Contes et combats latino-américains dans les galeries

Paolo Almario, «mon/ton», 2014, Galerie Sans Nom, Moncton
Photo: Paolo Almario Paolo Almario, «mon/ton», 2014, Galerie Sans Nom, Moncton

Le Plateau-Mont-Royal, par le biais de trois centres d’artistes, prendra cet hiver une forte teinte latino-américaine. Et fortement féminine.

« Mon exposition est comme un conte d’espoir. On y suit des femmes zapatistes dans leur longue marche. Elles rencontrent d’autres femmes, céramistes et artisanes textiles. Ensemble, elles poursuivent la marche. Elles sont si fortes que leurs jupes prennent la forme de montagnes. Leur énergie est telle qu’elle fait bouger le paysage, en apparence immuable. »

When the Mountains Move, première exposition individuelle d’Amanda Ruiz Méndez, artiste mexicaine basée à Montréal, aura une saveur, on s’en doute, politique. Ses photos, vidéos et installations, explique-t-elle par courriel, agissent comme « modèles de réhabilitation de corps assoupis par la peur et la violence ».

 

Pendant qu’Amanda Ruiz Méndez évoquera à Articule la lutte des femmes au sein d’un mouvement basé dans le sud du Mexique, pas tellement loin de là, au centre Optica, la commissaire Nuria Carton de Grammont réunira une imposante délégation d’artistes originaires d’Amérique latine — sept femmes.

 
Photo: Amanda Ruiz «Lands II», d’Amanda Ruiz

L’exposition Un, dos, tres por mí y mis compañeras propose de rendre compte de la place que la « performance latino-québécoise » a prise à Montréal depuis les années 1990.

Le corps, outil d’expression

« La performance, commente-t-elle par écrit, a [permis à ces femmes] d’intégrer le milieu artistique local. Les ressources étant limitées, le corps est devenu leur principal outil d’expression. Mais il leur a aussi servi autant à se redéfinir qu’à poursuivre la lutte politique entamée sous d’autres régimes. »

Le groupe inclut les Claudia Bernal, Constanza Camelo, Helena Martin Franco et Giorgia Volpe, actives depuis vingt ans. Ainsi que Christine Brault, qui a développé une « pratique transfrontalière Nord-Sud ».

« L’art latino-québécois ne se définit pas seulement par une nationalité, croit la commissaire d’origine mexicaine. Il fait référence à la mobilité des récits, à l’histoire migratoire du continent. »

Un projet éclat

Il existerait un art latino-américain du Québec, voire du Canada ou d’Amérique du Nord. Qui s’inscrirait dans la mouvance planétaire postcoloniale et « décoloniale », selon Nuria Carton de Grammont. Et si l’on prend au pied de la lettre l’intitulé de la troisième expo, présentée à Oboro, on n’a qu’à suivre La recette pour « faire de l’art latino-américain au Canada ».

Les commissaires Analays Álvarez Hernández et Daymi Coll Padilla, l’une Montréalaise, l’autre Torontoise, ont retenu le travail de six artistes (trois femmes, trois hommes). Elles ont conçu un projet éclaté, en sculpture, peinture, art relationnel ou vidéo.

Notion problématique

« La notion d’art latino-américain reste problématique, admet Analays Álvarez Hernández lors d’un entretien épistolaire, surtout lorsqu’on tente de la transposer en dehors de ses frontières traditionnelles. Je penche vers une nouvelle terminologie qui rendra compte du contexte canadien. Ces artistes partagent un héritage commun et le sentiment [qu’]un fil invisible les relie. »

L’expo sera portée par l’imaginaire propre à la réalité de chacun des protagonistes. Les œuvres, qui parleront de survie au cancer, de technologie analogique ou de néolibéralisme, relèveront, comme le suggère la commissaire, de la « dynamique trans », celle qui traverse nations, cultures, savoirs…

Dix rendez-vous à ne pas manquer

L’inauguration attendue de la galerie Bradley-Ertaskiran, née de la fusion des galeries Parisian Laundry et Antoine Ertaskiran. Rendez-vous dans l’ancienne buanderie (pour une expo de groupe) et dans son bunker (pour un solo de Nicolas Grenier), dès le 23 janvier.

Au lac des possibles d’Ève K. Tremblayà la galerie Patrick Mikhail. Cette première expo dans une galerie marchande en huit ans pour la photographe survient deux ans après qu’elle se fut initiée à la céramique, à la peinture et au dessin. Dès
maintenant.

Imprimé | Intimité | Collection de Collectif Blanc à la galerie UQO. La « plateforme curatoriale » versée dans l’édition imprimée Collectif Blanc proposera à Gatineau une bibliothèque immersive. Éditeurs, designers, auteurs, ainsi que quatre artistes, sont mis à contribution. Dès le 15 janvier.

L’école d’aviation de Diane Landry au centre L’oeil de poisson. Les 24 parapluies si envoûtants, si musicaux, si humains reprennent leur envol au Mois Multi de Québec. À voir et à revoir, ce chef-d’oeuvre d’art cinétique créé en 2000 lors de la Biennale de Montréal. Dès le 5 février.

Maison modèle II au centre Clark. Membre de la famille Clark depuis toujours, Mathieu Beauséjour sera l’artisan de la deuxième version de cette exposition-bénéfice nouvelle formule. L’exercice consiste en une sorte de salle d’exposition déguisée en maison privée. Dès le
26 février.

Ce qui n’est plus pas encore, expo post-apocalypse à la galerie Leonard et Bina Ellen. En février.

These Rooms of Earth and Stones, oeuvres de Michel Boulanger et de Katja Davar sur le thème environnemental à la Galerie de l’UQAM. En février.

Mathieu Latulippe, Un bureau de vente peu commun sera installé au centre Skol. En mars.

David Tomas, expo posthume de l’artiste décédé en 2019. Au centre Dazibao, en avril.

Manuel Mathieu, première apparition du peintre en galerie privée. Chez Hugues Charbonneau, en avril.

Un, dos, tres porcs mí y mis compañeras / La recette : faire de l’art latino-américain au Canada // When the Mountains Move

Exposition collective, au centre Optica du 18 janvier au 14 mars / Exposition collective, au centre Oboro du 1er février au 7 mars