Pour ne pas oublier Fernand Leduc

«Les ailes de la paix», 1956 (à droite)
Photo: Guy L’Heureux «Les ailes de la paix», 1956 (à droite)

L’automne du Belgo réservait une surprise de taille : les galeries Roger Bellemare / Christian Lambert (ou Bellemare-Lambert, plus simplement) ont abandonné un des locaux qu’ils ont occupés pendant sept ans. Finies les expositions autour de l’incontournable colonne, jadis au coeur de la signature de la galerie René Blouin et depuis 2012, donc, du tandem Bellemare-Lambert.

La décision de la galerie de réduire ses espaces de diffusion de plus de la moitié n’est pas si surprenante. Financièrement, c’était devenu trop lourd. Une superficie aussi vaste était presque une incongruité pour une enseigne qui mise davantage sur la qualité que sur les grosses ventes.

Redevenues de taille normale, les galeries Bellemare-Lambert n’ont pas pour autant perdu leur identité. La troisième expo de la saison, consacrée à feu Fernand Leduc, leur donne du moins raison. Un espace petit et simple, plus proche du classique cube blanc, peut très bien servir un propos.

Ce n’est pas la première fois que la peinture non figurative et par moments de résonance monochrome de Leduc est mise à l’honneur par les deux galeristes. C’est chez eux qu’il a eu, en 2011, sa dernière expo importante de son vivant, c’est chez eux, en janvier 2015, qu’on lui a rendu un premier hommage posthume.

Photo: Guy L’Heureux Toiles de Fernand Leduc présentées aux galeries Roger Bellemare / Christian Lambert. «Graphisme couleur (Écritures)», 1961 (à gauche) et «Triptyque binaire, violet-rouge-vert», 1964 (à droite)

Succinct survol

Fort d’une carrière étalée sur plus de six décennies, Fernand Leduc (1916-2014) a laissé une oeuvre imposante, marquée par le travail sur la lumière et sur la couleur. L’expo en cours ne se résume qu’à neuf tableaux, mais elle offre un juste survol entre les années 1950 plasticiennes et l’ultime période des pastels.

L’accrochage mène tout droit vers Diptyque MIC : Terre brûlée (1986), un tableau associé à la série des « microchromies », oeuvres en apparence monochromes que l’artiste a élaborées à partir des années 1970. « Quintessence de l’acte de peindre », comme le signalait Michel Martin dans le catalogue de l’exposition Fernand Leduc. Libérer la lumière (Musée national des beaux-arts du Québec, 2006), la microchromie vibre par ses couches d’acrylique.

Sur les murs autour du diptyque aux teintes terreuses, des corpus distincts des microchromies se présentent comme porteurs des mêmes préoccupations, ou d’effets similaires liés à l’affect et à la quête spirituelle. Parmi les compositions géométriques et polychromes, on y trouve par exemple le fascinant Les ailes de la paix (1956), chaotique et équilibré en même temps. Dès cette époque plasticienne, le jeu du dialogue (couleur versus forme, d’un cadre à l’autre ou d’une teinte à l’autre au sein d’une même couleur) sera un fil conducteur.

Le travail s’épure au fur et à mesure qu’on se rapproche du tableau central, Leduc ayant aussi travaillé des formes isolées, non sans les associer à d’autres, comme dans Triptyque binaire, violet-rouge-vert (1964). La ligne, comme trait révélateur, ou lumineux, est aussi une constante, de l’exercice préparatoire réalisé à l’encre au tableau à l’huile. Composition trait vert (1961), par ses grands plans unis, semble, lui, faire le pont entre la géométrie des années 1950 et le futur langage de la michrocromie.

Seul exemple ultérieur aux années 1980, le pastel R.A.H. – 7 (1998) est issu d’une série durant laquelle Fernand Leduc revient à une peinture plus texturée, ou vaporeuse, terme qui décrirait mieux l’oeuvre en question. Le travail sur la lumière et sur la couleur n’en est pas moins apparent, au contraire. Comme sous l’effet d’un éclairage latéral, la surface ocre est d’un rouge plus vif d’un côté et plus éteint de l’autre, là où surgissent néanmoins des teintes de vert.

Monochrome ou pas, la peinture de Fernand Leduc n’est jamais monocorde. La petite expo intitulée sobrement du nom de l’artiste rappelle à quel point ce signataire du Refus global n’aura cessé de se réinventer, tout en restant cohérent.

Fernand Leduc

Aux galeries Roger Bellemare et Christian Lambert, 372, rue Sainte-Catherine Ouest, jusqu’au 23 novembre