Le musée du Louvre doit gérer son succès aux tourniquets

Le Louvre a fêté cette année le 30e anniversaire de sa pyramide de verre et a ajouté certaines activités gratuites à son offre en 2019.
Photo: Alain Jocard Agence France-Presse Le Louvre a fêté cette année le 30e anniversaire de sa pyramide de verre et a ajouté certaines activités gratuites à son offre en 2019.

Le musée du Louvre n’a pas surpassé son achalandage record de 2018, mais plus de 9,6 millions de visiteurs ont tout de même franchi les tourniquets de l’établissement muséal parisien en 2019. Un résultat « énorme », selon le professeur titulaire de muséologie à l’UQAM, Yves Bergeron, qui ajoute que le musée doit « gérer le succès ».

C’est seulement la troisième fois que le nombre de visiteurs du domicile de La Joconde et du Radeau de La Méduse franchit le seuil « inédit dans le monde » des 9,5 millions, a souligné le Louvre dans un communiqué de presse publié vendredi.

Ces 9,6 millions de visiteurs représentent toutefois une baisse par rapport aux 10,2 millions de curieux qui ont visité le Louvre l’année précédente, ce qui était un succès qualifié « d’exceptionnel » par l’administration du musée.

« Ça marque l’imagination, 9,6 millions de visiteurs c’est énorme, statue le professeur Yves Bergeron. On n’a rien de comparable au pays. Le Musée des beaux-arts de Montréal est un des plus fréquentés au Canada, et il reçoit un peu plus d’un million de visiteurs par année. Eux, c’est 800 000 par mois, c’est complètement fou. »

Malgré les grèves

Selon le communiqué de l’établissement, les grèves qui ont marqué la France en décembre ainsi que les manifestations des gilets jaunes « n’ont pas eu d’effet sur la fréquentation, compte tenu du profil très atypique du public du Louvre, constitué à 75 % d’étrangers ». Les visiteurs proviennent principalement des États-Unis, de la Chine et des pays de l’Union européenne.

Le Louvre a fêté cette année le 30e anniversaire de sa pyramide de verre et a ajouté certaines activités gratuites à son offre en 2019 — comme les visites nocturnes un samedi par mois qui ont attiré 160 000 personnes. La direction du musée a aussi porté une attention spéciale « à la gestion des flux de visiteurs et aux conditions de visite ».

« Nous ne cherchons pas à accueillir davantage de visiteurs, mais à les accueillir mieux », a affirmé Jean-Luc Martinez, président-directeur du musée du Louvre, dans le communiqué annonçant les chiffres de 2019.

Réserver son billet

Si des travaux ont en ce sens été entrepris au cours des derniers mois — affectant notamment la salle des États où se trouve habituellement la Joconde —, c’est beaucoup l’idée de la réservation en avance des billets qui a beaucoup fait parler au Louvre.

Après avoir annoncé cet été que la réservation préalable en ligne serait obligatoire pour visiter le musée, le Louvre a rétropédalé sur le sujet en octobre, préférant maintenant « préconiser » la réservation. Par contre, pour certaines expositions très courues, comme celle en cours sur Léonard de Vinci, les visiteurs doivent se prévaloir de leur billet en amont, et un créneau horaire précis leur est attribué.

« Les réservations, c’est pour améliorer la qualité de visite, parce qu'il y a tellement monde, précise Yves Bergeron. Quand c’est surchargé, c’est pas intéressant, ça ne laisse pas une bonne impression comme expérience de visite. »

Le professeur à l’UQAM, qui a travaillé notamment comme directeur du service de la recherche et de l’évaluation du Musée de la civilisation à Québec, rappelle que la courbe de fréquentation des musées est « très inégale dans la journée ». En ce sens, obliger ou inciter fortement les réservations en amont permettra au Louvre « de combler les heures où il y a moins de visiteurs et aussi de contrôler les heures de pointe ».

La réservation est déjà adoptée par un visiteur sur deux, a noté le Louvre.

En attirant autant de visiteurs, l’établissement du 1er arrondissement parisien génère certes davantage de revenus. « Mais les coûts pour gérer les flux de visiteurs augmentent en même temps, rappelle Yves Bergeron. Je ne suis pas sûr que ça libère autant de revenus autonomes qu’ils souhaiteraient. Au Louvre, l’équipe des gardiens, c’est la plus grande équipe au musée, parce qu’il faut justement contrôler la circulation, assurer la sécurité. C’est un poste budgétaire majeur pour eux. »

Une chose est maintenant sûre, assure Yves Bergeron, c’est qu’avec l’incendie qui a affecté Notre-Dame de Paris, le Louvre devient encore plus « un passage obligé pour les touristes », même si beaucoup de visiteurs ne s’y présentent que pour voir les grands monuments de l’art.

« Mais même sans La Joconde, le Louvre serait un des musées le plus fréquentés, on y retrouve tellement de chefs-d’oeuvre, note M. Bergeron. Ils ont même ouvert le Louvre à Lens et à Abu Dhabi, et c’est sans compter sur les demandes d’emprunts pour les expositions internationales. Les collections sont exceptionnelles. »