L’esprit rassembleur de Pierre Ayot se poursuit dans le modèle de L’Imprimerie

Vue de l'atelier
Photo: Courtoisie Vue de l'atelier

À l’Imprimerie, rien ne se déroule comme ailleurs. Même la vente d’oeuvres, souvent reproduite ici et là comme activité d’autofinancement pendant la période pré-Noël, aura quelque chose de singulier.

Baptisée « Noces de froment », parce qu’on y célèbre le troisième anniversaire de l’organisme, la soirée sera accompagnée d’un buffet… spectaculaire, promet-on. De la fine cuisine, en bouchées. « Pas un potluck, avec des salades de bines », assure Noémie da Silva, une des directrices du centre d’artistes. « Ce sera du fingerfood », précise la codirectrice Geneviève Cadieux-Langlois.

Né il y a trois ans du mariage entre l’Atelier Graff et le Cabinet, l’un centre spécialisé en arts d’impression (gravure et dérivés), l’autre en photographie, L’Imprimerie est vraiment unique.

Notre position est de faire des projets avec des conditions de travail respectueuses. Cette mentalité de faire plus, toujours plus, avec toujours moins, ben, nous autres, on refuse. Peut-être qu’on fait moins de projets que d’autres, mais c’est notre choix.

Pas tellement parce qu’il est niché dans le secteur Hochelaga de HoMa — il est un des rares organismes culturels à s’y trouver, mais pas le seul. Pas plus parce qu’il ne fait que dans la production — pas de volet diffusion entre ses murs, bien que des artistes exposent derrière la vitrine de la rue Sainte-Catherine.

Un pied de nez féminin

Bien sûr, L’Imprimerie se distingue par ce pied de nez féminin lancé à la parité : sur les 13 membres qui composent son équipe, conseil d’administration inclus, un seul homme. Ce n’est que le fruit du hasard, nous dit-on. Mais aussi un reflet d’un milieu d’études fortement féminin. À l’UQAM, par exemple, les femmes forment près des trois quarts de la population étudiante du programme en arts visuels et médiatiques.

Tout ça est vrai, soit, mais à L’Imprimerie, la différence s’affiche aussi autrement. On y accepte tous les artistes, peu importe leur expertise. On y pratique la démocratie verticale, celle qui donne l’initiative aux membres davantage qu’aux gestionnaires.

Photo: L’Imprimerie «On nous épie...», sérigraphie, photolitho­graphie et photographie, Cozic, 2001

On y favorise l’économie circulaire et des principes d’entraide et de partage des ressources. On s’y organise selon les capacités de tout un chacun, quitte à mettre de côté un projet.

« Si on n’est pas capables d’atteindre nos objectifs, on abandonne le projet. Notre position est de faire des projets avec des conditions de travail respectueuses. Cette mentalité de faire plus, toujours plus, avec toujours moins, ben, nous autres, on refuse.

Peut-être qu’on fait moins de projets que d’autres, mais c’est notre choix », clame la présidente du conseil d’administration, Emmanuelle Jacques.

Sa mesure préférée : « On interdit les heures supplémentaires. »

Contre l’institutionnalisation

L’histoire militante de L’Imprimerie est peut-être toute neuve, mais elle n’en est pas moins ancrée dans un passé, celui de Pierre Ayot.

Le fondateur de l’Atelier Graff (ou Atelier Libre 848, à l’origine, en 1966) a bâti une structure basée sur la collectivité et l’accessibilité à des outils (les presses) rares et dispendieux.

Emmanuelle Jacques aime se rappeler que le projet de L’Imprimerie, alors sur le point de se concrétiser, est né un peu pendant qu’elle visitait l’exposition de 2016 sur Ayot à BAnQ.

« J’ai vu son diplôme des beaux-arts [transgressé par] la croix de Lorraine, raconte-t-elle. C’était comme un pied de nez à l’institutionnalisation de l’art et à tout ce mythe de qui décide qui est artiste. C’est à ça qu’on veut revenir, c’est pour ça qu’on ouvre l’atelier aux artistes de tout niveau de professionnalisation. On cherche à briser l’élitisme de l’art. Cette oeuvre [le diplôme d’Ayot] a été une source d’inspiration. »

La fusion entre l’Atelier Graff et Le Cabinet émane du souhait du premier de quitter l’édifice de la rue Rachel, sur le Plateau-Mont-Royal, qu’il occupait depuis des années.

Avec le soutien de l’organisme Ateliers créatifs, qui a joué les intermédiaires entre les subventionnaires et la Société d’habitation et de développement de Montréal, L’Imprimerie a transformé un ancien centre d’emploi.

C’est là qu’il est désormais possible de créer autant à partir de presses anciennes que d’imprimantes numériques dernier cri.

Un quart du bâtiment est occupé par L’Imprimerie, le reste a été aménagé en ateliers individuels, espaces de bureaux et commerces de nature communautaire.

« Dans le fond, on propose un atelier communautaire, à partager. Les artistes louent à l’année [le membership], mais c’est leur atelier. Ils n’en ont pas un autre ailleurs », explique Noémie da Silva, pour qui L’Imprimerie est une solution au problème financier et immobilier des ateliers.

Avec son slogan « L’art commence au moment où il se fait », le jeune centre d’artistes met en avant la production et la recherche, sans le diktat du résultat. « Qu’on fasse un bricolage ou une oeuvre d’art, ça commence quelque part », note Noémie da Silva.

Un vaste spectre

Les noces de froment seront aussi rassembleuses : les prix des « oeuvres », en grande partie tirée du fonds Graff, couvrent un vaste spectre, du 5 dollars au presque 1000 dollars. Premier arrivé, premier servi.

Buffet spectaculaire, vous dites ? « Ce sont les membres et des bénévoles qui cuisinent. Que des produits maison. C’est spectaculaire parce que ce sont les artistes qui les font », signalent les directrices de L’Imprimerie d’une seule voix.

Noces de froment

À L’Imprimerie, 3910, rue Sainte-Catherine Est, le mercredi 11 décembre à 18 h. Prix d’entrée : 25 $.