Au musée, ici comme ailleurs

Diane Arbus, «Teenage Couple on Hudson Street», N.Y.C., 1963 (détail)
Photo: Art Gallery of Ontario. Gift of Robin and David Young, 2016. Estate of Diane Arbus 2016/934. Diane Arbus, «Teenage Couple on Hudson Street», N.Y.C., 1963 (détail)

Lame de fond ou mode passagère ? Cela semble être une remise en question profonde des normes esthétiques, de la doxa… Qu’en est-il vraiment ?

Cet hiver et ce printemps, nous verrons bien où ira cette tendance des musées qui s’ouvrent de plus en plus à ce que l’on considérait il n’y a pas si longtemps comme des arts mineurs, primitifs ou simplement non occidentaux qu’il fallait exposer dans des musées d’ethnographie.

Les musées se posent par conséquent la question de la représentation dans les œuvres d’art elles-mêmes des minorités marginalisées ou persécutées.

Le Musée national des beaux-arts du Québec sera bien impliqué dans ce débat et mettra en valeur, dès le 26 mars, la sculpture deManasie Akpaliapik dans Univers inuit.

Cette exposition permettra de voir une quarantaine de sculptures de cet artiste originaire du village d’Ikpiarjuk, un travail qui ne sera pas sans évoquer les symbolistes du XIXe siècle. Frida Kahlo etDiego Rivera — artistes mexicains déjà reconnus — seront eux aussi au MNBAQ dès le 13 février.

 

Leurs œuvres permettront de discuter du modernisme mexicain méconnu d’une vingtaine de peintres, dont Carlos OrozcoRomero, María Izquierdo, David Alfaro Siqueiros

Regard sur les Rohingyas

Il faudra aussi surveiller Errance sans retour, événement qui, dès le 30 janvier, posera un regard sur la communauté de réfugiés rohingyas, exposition qui contiendra entre autres des dessins d’enfants. Avec des œuvres d’Olivier Higgins, Mélanie Carrier, Renaud Philippe ainsi que Karine Giboulo.

Le Musée des beaux-arts de Montréal poursuit lui aussi sa réflexion sur la représentation de l’autre, amorcée avec son exposition sur Picasso en 2018 ou à travers la réinstallation récente de sa collection permanente dans les Arts du tout-monde. Nous pourrons y voir le solo de Manuel Mathieu, artiste d’origine haïtienne à partir du 2 mai.

La question de la place des « autres » en art se posera aussi grâce à la présentation de photos de la célèbre photographe Diane Arbus qui s’est intéressée aux gens du cirque, aux travestis, aux marginaux dans la société, aux freaks… Une formidable occasion de revoir ce travail fabuleux. Dès le 6 juin. Mais auparavant, dès le 21 avril, Yehouda Chaki, artiste né en Grèce en 1938 et dont toute la famille est morte dans le camp d’Auschwitz, présentera l’installation Mi Makir qui traitera de l’Holocauste.

Au Musée d’art contemporain de Montréal vient de débuter Love is the Message, the Message is Death, une pièce vidéo immersive d’Arthur Jafa. Pour Jafa, artiste né en 1960 au Mississippi, il faut « réaliser un cinéma noir qui ait la puissance, la beauté et le détachement de la musique noire ».

Il s’agit d’une œuvre troublante, un montage visuel montrant l’histoire et les expériences qu’ont vécues les Afro-Américains, ce qui comprend aussi la reprise d’images où on voit des Noirs se faisant agresser, et ce, même par la police. Jusqu’au 3 mars.

Au Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa, se poursuivent l’exposition Hanran sur la photographie japonaise contemporaine (jusqu’au 22 mars) ainsi que l’événement Àbadakone/ Feu continuel / Continuous Fire (jusqu’au 5 avril), suite de l’événement de Sakahàn (2013), titre qui en algonquin veut dire « allumer un feu ».

Nous voici en 2020 avec une nouvelle sélection de créations d’artistes indigènes du monde entier… Mais la représentation de l’autre, ce sera aussi les Beautés monstrueuses dans l’estampe et le dessin anciens européens entre 1450 et 1700. Avec des œuvres de Dürer, Callot, Mantegna, Goltzius… Jusqu’au 29 mars.

Ailleurs en région

Deux expositions ayant pour commissaire Anne-Marie St-Jean Aubre sont à surveiller. Il faudra se rendre au Musée d’art de Joliette pour voir ainsi comment le corps féminin est traité dans Images rémanentes, du 1er février au 17 mai.

Avec des photographies, des sculptures et des céramiques de Maude Bernier Chabot, Brie Ruais, Elizabeth Zvonar. Au Musée régional de Rimouski, St-Jean Aubre, en collaboration avec Ève De Garie-Lamanque, présente des œuvres de Jin-me Yoon réalisées sur plus de trente ans.

Cette artiste nous aide à prendre conscience de la façon dont notre idée de la photo et de la vidéo tend à immobiliser l’identité des gens ainsi captés. Ici ailleurs d’autres spectres sera présentée du 20 février au 31 mai.

Au Musée des beaux-arts de Sherbrooke, se poursuit — jusqu’au 9 février — Nous sommes tous des brigands, exposition de Karen Tam qui s’interroge sur la perception de la culture chinoise par le monde occidental.

Suivra entre autres une présentation de l’œuvre d’Anna Wong (1930-2013) et de son périple entre la Chine et le Canada. Du 20 février au 17 mai.

À l’Agnes Etherington Art Centre à Kingston en Ontario, l’exposition Inuuqatikka: My Dear Relations portera sur Arnait Video Productions, collectif de création de films réalisés par des femmes inuites, actif depuis 1991. Avec, entre autres, des œuvres de Madeline Ivalu, Susan Avingaq, Lucy Tulugarjuk et Marie-Hélène Cousineau. Du 11 janvier au 12 avril.

Photo: Maurice Aeschiman Paul Signac (1863-1935), «Juan-les-Pins. Soir», 1914, huile sur toile, 73 x 92 cm. Collection particulière.

La révolution par la couleur

L’impressionnisme et son rapport nouveau à la couleur furent le point
de départ d’une multitude de courants artistiques, du pointillisme au fauvisme, des nabis aux symbolistes… Une exposition au Musée des beaux-arts de Montréal prendra l’année 1884 et le premier Salon des
indépendants — sans jury et sans récompenses — comme point de départ à cette floraison de l’héritage impressionniste. C’est le commissaire invité Gilles Genty et la conservatrice Mary-Dailey Desmarais qui nous
inviteront à cette exposition intitulée Paris au temps du postimpressionnisme. Signac et les Indépendants. Genty n’est pas un inconnu pour le public montréalais puisqu’il était de l’aventure de la superbe exposition L’Europe symboliste qui fut présentée en 1995 en ce même musée.
Dès le 28 mars.