Sculptures et identité

À la galerie Circa, l'exposition La Sculpture et le Vent — ce titre est inspiré par la phrase de Jean Giono citée en épigraphe du catalogue: «Je suis seulement l'ouvreur de fenêtres, le vent entrera après tout seul» —, présente les oeuvres de plusieurs sculptrices du Québec des années 70 à nos jours et montre l'importance et la richesse de la contribution des femmes à l'histoire de la sculpture contemporaine. Pour les commissaires, Serge Fisette et Rose-Marie Arbour, ces artistes ont «contribué à faire éclater certaines frontières étanches de naguère et favorisé l'apparition de pratiques et enjeux nouveaux». D'une certaine manière, c'est un complément à l'exposition L'École des femmes, présentée l'hiver dernier au Musée de Joliette et qui rassemblait des artistes canadiennes.

Une identité propre

L'exposition de la galerie Circa réunit seize artistes. Certaines sont connues, comme Jocelyne Alloucherie, Barbara Steinman ou Françoise Sullivan, d'autres moins. Les oeuvres ne présentent pas de similarités formelles et ne suivent pas un arrangement thématique. L'exposition apparaît plutôt comme un survol de différentes formes de sculptures.

De la sculpture sur métal (le Sans titre de 1967 de Françoise Sullivan) à la sculpture sur verre (Lieudit de Lisette Lemieux), ou au travail holographique de Marie Christine Mathieu (une installation interactive sur ordinateur), les différentes pièces témoignent des nombreuses formes que peut recouvrir le mot «sculpture». Dans une salle consacrée aux projets «d'intégration à l'architecture» sont exposées des maquettes, comme celle de Marie-France Brière, qui sera réalisée en 2005 pour le nouveau pavillon de musique de McGill, ou celle de Rose-Marie Goulet pour le collège Dawson.

Une vidéo, dans laquelle les différentes artistes discutent de la dimension féminine de leur travail sculptural, rend l'exposition particulièrement intéressante. On voit ainsi des «pionnières», comme Yvette Bisson et Sylvia Daoust, évoquer leurs difficultés pour s'intégrer dans les cours de sculpture et s'imposer dans l'environnement exclusivement masculin des années 50.

Si toutes les artistes insistent sur l'importance de leur identité féminine dans leur travail, la plupart se défendent pourtant de voir leur oeuvre uniquement interprétée dans le contexte féministe. L'exposition ne cherche d'ailleurs pas à faire une comparaison entre la sculpture des femmes et celle des hommes. On veut surtout, par un rassemblement intelligent, faire apparaître la richesse et la diversité des oeuvres présentées. Une manière de montrer peut-être que, malgré leur retard, les sculptrices ont réussi à percer véritablement en développant une identité propre.

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