Le textile inca comme valeur suprême

La civilisation inca aura été extrêmement brève dans l’histoire du monde, puisque l’Empire n’aura vécu à son apogée qu’une centaine d’années, entre 1450 et 1532.
Photo: Caroline Thibault La civilisation inca aura été extrêmement brève dans l’histoire du monde, puisque l’Empire n’aura vécu à son apogée qu’une centaine d’années, entre 1450 et 1532.

Pour les Incas, le textile, que les femmes mettaient des jours à tisser, avait une valeur supérieure à l’or et à l’argent. Il arrivait d’ailleurs que de nombreuses pièces de textile soient minutieusement confectionnées dans le seul but d’être brûlées en guise d’offrande aux dieux. Mais certaines de ces pièces ont formidablement traversé le temps, comme en témoigne l’exposition Les Incas, c’est le Pérou !, présentée au musée Pointe-à-Callière à Montréal.

On y voit des pièces de tissu, tissées et brodées, datant de plus de 2000 ans, dans un état pratiquement parfait, mais aussi différents objets, masques d’or, poteries. L’exposition est inspirée de Inca Dress Code, une autre expo montée sur le thème du textile inca par le Musée Art et Histoire de Bruxelles. Ici, Pointe-à-Callière en a élargi sa portée pour atteindre un plus grand public.

Photo: Musée Pointe-à-Callière Une tunique de plumes

Bien que mythique, la civilisation inca aura été extrêmement brève dans l’histoire du monde, puisque l’Empire n’aura vécu à son apogée qu’une centaine d’années, entre 1450 et 1532, avant de tomber aux mains des Espagnols. À l’époque, l’empire inca regroupait quelque 12 millions d’habitants et régnait sur un territoire immense, au-delà des frontières du Pérou actuel. Mais cet empire, dominé par un sapa, ou grand Inca, s’est en fait imposé sur un groupe de cultures, qui l’ont largement précédé.

Visite

La première pièce de l’exposition s’intéresse ainsi aux Paracas. On peut y voir une splendide pièce textile, un manto, au bleu profond et brodé de 53 figures représentant un être mythique, à la bouche de poisson, à la queue de serpent, au dos de crocodile. Les 53 de ces figures sont brodées dans des positions différentes et dans des couleurs différentes.

À l’époque, explique Serge Lemaître, commissaire de l’exposition, le textile était un indicateur du rang de la personne qui le portait, notamment grâce aux symboles qui y étaient représentés. La pièce suivante s’intéresse aux Nascas, ce groupe d’Autochtones célèbre pour les mystérieux géoglyphes, visibles du haut des airs, qu’il a tracés dans le désert, au sud de Lima.

L’exposition relève d’ailleurs que le Pérou s’étend sur des zones géographiques très variées, allant de la côte pacifique aux sommets andins, avant de plonger dans la jungle.

Momification

En plus de curiosités architecturales comme Machu Picchu, le peuple inca a construit tout un réseau de routes. Et c’est en employant la population dans ses travaux publics que l’État consolidait son pouvoir, explique Serge Lemaître. De la culture chancay, on peut voir une pièce de gaze aux motifs de tête de léopard, qui aurait pu servir pour envelopper un mort.

 
Photo: Musée Pointe-à-Callière Un masque

Une section de l’exposition porte d’ailleurs sur la momification des morts. Certaines momies seront ainsi enterrées en position assise, tandis que d’autres le seront en position couchée. Pour les Incas, explique Anne-Élizabeth Thibault, directrice des expositions au Musée, les morts ne disparaissaient pas vraiment. On les ornait donc d’un masque, portant notamment une bouche et des yeux, pour qu’ils puissent communiquer avec les vivants. Il arrive d’ailleurs qu’une pièce leur soit consacrée, pour permettre au sapa de les consulter au moment de prendre des décisions difficiles. Dans une pièce, on a procédé à une reproduction des artefacts trouvés dans la nécropole funéraire de Sipan, de culture mochica. En 1987, un groupe d’archéologues a mis au jour cette nécropole, après que l’on a constaté une croissance d’objets en or sur le marché de la contrebande. Les squelettes des personnes qui y étaient enfouies donnaient des indications notamment sur l’apparence qu’ils avaient eue de leur vivant.

D’autres surprises attendent à l’étage, où on peut admirer de splendides pièces textiles ornées des plumes colorées des oiseaux du Pérou, dont les aras jaune et bleu. Bien que ces oiseaux vivent dans la jungle péruvienne, ces ornements ont été réalisés par des Nascas, qui vivent près de la côte. C’est ce qui indique que ces oiseaux, comme leurs plumes, faisaient l’objet d’un commerce intense à travers l’empire inca.

Conquête espagnole

Dans la mythologie, l’Empire inca aurait pris naissance sur l’île du soleil, au milieu du lac Titicaca. Dans les faits, l’État administratif inca était localisé à Cuzco, où les élites des différentes régions de l’Empire venaient recevoir un enseignement dans la langue quechua.

Dans l’une des dernières pièces de l’exposition, on mesure les moyens militaires de l’empire inca face aux mousquets du colonisateur espagnol.

Photo: Musée Pointe-à-Callière Un vase présenté dans l’exposition

À l’arrivée des Espagnols, l’Empire était déjà divisé par le décès prématuré de l’empereur Huayna Capac, dont les deux fils sont des frères ennemis. « Atahualpa remporte la victoire, mais l’Empire est affaibli », lit-on. « Les Incas sont armés de lances, de frondes, de bolas, de boucliers et de massues. Leur force militaire est précaire devant la puissance de la conquête espagnole. Les hommes d’Atahualpa affrontent les Espagnols protégés par des armures de métal et munis d’armes à feu ». En 1532, les troupes de Pissaro trahissent et capturent Atahualpa, dernier empereur inca, qui sera exécuté.

Les Incas… c’est le Pérou!

Musée Pointe-à-Callière du 27 novembre 2019 au 13 avril 2020.