Phil Collins, l'expérience de la collectivité

Phil Collins, «Bring Down the Walls», 2018.
Photo: Shady Lane productions Phil Collins, «Bring Down the Walls», 2018.

Deux bâtiments, deux expositions, deux expériences. Ce n’est pas la première fois que la Fondation Phi pour l’art contemporain (l’ex DHC / ART) propose un tel programme. Le fossé n’avait jamais paru aussi grand que cet automne. Entre les écrans liés au Web d’Eva & Franco Mattes et les installations fortes en écrans de Phil Collins, il n’y a pour ainsi dire que ce support, l’écran, comme point commun. L’expérience dans l’édifice principal de la Fondation, celui en étages, tourne court et lasse rapidement. Par contre, dans le second espace, chaque œuvre a son importance, sa musique. On pourrait y passer des heures et des heures.

Ce sont les œuvres de Phil Collins — non, il ne s’agit pas de l’ex-batteur et chanteur de Genesis — qui valent le détour dans le Vieux-Montréal. Envoûtante et fortement musicale, l’expo intitulée simplement Phil Collins rassemble trois installations et un film.

L’artiste britannique — comme son homonyme, mais de 19 ans son cadet —, base sa pratique sur la rencontre de membres de communautés diverses. Son approche tient du documentaire, mais le résultat diffère d’une œuvre à l’autre. Le côté immersif de l’expo a sans doute à voir avec ses propres immersions au sein d’un groupe donné.

L’installation qui décape, tel son titre, my heart in my hand, and my hand is pierced, and my hand’s in the bag, and the bag is shut, and my heart is caught (2013), est la seule sans écrans. Essentiellement sonore mais aussi garnie de choses, dont des vinyles qu’on est invité à manipuler, elle se compose de six cabines hyperréalistes. Le public doit y entrer, une personne à la fois, quitte à être l’objet des regards comme à l’époque des téléphones publics.

Le projet découle de la collaboration de l’artiste avec des sans-abri de Cologne, qui ont accepté que leurs conversations téléphoniques soient enregistrées. C’est ce à quoi on a droit, en plus de pièces créées à partir d’elles par des musiciens de renom. Intimité et vie publique se confondent dans cette œuvre qui traduit, avec respect, l’expérience de la solitude dans une collectivité.

L’expression d’individualités et du travail en collectif sont des traits de la signature Collins. Ils sont le reflet de la vie en société, que ce soit sa propre vie ou celles des gens qu’il côtoie. Le film the meaning of style a été tourné auprès et avec des skinheads antifascistes de Malaisie. Les trois écrans de the world won’t listen font défiler des adeptes de karaoké et fans du groupe rock the Smiths, que Collins a filmés en Colombie, en Turquie et en Indonésie.

Enfin, dans l’œuvre inédite dévoilée à Montréal (Bring Down the Walls), Phil Collins donne la parole à des détenus d’une prison de New York, ainsi qu’à des militants de droits de la personne. L’installation est celle qui est la plus proche du documentaire, par son ton et l’évidence de son parti pris — pour l’abolition d’un système carcéral punitif. Il faut par contre maîtriser quelque peu l’anglais, en l’absence d’une souhaitable traduction.

L’œuvre se transforme en boîte de nuit, sous les rythmes entraînants de musique house, cela, à l’écran comme dans l’espace que l’artiste a configuré. Le choix de ce style musical n’est pas anodin, tant le house a symbolisé la résistance dans les années 1980. Il reflète l’esprit communautaire et solidaire. Une fois par mois, l’installation servira de lieu de discussion le jour, et de fête le soir. Une programmation de conférences, d’actions de sensibilisation et d’événements musicaux a été prévue tout au long de l’hiver.

Le malaise virtuel

Dans l’autre pavillon, l’expo What Has Been Seen, d’Eva & Franco Mattes, ne peut que souffrir de la comparaison. Le duo certes s’évertue dans la critique sociale, mais le ton est autrement plus méprisant, voire moqueur. Le texte de la Fondation, lui, parle plutôt d’humour.

 
Photo: Fondation Phi pour l'art contemporain Eva et Franco Mattes, «What Has Been Seen», 2017.

Ici, c’est le monde aliénant du Web qui est montré du doigt et, à l’instar de l’œuvre qui accueille les visiteurs, My Generation, l’expo est teintée de cris et de malaises. Les artistes scrutent les travers des relations virtuelles en faisant d’adeptes de jeux en ligne compulsifs, et enragés, de spectateurs voyeurs ou de travailleurs manipulés les faux héros de leurs images.

Dans les salles, ça ne lève pas. Sans raison, sinon pour expérimenter le malaise, le visiteur est même obligé de se coucher par terre. Au final, à l’image d’une longue vidéo mettant en scène un chien, l’expérience est d’une grande banalité.

 

Phil Collins / What Has Been Seen

À la Fondation Phi pour l’art contemporain, 451 b et 465, rue Saint-Jean, à Montréal, jusqu’au 15 mars