Un important Picasso exposé à Montréal

Pablo Picasso, «Femme au chapeau», 1941
Photo: Heffel Pablo Picasso, «Femme au chapeau», 1941

Pour la première fois, une oeuvre majeure de Picasso sera vendue à l’encan au Canada. Femme au chapeau, un portrait de Dora Maar peint par Picasso en 1941, sera exposé jusqu’à samedi à la maison des encans Heffel, rue Sherbrooke, à Montréal. Sa valeur est estimée entre huit et dix millions de dollars. Le 20 novembre, elle sera vendue à l’encan à Toronto, avec 112 oeuvres réunies par la maison.

L’oeuvre provient d’une « importante collection privée européenne », qui demeure anonyme. Pour Tania Poggione, directrice du bureau montréalais d’Heffel, le fait que plusieurs oeuvres en vente proviennent de collections européennes témoigne de la vitalité du marché de l’art canadien. « C’est la première fois que plus de la moitié des oeuvres exposées proviennent de collections internationales », dit-elle.

Pablo Picasso a conservé 15 ans la Femme au chapeau dans sa collection personnelle. Aux côtés de cette toile, Heffel mettra également en vente plusieurs tableaux d’Emily Carr, dont Street, Alert Bay, une toile recherchée de l’artiste qui représente un village amérindien de la côte ouest, peint en 1911. Cette toile, témoin d’un fragment de l’histoire canadienne, est évaluée entre deux et trois millions de dollars.

Le Musée des beaux-arts de l’Ontario a pour sa part saisi l’occasion pour mettre en vente quelques tableaux d’Alexander Young Jackson, du groupe des Sept, dont l’une qui représente les collines des Laurentides au printemps.

« Il peut arriver que des musées décident de vendre des toiles pour diversifier leurs collections, explique Tania Poggione. Les A.Y. Jackson étaient très représentés ou surreprésentés dans la collection du Musée des beaux-arts de l’Ontario, donc ils ont décidé de les vendre ».

Oeuvres d’ici

La collection qui sera mise en vente le 20 novembre compte aussi de nombreux oeuvres d’artistes québécois, dont Pellan, Riopelle, Mousseau, Leduc, Fortin, Suzor-Côté ou Jean-Paul Lemieux. Dans la plupart des cas, les noms des vendeurs et des acheteurs de tableaux demeurent anonymes. Les musées achètent rarement des toiles dans les encans. « Ils n’ont pas les budgets », dit David Heffel.

La maison Heffel présente aussi pour la première fois une oeuvre de Joan Mitchell, Sans titre.

La maison d’encans Heffel a été fondée par les frères David et Robert Heffel, dont le père avait autrefois une galerie d’art à Vancouver. « À 16 ans, j’étais concierge dans cette galerie », racontait mercredi David Heffel, en s’affairant à la mise en place des tableaux à Montréal. « En 1992, raconte-t-il, mon père avait mis en vente deux grands tableaux de Nymphéas, de Claude Monet, de 5 pieds sur 5 pieds. C’étaient des oeuvres qui étaient alors évaluées à 1,2 ou à 1,8 million de dollars. Il ne les a pas vendues. Mais ces tableaux valent aujourd’hui environ 100 millions de dollars chacun. C’est excitant d’être impliqué dans ce processus », dit-il.

Reste que la maison Heffel est spécialisée dans l’art canadien. La plus grande vente qu’elle ait jamais enregistrée est celle d’un tableau de Lawren Harris, l’un des fondateurs du groupe des Sept, qui s’est vendu à 11,3 millions de dollars en 2016. Une autre oeuvre de Lawren Harris sera en vente le 20 novembre. Il s’agit de Mountain Sketch LXX, qui provient de la collection du comédien américain Steve Martin. « Les estimations du prix des oeuvres sont à titre indicatif, les ventes se font au plus offrant », explique Mme Poggione.