Bradley et Ertaskiran, un duo qui voit grand

Megan Bradley et Antoine Ertaskiran, copropriétaires de la nouvelle galerie Bradley Ertaskiran, qui remplace l’ancienne Parisian Laundry.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Megan Bradley et Antoine Ertaskiran, copropriétaires de la nouvelle galerie Bradley Ertaskiran, qui remplace l’ancienne Parisian Laundry.

La transformation de la galerie Parisian Laundry en Bradley Ertaskiran se fera mieux sentir avec le temps et les programmations qui se succéderont rue Saint-Antoine. Mais déjà, à une semaine et des poussières de l’exposition inaugurale, le nouveau duo d’affaires — Megan Bradley et Antoine Ertaskiran — a déjà tracé sa voie.

« On a changé la galerie, je ne sais pas si tu as remarqué », disent presque en chœur les deux galeristes, en guise d’accueil. Les six colonnes au centre de la grande salle d’exposition dominent encore. Elles sont désormais blanches. Finie la boiserie, du moins dans cette partie névralgique à toute galerie. Recouvrir les colonnes, « c’était le gros truc » à faire, selon Antoine Ertaskiran.

« C’est difficile d’entrer en compétition avec les aspects architecturaux du bâtiment. On a voulu rendre ça plus épuré, comme un white cube », explique Megan Bradley. La nouvelle galerie sera portée par cette volonté, celle de laisser toute la place à l’art. Mais on ne transforme pas aussi facilement un lieu, surtout quand il ne nous appartient pas — Bradley Ertaskiran est locataire. C’est sur le squelette de la défunte Parisian Laundry (2007-2019) que s’écouleront les prochains mois. Y compris dans le bunker du sous-sol, espace en béton plus propice à l’expérimentation et à la rupture avec… le cube blanc.

À deux, c’est mieux

« Moi, dit Antoine Ertaskiran, c’est à la grandeur du lieu qu’il faudra que je m’habitue. » Après sept ans à la tête de la galerie qui portait son nom, établie dans le quartier voisin, il cherchait un nouvel élan. Ici, à Saint-Henri, il sera servi. Il cherchait à prendre de l’expansion.

Annoncée en novembre, la naissance de la galerie Bradley Ertaskiran découle de la fermeture de deux enseignes renommées, les galeries Antoine Ertaskiran et Parisian Laundry. Megan Bradley, jusque-là directrice de la seconde, voulait voler de ses propres ailes. La décision de son patron, l’homme d’affaires Nick Tedeschi, de se retirer du marché de l’art lui en a donné l’occasion.

Au printemps 2019, elle et son futur associé ont commencé à discuter d’un projet commun. L’été, la chose est devenue officielle. Hier concurrents, quoique amis, ils sont aujourd’hui partenaires. Leur entente survient même si leurs galeries connaissaient, assurent-ils, leurs meilleures années.

« Les gens penseront que ça n’allait pas bien. Pas du tout. On fait ces changements parce qu’on voulait grandir, affirme Megan Bradley, avoir une galerie plus importante. Faire ça seule, c’était possible, mais ouf ! Pas facile. » « C’est une évolution plus qu’un changement, indique son vis-à-vis. On allie nos connaissances, nos contacts. On aura une plus grande voix, une plus grande force. »

Ensemble, ils piloteront sans peur deux programmations (dans la grande salle et dans le bunker) et affichent des rêves de grandeur : ils veulent avoir une présence plus forte dans les foires du monde, recevoir plus d’artistes étrangers et, enfin, s’étendre hors des frontières canadiennes.

« On veut gérer une galerie montréalaise, québécoise, canadienne, qui rayonne. Pas le contraire », avance la voix masculine. Bradley Ertaskiran sera majeure et incontournable, de celles qui font partie du circuit international, avec leurs entrées dans les plus grandes foires. Des dépenses de 50 000 $ en quatre jours, 30 000 visiteurs et, souhait primordial, des revenus au bout.

Échecs et hasards

Les deux propriétaires-directeurs parlent d’une seule voix, sauf pour quelques détails : le nombre idéal d’artistes représentés (autour de 20) et les activités présentées l’été. Mais ils partagent une vision commune, basée sur la promotion d’un art de haut niveau et des artistes qui ont « une éthique de travail » — lire : sans fins commerciales.

Bradley Ertaskiran, selon eux, profitera de leur expérience respective. Y compris de l’échec de la galerie Push (2009-2011), première expérience de Megan Bradley. « Je n’avais pas de réseau, j’arrivais du Nouveau-Brunswick. C’était impossible que ça fonctionne », explique celle qui croyait qu’avec un prêt bancaire, tout irait comme sur des roulettes.

Les deux galeristes ont des parcours similaires : études en histoire de l’art, perspectives d’emploi limitées, attrait pour l’art actuel et un désir de foncer tête première. La galerie Antoine Ertaskiran est née en 2012, au moment où son fondateur devenait papa. Le hasard a voulu que Megan Bradley, maman pour la première fois en novembre, vive cette expérience alors que naît la galerie commune.

L’exposition inaugurale sera portée d’ailleurs par le hasard. Huit artistes ont été retenus, dont Jessica Eaton et ses processus photographiques aléatoires et Marie-Michèle Deschamps, qui met à l’eau des œuvres en cuivre. « Les artistes essaient de contrôler quelque chose qui ne se contrôle pas », résume Megan Bradley.

Les galeristes savent qu’eux aussi ne contrôlent pas tout. Mais ils croient dur comme fer en leur projet. Au bout du compte, leurs collègues québécois y gagneront aussi. « On veut mettre un spotlight sur Montréal, qui peut être une ville importante en art contemporain », conclut Antoine Ertaskiran. Un discours souvent entendu. Qui sait si, cette fois, ils diront plus vrai.

Exposition inaugurale

À la galerie Bradley Ertaskiran, 3550, rue Saint-Antoine Ouest, du 23 janvier au 7 mars.