Alexandra Bastien, artiste polymorphe

Le premier ministre François Legault fait partie des personnalités dont l’artiste de «bodypainting»<i> </i>Alexandra Bastien a pris l’apparence lors de ses transformations devant la caméra.
Photo: Alexandra Bastien Le premier ministre François Legault fait partie des personnalités dont l’artiste de «bodypainting» Alexandra Bastien a pris l’apparence lors de ses transformations devant la caméra.

Depuis quelques semaines, les vidéos mises en ligne par Alexandra Bastien, qui proposent des imitations de François Legault et d’Horacio Arruda, mais aussi de René Lévesque, de Donald Trump, d’Édith Piaf ou de Pôpa et Môman de La petite vie, sont devenues virales. À tel point que l’artiste s’est associée à un groupe de Québec pour en produire davantage.

Jusqu’à récemment, Alexandra Bastien pratiquait l’enseignement des arts auprès des personnes âgées dans un CHSLD, et le bodypainting dans des festivals à travers le monde. Autant dire qu’elle a perdu tous ses revenus d’un seul coup.

« Quand l’annonce de la pandémie est arrivée, je me suis retrouvée sans travail pour une année complète. J’ai été sous le choc pendant trois jours », raconte-t-elle.

Confinée seule avec son chien dans sa maison de L’Assomption, lorsque la pandémie a frappé, elle cherchait une façon de s’engager, elle qui a déjà appuyé de nombreuses causes. Elle décide d’essayer de se peindre elle-même, elle qui a toujours peint des clients ou des mannequins.

Armée de ses bâtons de maquillage, elle choisit d’abord de se transformer en François Legault. « Je me suis dit : “Je vais faire une petite capsule pour le remercier de tenir le fort.” » Le lendemain, la vidéo était devenue virale.

Seule à la maison, elle doit, pour la première fois, maquiller son propre corps. Elle étudie la gestuelle et les mimiques du premier ministre.

Photo: Alexandra Bastien Les inspirations d'Alexandra Bastien sont issues d'univers variés, de Moman dans «La petite vie» à Iron Man.

« C’est vrai que je peins sur des mannequins, mais peindre sur moi, c’est une autre affaire, avec un miroir qui reflète à l’envers. Je ne savais pas que je pouvais me transformer en n’importe quoi, je ne savais pas que je pouvais bien jouer, imiter, chanter même », s’étonne-t-elle.

Passionnée, elle se met à travailler 15 à 20 heures par jour et enchaîne les capsules. Elle se métamorphose en René Lévesque, qui murmure « ça va bien aller » après avoir lancé « je n’ai jamais été aussi fier d’être Québécois ». Au bout de son téléphone, elle devient Édith Piaf, Céline Dion ou Guy A. Lepage. « Ça a fait du bien à bien des gens », a-t-elle constaté.

Avec des décors et des costumes qu’elle confectionne complètement seule et à la main, elle tourne un épisode de La petite vie au temps de la COVID-19, en jouant successivement Pôpa et Môman.

« Je n’avais aucun costume, rien du tout. J’ai tout fabriqué avec les moyens du bord, avec ce que j’avais à la maison », raconte-t-elle.

Une croissance « exponentielle »

Les ressemblances sont frappantes. Mais jusque-là, les capsules sont à peu près muettes et Alexandra Bastien se contente de mimer ses personnages.

Puis, à l’épicerie, des voisins lui demandent de tourner des capsules du personnage de Criquette Rockwell, personnifiée par Anne Dorval, dans feu la série comique Le cœur a ses raisons.

Avec une caméra du studio Osmoz installée dans son sous-sol, Alexandra Bastien continue de tourner son one woman show, dont les images sont désormais traitées chez Osmoz. Ses personnages, surgis du passé, font face à la crise, avec de l’eau de javel et des plans de déconfinement.

« Ça a grossi de manière exponentielle, dit-elle. J’essaie de transformer ça en gagne-pain. Je veux garder ma maison. Survivre. »

J’ai tout fabriqué avec les moyens du bord, avec ce que j’avais à la maison

 

Plusieurs entreprises l’ont déjà approchée pour signer des contrats. Et elle souhaiterait établir des partenariats.

« On n’a pas le choix, il faut faire le virage, trouver des plateformes virtuelles , dit-elle. Je n’avais pas planifié ça. C’est un genre de révélation. »

Forte de milliers d’identités potentielles, elle cumule les projets, rêve d’un hommage à Frida Kahlo ou à Patrick Bourgeoys, des B. B., alias les Beaux Blonds.

« J’ai tellement d’idées de sketchs que ça me réveille la nuit », dit-elle. Elle attend le jour où elle pourra rencontrer en personne ses partenaires d’Osmoz. Quant aux clients du CHSLD où elle travaillait, plusieurs ont déjà été emportés par la maladie. « C’est quand même difficile. Je n’ai pas pu leur dire au revoir. » Elle a perdu contact avec de nombreux autres, parmi les moins autonomes. Mais il lui arrive quand même de converser, sous sa véritable identité, avec certains membres de son ancienne clientèle, par FaceTime, dans leur chambre d’hôpital.

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