Sherbrooke

Ce texte fait partie du cahier spécial La culture dans votre salon

En contexte de pandémie mondiale, les musées ont perdu le lien physique avec leurs publics. Avec beaucoup de créativité, des expériences virtuelles ont vu le jour, participant à maintenir et à enrichir ce lien, mais le questionnement sur le rapport réel à l’objet et le rapport virtuel subsiste.

« Les musées ont su garder un contact, lance Stéphane Chagnon, directeur général de la Société des musées du Québec (SMQ), qui compte 400 membres. Ils ont su se réinventer. Ils tiennent à parler de leurs œuvres, ils transmettent, ils témoignent pour la postérité de ce que l’on vit présentement. » Toutefois, selon lui, les moyens technologiques utilisés dans la conception de ces initiatives ne doivent pas occulter le rôle social et éducatif du musée.

De ce fait, l’offre n’a jamais été aussi accessible qu’aujourd’hui. Les œuvres, les collections et les expositions du monde entier sont au bout de nos doigts. Ce qui crée des occasions dans le développement des publics — un enjeu primordial dans le secteur muséal —, surtout dans la tranche d’âge des 18 à 35 ans selon le directeur. « Avec tous les contenus multimédias, les réseaux sociaux, les visites virtuelles dans le monde, la réalité virtuelle et augmentée, c’est une occasion pour conquérir les jeunes publics », déclare M. Chagnon.

À l’inverse, il reste à surveiller la fréquentation des expériences en ligne des visiteurs plus âgés, qui constitue une grande partie des publics des musées. « Cette tranche de la population est moins familiarisée avec la technologie, soutient-il. Il faudrait voir comment les musées ont su garder contact avec eux, ce serait intéressant d’avoir des enquêtes statistiques là-dessus. »

Les écueils du chemin

En mai, trois provinces canadiennes ont autorisé l’ouverture des musées : le Manitoba, l’Alberta et la Colombie-Britannique. La SMQ espère que la réouverture des musées québécois pourra se faire durant l’été. Pour cela, certaines conditions doivent être réunies, comme la mise en place d’un plan d’intervention sanitaire sur lequel travaille la SMQ et qui devra être suivi par les musées.

Les scénarios post-confinement sont encore plus déterminants. « Il y a tout le défi de l’installation des procédures, le respect de la distanciation physique, et ça va avoir un impact directement sur l’expérience des visites, renchérit-il. Avant de retrouver nos visiteurs, il va falloir retrouver leur confiance et c’est le plus important. »

L’expérience in situ ne sera plus la même, prévoit Stéphane Chagnon, mais il n’y a pas que des contraintes qui se profilent à l’horizon. « Imaginez que vous allez vous retrouver dans des salles d’exposition où le ratio de visiteurs par salle va être contrôlé et où l’on va avoir accès à des espaces de déambulation qu’on n’avait pas. C’est comme marcher la nuit dans les rues, on va avoir l’impression que les espaces nous appartiennent. »

Du 11 au 19 avril dernier, le studio stratégique Habo a mené une étude auprès des consommateurs québécois quant à l’évolution de leur attitude envers le divertissement. Même si le déconfinement suscite des craintes, les musées soulèvent des inquiétudes moins élevées que d’autres secteurs culturels. « Je crois aussi que l’expérience physique avec l’œuvre, les vestiges ou les artefacts va toujours demeurer une expérience unique et profondément authentique que les expériences virtuelles ne vont pas remplacer, mais qui vont aller de pair », avance Stéphane Chagnon.